Environnement
Moins de déchets à Notre-Dame de la Garde : victoire citoyenne, mais défi politique
Dimanche 15 février, à Marseille, plusieurs dizaines de bénévoles équipés de gants et de sacs poubelles ont arpenté le temps d’un après-midi la colline de Notre-Dame de la Garde. Revenue là où tout a commencé pour son dixième anniversaire, l’association 1 Déchet par Jour a eu une (bonne) surprise : les sacs de ramassage sont restés légers !
« Il n’y avait pas grand-chose à ramasser », constatait, un peu dépité, Gaël Barat chargé de la caractérisation des déchets. Depuis trois ans, il trie, pèse et compte ce qui est collecté par 1 Déchet par Jour lors de ses opérations sur le terrain. Et d’observer : « Cette année, soit c’est plus propre… soit les pluies diluviennes de cette semaine ont tout emporté vers le bas, vers la mer. »
Bonne nouvelle ou simple déplacement du problème ? Aucune des associations participant à cette journée n’avait la réponse. Elles avaient une certitude en revanche, c’est qu’à la fin de cette journée il ne restait plus un déchet aux abords de La Bonne Mère. « Quand on s’intéresse à cette question, on voit le moindre mégot », sourit Georges-Édouard Legré, cofondateur de l’association 1 Déchet par Jour. « Ce qui semblait normal devient anormal. Le citoyen lambda ne voit plus les déchets tant ils font partie de son décor quotidien. Le citoyen ramasseur, lui, développe un œil aiguisé. Le jaune d’un filtre, l’éclat vert d’un tesson deviennent des alertes visuelles ».
Encore une fois les citoyens ont fait le boulot. Mais ensuite ?
Derrière les sacs collectés, il y a aussi une stratégie. MerTerre, coordonne une plateforme nationale de sciences participatives : Zéro Déchet Sauvage. « On mesure les volumes, les poids par matériau. On compte les bouteilles, les canettes, les mégots », explique Teo Juričev, chargé de mission data. Objectif : cartographier les “hotspots” de pollution et fournir aux collectivités des données fiables. « Avec ces données, on peut accompagner les plans de lutte : installer un cendrier ici, des bennes à carton sur un parking qui accueille un fast-food ou une pizzeria. Et vérifier si les mesures sont efficaces. » Et de souligner qu’à Notre Dame de La Garde, les données disponibles depuis 2019 montrent une tendance encourageante.
Dix ans après sa création, l’association 1 Déchet par Jour a fait du selfie du ramasseur un acte militant. « D’autant que les déchets des uns deviennent les trésors des autres, souligne Georges-Édouard Legré. Car désormais les solutions locales d’upcycling et d’économie circulaire permettent de les recycler ». Les bénévoles sensibilisent, trient, mesurent. Des entreprises valorisent plastiques, cannettes, verres, bouchons et mégots. Reste maintenant à renforcer les politiques publiques en la matière : poubelles hermétiques, collectes plus fréquentes, accompagnement des filières locales…
Les associations vont décortiquer les programmes à la veille des élections municipales et métropolitaines, deux collectivités qui sont les acteurs majeurs dans ce domaine. ♦
♦ (re)lire aussi : Sentinelles de rivière, non aux déchets, oui à l’insertion !