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Par Agathe Perrier, le 13 juillet 2026

Journaliste

Le musée numérique fait voyager 6500 œuvres à travers la France

© Agathe Perrier

Afin de rendre leurs collections accessibles au plus grand nombre, une dizaine de structures culturelles françaises, pour la plupart de région parisienne, les ont virtuellement réunies au sein d’un musée numérique. Un catalogue mis à la disposition des collectivités pour leur permettre d’enrichir leur programmation culturelle. Reportage à La Ciotat, près de Marseille, où le dispositif, déployé depuis plus de deux ans, a déjà reçu plus de 40 000 visiteurs.

Exposé au musée d’Orsay, à Paris, Les Coquelicots, de Claude Monet, est pourtant contemplé à plus de 800 kilomètres de là. Avec d’autres tableaux, l’image de cette peinture défile sur un écran géant dressé dans la chapelle Sainte-Anne, dans le centre-ville de La Ciotat (Bouches-du-Rhône). La mairie s’est portée volontaire pour accueillir ce dispositif de musée numérique, baptisé « Micro-Folies », porté par le ministère de la Culture et coordonné par l’établissement public La Villette (lire bonus).

Au total, quelque 6 500 œuvres numérisées sont mises à disposition, issues d’un réseau de près de 500 structures culturelles. « Le catalogue ne compte pas seulement des peintures et des sculptures. Il y a aussi des pièces de théâtre, des opéras, des documentaires… C’est très varié », soulignent les deux médiateurs de l’espace ciotaden, ouvert depuis février 2024.

Sélections personnalisées

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© Agathe Perrier – Œuvre : Raboteurs de parquet, Gustave Caillebotte, 1875, © RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

Si les 660 Micro-Folies de France et de Navarre – 54 sont à l’étranger – ont accès aux mêmes œuvres, chaque équipe les dévoile à sa manière. À La Ciotat, le contenu des projections varie ainsi chaque jour. Les médiateurs piochent pour cela dans les collections préétablies, et créent aussi les leurs. <!–more–>

« On aime imaginer des sélections personnalisées en fonction d’une thématique que l’on veut mettre en avant, en lien avec l’actualité », expliquent-ils. Celle présentée début juillet a condensé des œuvres autour du thème « coquillages et crustacés », saison estivale oblige. La prochaine sera dédiée à la mode, pour marquer les 90 ans de la naissance du couturier Yves Saint Laurent, né le 1er août 1936 (et mort en 2008).

L’écran est relié à une vingtaine de tablettes tactiles prêtes à assouvir la soif de connaissance des arts des visiteurs. Ces derniers peuvent y lire les descriptions et informations clés sur les œuvres qui défilent. Chacune est en outre agrémentée d’un jeu permettant d’y accéder de manière ludique. Idéal pour les enfants, mais qui séduit aussi les plus grands. Martine, entrée pour profiter de la fraîcheur du lieu en ces temps caniculaires, s’est laissée tenter par un puzzle coulissant. « C’est une très bonne façon d’attirer les gens vers les musées, surtout les plus jeunes », sourit-elle tout en reconstituant le tableau Au bord de la mer, de Pierre-Auguste Renoir.

♦ Lire aussi l’article « Un musée spécialement pensé pour les enfants »

Réalité virtuelle, projections, exposition…

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À La Ciotat, la Micro-Folie dispose d’un espace de réalité virtuelle © Agathe Perrier

La Micro-Folie de La Ciotat n’est pas seulement un musée numérique. On y trouve également un espace de réalité virtuelle : une fois par mois (tous les vendredis exceptionnellement en juillet et août), les visiteurs peuvent s’installer dans un fauteuil pour regarder de courts documentaires d’Arte de quatre à huit minutes. Casque de réalité virtuelle sur les yeux, l’immersion est totale avec des images à 360°. « D’autres Micro-Folies ont un espace scénique ou un Fablab (ndlr : un atelier équipé d’outils de fabrication standards et numériques). Ça dépend des structures, notamment de la place disponible », précisent les médiateurs.

À cela s’ajoute la programmation riche et variée imaginée par le binôme. Certains temps forts sont récurrents, comme les « Bav’art’dages ». Chaque samedi, quatre œuvres sont ainsi présentées de façon originale. Il y a aussi le « Discovery tour » : un visiteur prend le contrôle de l’écran géant à l’aide d’une manette de console pour une visite virtuelle de la Grèce antique, de l’Égypte ancienne ou de l’ère viking. Un rendez-vous particulièrement prisé… des seniors. « C’est sur réservation et il y a une liste d’attente ! On a ouvert une deuxième date mensuelle tant la demande est importante », glissent les médiateurs.

Des propositions ponctuelles étoffent encore le planning, comme des projections d’opéras, de pièces de théâtre ou de films. Et même des expositions physiques, pour faire une pause dans l’utilisation des écrans. En ce moment, le focus porte sur les œuvres qui se sont infiltrées dans nos quotidiens (bonus).

♦ Lire aussi l’article « Comment les musées s’adaptent aux troubles DYS et autisme »

Public conquis

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20 000 visiteurs franchissent en moyenne la porte de la Micro-Folie de La Ciotat chaque année © Agathe Perrier – Œuvre : Les Nymphéas : Le Soleil couchant, Claude Monet, 1914-1926, © RMN-Grand Palais (musée de l’Orangerie) / Michel Urtado

Le temps de l’été, la Micro-Folie étend ses horaires pour accueillir le grand public quatre jours par semaine (bonus). Venus à La Ciotat pour se baigner, Sophie et Olivier, habitants d’Aix-en-Provence, ont apprécié leur arrêt dans ce musée atypique. « C’est sympa d’avoir accès à des œuvres que les établissements locaux n’ont pas d’ordinaire. En matière de culture, beaucoup de choses sont à Paris », regrettent-ils. Un avis partagé par Josiane, qui a emmené sa petite-fille : « Ça permet de s’ouvrir à de nouvelles choses sans avoir à se déplacer d’un musée à l’autre ».

En deux ans et demi d’existence, la structure culturelle a trouvé son public. 20 000 visiteurs franchissent en moyenne sa porte chaque année. Des visiteurs réguliers, des occasionnels et surtout de nombreux élèves – trois demi-journées par semaine sont, en temps normal, dédiées aux réservations pour les scolaires ou les structures. Et ce n’est que le début ! ♦

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La chapelle Sainte-Anne abrite la Micro-Folie depuis février 2024 © Agathe Perrier – Œuvre : La Classe de danse, Edgar Degas, entre 1871 et 1874, © RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

 

Bonus

# Venir à la Micro-Folie de La Ciotat – À la chapelle Sainte-Anne, 4 place Esquiros. Horaires d’été, du 7 juillet au 29 août 2026 : ouvert mardi, mercredi, vendredi et samedi de 10h à 12h et de 14h à 18h (fermeture du 11 au 15 août). Horaires habituels : le mardi de 10h à 12h puis le mercredi, vendredi et samedi de 14h à 18h. Entrée libre et gratuite. Retrouvez le planning des animations en cliquant ici.

# Derrière Les Micro-Folies – L’établissement public du parc de la Villette coordonne le dispositif. Il a vu le jour à l’initiative du ministère de la Culture et de douze établissements culturels nationaux : le Centre Pompidou, le château de Versailles, la Cité de la musique – Philharmonie de Paris, le Festival d’Avignon, l’Institut du monde arabe, le Louvre, le Musée national Picasso-Paris, le musée d’Orsay et de l’Orangerie, le musée du quai Branly-Jacques Chirac, l’Opéra national de Paris, le Grand Palais – Rmn, Universcience et La Villette. On compte aujourd’hui 660 Micro-Folies en France (liste à retrouver ici).

Œuvres de la photo de une : Les Nymphéas : Le Soleil couchant, Claude Monet, 1914-1926, © RMN-Grand Palais (musée de l’Orangerie) / Michel Urtado. Champs de coquelicots, environs de Giverny, Claude Monet, 1885, © Réunion des Musées Métropolitains Rouen Normandie