Environnement

Par Frédérique Hermine, le 4 mars 2026

Journaliste

Mosnac-Saint-Simeux fait son miel de la protection des abeilles

Les ruchers de la commune se découvrent en famille, parents et enfants ©DR

[municipal’idées] Mosnac-Saint-Simeux bourdonne au rythme des abeilles. Nichée entre les vignes et les méandres de la Charente, la petite commune d’un millier d’habitants construit la transition écologique patiemment et collectivement. Elle s’est engagée aux côtés de l’association Apiviti dans une démarche pionnière mêlant apiculture, viticulture, biodiversité et mobilisation citoyenne. Une aventure territoriale exemplaire qui lui a valu l’obtention de deux abeilles au label APIcité, reconnaissance nationale des collectivités engagées en faveur des pollinisateurs.

Mosnac-Saint-Simeux, au cœur du vignoble charentais, non loin d’Angoulême, a initié en 2018 une collaboration avec Apiviti, association fondée par des passionnés souhaitant « reconnecter la terre, les abeilles et les hommes ». La commune, née de la récente fusion entre Mosnac et Saint-Simeux, a vite compris l’intérêt stratégique et sociétal d’un tel partenariat pour améliorer la biodiversité, accompagner l’évolution des pratiques agricoles, mais aussi fédérer les habitants autour d’un projet concret.

Remise du label APIcité à l’équipe municipale (Virginie Paillette, Monique Percept, Jean-Marc Trénit), avec Paul Frémont d’Apiviti (à droite) ©DR

Apiviti agit en effet comme une véritable cheville ouvrière du territoire. Elle rassemble, sous la houlette dynamique de Paul Frémont, une cinquantaine d’adhérents, viticulteurs, apiculteurs, bénévoles et partenaires : « Nous bénéficions du soutien financier de la communauté du Grand Cognac et des maisons Courvoisier et Hennessy. L’objectif était d’abord d’aider au développement de l’implantation de couverts mellifères dans les vignes qui cernent la commune ». L’initiative s’est ensuite rapidement étendue à l’ensemble du territoire pour fournir aux abeilles et aux pollinisateurs de véritables garde-manger.

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Créer des garde-manger sur la commune

L’un des leviers majeurs de cette action réside dans la conception de mélanges floraux spécifiques, élaborés avec le semencier local Landreau. « Année après année, ils évoluent grâce à l’analyse des pollens et du miel, afin de répondre au plus près aux besoins des abeilles.». Aujourd’hui, le mélange est distribué en sacs de 25 kilos estampillés Apiviti. Cette reconnaissance technique a aussi généré un impact économique : le coût des semences est passé d’environ 230 euros à moins de 160 euros par hectare. Cet effet induit rend la démarche accessible à un plus grand nombre d’exploitants, tout en favorisant sa diffusion bien au-delà de la commune.

Toutefois, l’intérêt de ces couverts mellifères dépasse largement la seule question apicole. « On pense souvent que les pollens vont uniquement dans l’air et que c’est bon pour les abeilles. Mais ils vont aussi dans le sol, où ils nourrissent les vers de terre et les champignons », souligne Paul Frémont. L’expert approfondit : « En enrichissant la terre, ces pratiques améliorent leur structure, facilitent l’infiltration de l’eau, limitent le ruissellement et participent à la création de ce que l’on appelle désormais un ‘sol vivant’ ». Un bénéfice environnemental direct pour la commune, notamment face aux épisodes climatiques extrêmes de plus en plus fréquents.

Les couverts mellifères plantés entre bois et vignes sur le territoire de la commune depuis 2018 ©DR

Mobilisation générale

La municipalité a joué un rôle moteur dans cette dynamique. Au-delà du soutien institutionnel, elle a facilité la mise en réseau des acteurs, impliqué les services techniques et administratifs, encouragé l’essaimage des bonnes pratiques dans l’ensemble des espaces communaux, mobilisé les enseignants, les cantonniers… « Le label est important pour la renommée de Mosnac-Saint-Simeux. Notamment parce qu’il s’inscrit pleinement dans la transition écologique, le développement durable, et le cadre de vie », souligne Virginie Paillette, maire adjointe. « Comme nous sommes entourés de vignes, la démarche est rassurante par rapport à l’usage des pesticides. Et surtout, elle permet d’impliquer les habitants, les associations, les enfants des écoles, les élus… Tout le monde participe à la plantation des haies, au travail du rucher, en apprenant énormément. Cela participe au bien vivre ensemble », explique l’élue.

Une pépinière a été initiée avec des essences locales et d’autres à fin d’adaptation climatiques pour implanter de nouvelles haies. ©DR

Car l’une des grandes forces du projet réside dans son appropriation collective. Apiviti a ainsi initié sur place des journées “abeilles et vignes”, des conférences, des sorties de terrain, mais aussi des chantiers participatifs de plantation de haies mellifères. Avec l’appui de l’ingénieur agronome et apiculteur Yves Daricau, spécialiste de l’agroforesterie, l’association a même lancé une pépinière à Saint-Simeux. Ceci afin de produire localement des arbres mellifères adaptés au changement climatique. « Nous avons choisi des essences locales qui tiennent le coup face au réchauffement climatique, comme les saules ou l’osier, mais aussi des essences plus lointaines pour voir comment elles évoluent chez nous », explique Paul Frémont. Ces plantations permettent de recréer des haies qui font office de corridors écologiques continus entre bois, taillis, vignes et parcelles agricoles. Et elles renforcent la résilience du territoire.

Une production de miel inespérée

La création d’un rucher communal incarne sans doute le symbole le plus fort de cette mobilisation. Seuls les essaims ont été achetés. Cinq ruches, bientôt sept, récupérées dans les greniers des habitants, ont été nettoyées et restaurées. Puis peintes par les élèves de l’école primaire. Même les maternelles ont participé, en venant jeter des “bombes de graines de fleurs” autour des ruches.

Malgré une première année souvent peu productive, le rucher communal a fourni une récolte inattendue de 16 kilos de miel, utilisée ensuite à la cantine municipale, partagée avec les bénévoles. Ou encore offert aux invités de la commune, comme lors de la réunion des élues maires de Charente. Cette approche pragmatique et collective a été saluée lors de l’attribution du label APIcité. « À Paris, on nous a même félicités pour nos actions menées avec si peu de moyens, se souvient Paul Frémont. On commence toujours par essayer de se débrouiller entre nous plutôt que de courir après les subventions. Et faire appel aux habitants les aide à s’approprier le projet. »

Les habitants ont déniché dans leurs greniers et leurs hangars des ruchers à restaurer, repeints par les enfants de l’école © DR

Un label structurant

En 2024, la commune a obtenu une première abeille, puis la deuxième l’année suivante, grâce à l’accélération des couverts mellifères sur l’ensemble du territoire, dans les champs, les rues, le long des fossés… Pour la municipalité, ce label n’est pas une finalité, mais un cadre structurant. « Il faut aussi réussir à faire évoluer les mentalités, poursuit Virginie Paillette. Nous devons encore expliquer que laisser de l’herbe le long des fossés ou des murs, profite aux abeilles. Mais certains habitants nous disent encore que ‘ça fait sale’. Ça demande beaucoup de communication. »

À Mosnac-Saint-Simeux, l’abeille est ainsi devenue plus qu’un insecte : le symbole et le fil conducteur d’une politique locale conjuguant agriculture, biodiversité et qualité de vie. ♦

 

Bonus

# Le label APIcité. Face à l’effondrement alarmant des populations d’abeilles, certaines collectivités ont décidé d’agir pour créer un environnement favorable aux pollinisateurs tout en améliorant le cadre de vie. Pour valoriser ces engagements locaux, le label APIcité distingue depuis 2016 les communes et territoires qui placent la protection des pollinisateurs au cœur de leurs politiques publiques.

© Pixabay

Porté par l’Union Nationale de l’Apiculture Française (UNAF), ce label est devenu une référence nationale en matière de biodiversité urbaine. Il ne récompense pas des intentions, mais des actions concrètes et mesurables. Chaque collectivité candidate est évaluée sur un ensemble de critères précis : la gestion écologique des espaces verts (zéro pesticide, fauche raisonnée), le développement de la biodiversité par la plantation d’espèces mellifères, le soutien à l’apiculture locale (ruchers pédagogiques, partenariats avec les apiculteurs). Mais aussi les actions de sensibilisation menées auprès des habitants et des scolaires.

Le label se décline en trois niveaux, symbolisés par une, deux ou trois abeilles. Une abeille reconnaît une démarche engagée. Deux abeilles saluent une politique structurée et cohérente. Enfin, trois abeilles distinguent les collectivités exemplaires, pionnières en matière de protection des pollinisateurs. À ce jour, près de 220 collectivités françaises sont labellisées APIcité.