ÉconomieEnvironnement

Par Paola Da Silva, le 17 novembre 2025

Journaliste

Le reconditionné est-il l’avenir du smartphone ?

Objet de désir autant qu’outil du quotidien, le smartphone s’est imposé depuis près de quinze ans chez plus de 90% des Français. Pourtant, sa fabrication, son usage et sa fin de vie impactent concrètement le climat comme les écosystèmes. Le marché du smartphone reconditionné, en plein essor, semble apporter un début de solution à cette problématique. Parmi ces nouveaux acteurs, l’entreprise Largo, basée dans la métropole de Nantes, se positionne en tant que reconditionneur français et créateur d’emplois.

C’est un marché récent, mais qui connaît un essor très rapide. Si 91% des Français de plus de 12 ans possédaient un smartphone en 2023, nombre d’entre eux semblent aujourd’hui vouloir prolonger la durée de vie de leur appareil. Ou opter pour un modèle reconditionné. « Désormais, le design de tous les modèles est quasiment identique. Et depuis 2007, on n’assiste plus à aucune rupture technologique sur ces appareils, en dehors de l’augmentation de leur puissance. Le marché du reconditionné progresse donc d’année en année », explique Christophe Brunot, cofondateur de Largo. Cette entreprise, basée à Sainte-Luce-sur-Loire, à proximité immédiate de Nantes, est spécialisée dans le reconditionnement en France de smartphones. Elle fêtera ses dix ans l’année prochaine.

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Créer un système de reconditionnement

Christophe Brunot et son associé, Frédéric Gandon, issus tous deux du monde des télécoms, avaient au départ créé en 2014 une activité de réparation de smartphones. « Nous avons eu rapidement de la demande pour des téléphones reconditionnés. Les personnes intéressées par la seconde main passaient à l’époque par des sites de vente entre particuliers, qui ne leur apportaient aucune garantie. Nous avons alors compris qu’un marché était en train de naître et qu’il fallait réfléchir à un système qui permette de reconditionner de manière industrielle », raconte Christophe Brunot.

La tendance du marché actuelle semble leur donner raison : 13,2 millions de smartphones neufs ont été vendus en France l’an dernier, contre 20,3 millions en 2016. La fin de l’obsolescence logicielle programmée des systèmes d’exploitation, votée par la France en 2022 (loi REEN) a par ailleurs permis de rallonger la durée de vie des appareils. « Les usagers gardent actuellement leur smartphone 36 mois environ en Europe, contre 24 mois il y a deux ans. La loi, les problèmes de pouvoir d’achat et la prise de conscience environnementale ont permis d’augmenter cette durée ».

Christophe Brunot Largo
Christophe Brunot a cofondé l’entreprise Largo en 2016 avec Frédéric Gandon. Crédit : Atypix

Jusqu’à huit fois moins d’impact sur l’environnement

Car posséder un smartphone n’est pas neutre en matière d’environnement. Selon l’ADEME (Agence de la transition écologique), l’impact carbone d’un smartphone vient à 99% de sa fabrication. Les postes d’émission majeurs concernent l’extraction minière de dizaines de métaux rares, l’assemblage, la fabrication des puces et des écrans, les transports internationaux… « L’ADEME explique également qu’un smartphone reconditionné est en moyenne jusqu’à huit fois moins impactant pour l’environnement que le neuf. Avec 82 kg de matières économisées et 87 % de gaz à effet de serre en moins », détaille Christophe Brunot.

Le reconditionné permettrait également une économie d’eau équivalente à… 240 baignoires. « Nous avons également décidé dans notre entreprise de générer le moins de déchets électroniques possible : nous recyclons 85% des batteries, et nous donnons, par exemple, les câbles à une association, Les p’tits doudous, qui récupère le cuivre et revend ces déchets à des professionnels de la valorisation afin de financer ses actions. »

♦ Lire aussi : La seconde vie des batteries de vélo

Créateurs d’emplois locaux

Particularité de l’entreprise Largo – qui n’est pas le seul reconditionneur français sur le marché, trois coexistant actuellement*-, l’entreprise répare exclusivement sur son site nantais tous les smartphones récupérés. « Nous sommes 87 en tout désormais dans l’entreprise, précise Christophe Brunot, alors que nous étions quatre au lancement de l’activité. Nous avons créé une formation spéciale de deux mois et demi à destination du personnel de l’atelier de réparation.» L’entreprise a énormément recruté ces dernières années du fait de l’augmentation rapide du marché, passé de 10 à 20% en six ans.

« Nous nous considérons comme un acteur de l’économie circulaire. Nous avons également, depuis le départ, la volonté de produire en France car nous sommes attachés à notre territoire. Le tissu économique est important pour nous », complète le CEO de Largo. Si l’achat des pièces détachées et l’apport de smartphones usagés restent internationaux, toute la réparation et tout le service après-vente de l’entreprise sont effectués en local. « Cela nous permet de maîtriser la qualité de nos produits et d’être réactifs, ce qui est fondamental sur le marché de la seconde main. » En contrepartie, les smartphones sont plus chers de quelques dizaines d’euros que ceux de leurs concurrents.

atelier de réparation Largo
Tous les smartphones récupérés sont réparés dans l’usine de Nantes par une équipe dédiée. Crédit : Atypix

Un smartphone sur deux dans quinze ans

L’entreprise Largo a connu une croissance très importante l’an dernier. Elle a en effet affiché +65% de chiffre d’affaires (soit 34,8 millions d’euros en tout) grâce à l’arrivée de grands opérateurs parmi ses clients. « Le marché est porteur, nous pensons qu’un smartphone sur deux vendu en France dans quinze ans sera un modèle reconditionné. Notre volonté pour l’avenir est de développer l’entreprise en devenant un fournisseur de référence en Europe, indique Christophe Brunot. Mais nous souhaitons aussi que ce développement soit sur un modèle de croissance raisonnée, en nous approvisionnant de plus en plus en local et en restant, bien sûr, sur notre site de Sainte-Luce-sur-Loire ». ♦ 

 

 Bonus

# Ailleurs. Reborn Europe, Smaaart (Hérault) et Re!commerce (Val-de-Marne), ce dernier ne disposant pas d’usine sur le territoire.

# Largo en chiffres

  • 90% des produits vendus chez Largo sont des smartphones, le reste se compose d’airpods et de tablettes numériques notamment.
  • 150 000 smartphones vendus l’an dernier.
  • Plus 500 000 smartphones reconditionnés depuis sa création en 2016.
  • 10 à 13 000 pièces vendues /mois pour une capacité de production de 20 000/mois.
  • En 2024, Largo a permis :
    • d’éviter l’émission de 3 617 tonnes de CO₂ ;
    • d’économiser 11 733 tonnes de matières premières ;
    • de préserver 2 919 057 m³ d’eau ;
    • d’éviter 7,83 tonnes de déchets électroniques (source : Largo).