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Par Marie Le Marois, le 10 septembre 2026

Journaliste

L’engagement des jeunes valorisé par les universités

Festival de l'engagement- Campus Luminy- amU ©Elea Ropiot

‘’Les jeunes ne s’engagent plus !’’ Cette idée répandue est balayée par les derniers chiffres de l’étude ‘’La France bénévole’’. En effet, en 2026, un jeune sur quatre fait du bénévolat. Mieux encore : il progresse chez les moins de 34 ans, alors qu’il recule chez les plus de 50 ans. Il est un atout pour les associations, dans un contexte de fragilité extrême, mais également pour les jeunes qui gagnent en compétences, estime de soi et réseau. Plusieurs universités françaises valorisent désormais cet engagement, souvent par un bonus sur les moyennes.

Roméo Hountondji alterne entre les cours de droit à Aix Marseille Université (amU) et son engagement bénévole à l’Afev – une association qui lutte contre les inégalités éducatives. Chaque semaine, il consacre deux heures à un jeune Afghan de 9 ans, Romanullah, qu’il aide dans ses devoirs ou emmène faire une activité, tel le cinéma ou la bibliothèque, dans un quartier prioritaire à Marseille.

Le jeune homme de 24 ans n’est pas un cas isolé. En 2026, 24% des 15-24 ans étaient bénévoles dans une association, selon la dernière étude de La France Bénévole. Une hausse significative par rapport à 2010, où ce taux était de 16 %. À l’inverse, l’engagement des plus de 65 ans a reculé de 10 points sur la même période.

L’engagement des jeunes prend toutefois une autre forme, plus ponctuelle, plus mobile. Marie-Alix Ferando, étudiante en pharmacie, en est la preuve vivante. En cinq ans, elle a exploré plusieurs voies : mentorat d’un ‘’première année’’, intégration au BDE, participation à la Junior Entreprise… L’été dernier, elle a passé trois semaines en Guyane avec une association « pour sensibiliser à la santé et à la sexualité ».

Une expérience transformatrice

Les bénévoles de l’Afev effectuent deux heures de mentorat par semaine auprès d’enfants de quartiers prioritaires @AFEV

Cet engagement, véritable levier pour les associations dont beaucoup traversent une période de fragilité financière, est tout aussi enrichissant pour les bénévoles. S’ils s’investissent d’abord pour se sentir utiles et/ou défendre une cause, ils en retirent aussi de nombreux bénéfices.

« Les étudiants ont bien conscience de ce que leur apporte le bénévolat : il développe la citoyenneté et l’esprit d’ouverture, favorise le lien social, l’autonomie et la prise de responsabilité », souligne Cécile Bazin, cofondatrice de Recherches & Solidarités, auteur de l’étude La France Bénévole. D’ailleurs, les étudiants sont deux fois plus nombreux que la moyenne des bénévoles à citer l’acquisition de compétences comme motivation principale. « Gestion du stress, prise de parole en public… énumère Roméo Hountondji qui en est un parfait exemple. J’ai aussi appris à m’adapter à mon interlocuteur et à créer des liens avec des personnes que je n’aurais jamais rencontrées autrement », poursuit-il, d’une voix réfléchie et mesurée.

♦ (re)lire L’engagement joyeux avec Samedi Bien

…et à valoriser

Marie-Alix Ferrando a pris goût à l’associatif, au point de multiplier les actions bénévoles. Ici lors d’une mission en Guyane avec l’Association Nationale des Etudiants en Pharmacie de France @DR

Comme compétences, Marie-Alix Ferando met en avant le travail d’équipe et l’organisation d’événements, comme le week-end d’intégration de sa promotion. Ainsi que le travail interdisciplinaire. « En administrant la fédération inter-asso d’amU, j’ai côtoyé les autres filières (éco-gestion, IUT…). J’ai appris à négocier avec des personnes aux opinions très différentes, par exemple sur la vaccination obligatoire », raconte la jeune fille, solaire et enthousiaste.

Les pouvoirs publics et l’enseignement supérieur (bonus) encouragent de plus en plus les étudiants à valoriser leur expérience, en leur offrant une attestation officielle à glisser dans un CV, des bonus sur la moyenne, des crédits ECTS. Ou encore un aménagement dans l’emploi du temps, comme à l’université Grenoble Alpes qui leur délivre même un statut.

Un bonus jusqu’à 0,5 point

Eric Berton, un président d’amU impliqué pour la jeunesse et l’engagement ©Elea Ropiot

À Aix Marseille Université (amU), l’engagement est très important. « Il fait même partie de notre ADN, précise son président, Éric Berton, affable et impliqué. Depuis mon arrivée en 2020, nous œuvrons pour faire évoluer la plus grande université de France (bonus) avec une politique socialement engagée ».

Ce soutien prend la forme d’un ‘’bonus Engagement’’ : jusqu’à 0,5 point supplémentaire par matière semestrielle – plus exactement par UE (unité d’enseignement). « Ça m’a sauvé plus d’une fois », avoue Roméo, et particulièrement en deuxième année. Le 0,5 point obtenu au second semestre lui a permis de remonter sa moyenne à 10,5, compensant ainsi le 9,5 du premier semestre. « Sans ce bonus, j’aurais redoublé ».

Les critères d’attribution et de calcul des bonus suivent un processus rigoureux. « Les responsables des UE proposent le bonus, le responsable de la formation le consolide, puis le doyen le valide », insiste Isabelle Bruniau Di Monte, chef de projet du dispositif Engagement étudiant à amU.

Dix-neuf types d’engagements pour le bonus

Aix Marseille Université est convaincu que l’engagement constitue un véritable levier d’épanouissement personnel, de réussite et d’élévation ©Elea Ropiot

Au sein d’Aix Marseille Université, il existe 19 niveaux d’engagements différents pour obtenir le bonus. Bénévole dans une association étudiante ou civile, élu au sein de l’université ou dans une collectivité territoriale (ville, département, région, etc.). Ou bien encore accompagnant d’étudiants en situation de handicap ou sportifs de haut niveau, etc. Isabelle Bruniau Di Monte précise qu’il est possible de cumuler plusieurs engagements, « mais pas plusieurs bonus ».

L’amU ne valide pas n’importe quel engagement. Les associations, si elles ne sont pas connues ou référencées sur la plateforme jeveuxaider.gouv, font l’objet d’une analyse. « Elles doivent déjà être loi 1901 et on demande des documents pour en comprendre l’objet. On fait attention aux associations politiques et on refuse les associations religieuses, exceptées certaines. Comme le Secours Catholique, par exemple. C’est du cas par cas ».

Un bonus engagement élevé, mais encore trop peu

Des étudiants s’engagent au sein d’amU en gérant l’aide alimentaire sur les principaux campus ©Elea Ropiot

En 2025, ce bonus a récompensé pas moins de 461 étudiants pour leur engagement associatif. 309 pour leur mentorat auprès de jeunes des quartiers prioritaires ou de zones rurales. Et 416 pour leur accompagnement d’étudiants en situation de handicap ou de sportifs de haut niveau.

En 2026, seulement 10% des étudiants d’AMU (soit 7 000) étaient inscrits au bonus Engagement – un taux bien inférieur à la moyenne nationale (24% des 15-24 ans). Plusieurs explications à cela : certains, par manque d’intérêt ou de temps, ne s’engagent pas. D’autres en sont empêchés par la précarité« Nous avons beaucoup d’étudiants en état de pauvreté », confirme Éric Berton, qui milite avec d’autres présidents d’université pour la création d’une allocation étudiante conditionnée à l’assiduité, inspirée du modèle danois.

Intégration des engagements rémunérés

Roméo (sur la photo) poursuit son engagement à l’Afev, « avec le garçon afghan s’il veut continuer », Marie-Alix avec l’association de son master @DR

Pour lever ces freins, amU passe à l’action : diffusion du Guide de l’engagement dès la rentrée, et intégration des engagements rémunérés (service civique, volontariat international, armées, police, sapeur-pompier volontaire) dans le bonus. « Cela permet aux étudiants qui ont besoin de travailler d’obtenir aussi des points supplémentaires », ajoute Isabelle Bruniau Di Monte.

Le chiffre de 7 000 inscrits au bonus paraît peu au regard de la moyenne nationale – 24% des 15-24 ans. Mais ce dispositif ne tient pas compte des autres formes d’engagement (DU Engagement, projets tutorés, missions, aide financière, dons à une association, actions collectives…), ainsi que des étudiants non déclarés. Prenons l’exemple de Marie-Alix Ferando : elle n’a découvert le dispositif qu’en troisième année, alors qu’elle était déjà bénévole depuis sa première année.

Engagés plus que politisés

Mois de l’initiative à amU ©Elea Ropiot

En réalité, deux étudiants d’amU sur trois (67%) sont aujourd’hui engagés, selon un sondage IFOP, alors même que leur abstention politique augmente. Un paradoxe ? « Ils préfèrent s’engager sur du concret. Mais cela montre que l’engagement étudiant est une forme d’influence », pointe le président d’amU.

Éric Berton entend porter la voix des jeunes à l’approche des élections présidentielles à travers le mouvement Jeunesse 2027. Pour qu’ils soient reconnus comme acteurs à part entière du débat démocratique.♦

Bonus

[pour les abonnés] – Un engagement plus mobile – Les motivations des jeunes – Le contexte actuel – le DU “engagement” – Le décret 2017-962 –

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