Éducation
Quand le numérique facilite les apprentissages scolaires
Depuis quelques années, l’utilisation du numérique à l’école et l’inclusion scolaire (des enfants “dys” notamment) sont au cœur des questionnements pédagogiques. La première dans le cadre de la Stratégie nationale du numérique pour l’éducation (2023-2027). La seconde dans celui de l’Agenda 2030 des objectifs du développement durable portés par l’UNESCO. Focus sur deux exemples d’applications précieuses : la bibliothèque enrichie Sondo et le catalogue de maquettes 3D Foxar.
Déchiffrer un texte ou se repérer dans l’espace n’a rien de naturel. C’est le résultat d’actions pédagogiques. Et pour certains enfants, ces compétences sont particulièrement difficiles à acquérir. Selon un guide pratique édité par la Société française de pédiatrie avec le soutien de la Direction générale de la santé, près de 20% des plus de 5 ans présentent des difficultés scolaires. Un enfant par classe souffre de dyslexie, dyscalculie, dyspraxie, précocité intellectuelle ou encore de troubles de l’attention.
De nouvelles pratiques pédagogiques prometteuses

Les accompagner au mieux est un défi pour les enseignants. Selon une étude de 2022 relayée par Canopé – réseau de formation et d’accompagnement pédagogique des professeurs-, ils sont plus de 82% à regretter des obstacles à l’inclusion. Mais ils peuvent dorénavant s’appuyer sur de nouvelles ressources numériques pour les contourner. Ces dernières apparaissent même aujourd’hui « comme un levier important d’évolution des pratiques des enseignants pour améliorer la scolarité de tous les élèves », analyse Mathieu Laborde, Docteur en sciences de l’éducation et de la formation à l’Université de Bordeaux, pour Canopé.
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Une conviction partagée par exemple par la Ville de Marseille. Depuis 2023-2024, la commune propose gratuitement aux écoles municipales des licences pour utiliser Sondo et Foxar. Une bibliothèque interactive aux multiples fonctionnalités et un catalogue de maquettes 3D animées. La concrétisation d’un travail mené « en symbiose avec l’éducation nationale », raconte Axel Gouyache, le responsable de la division Moyens Numériques aux établissements scolaires à la mairie. Une trentaine d’établissements intéressés peuvent ainsi avoir accès à Sondo (une cinquantaine pourront le faire fin 2026) et une cinquantaine à Foxar.
Des e-books enrichis pour faciliter la lecture

Promesse de Sondo : « Décupler le pouvoir des enseignants à faire lire des livres à tous les élèves et favoriser l’École inclusive. » Cette mine d’e-books enrichis offre la possibilité de voir le texte à l’écran, de grossir les caractères, de colorer des syllabes, de consulter la définition des mots plus complexes ou encore de masquer certains paragraphes. Autant d’outils facilitant le décodage, la compréhension et la concentration, qui s’ajoutent à l’écoute du texte, à la clarté et à l’attractivité de la mise en forme. « On a par exemple tenu à illustrer certains ouvrages, sans que cela se superpose au texte pour ne pas brouiller la compréhension, et à présenter toutes les couvertures pour que ce soit beau », précise Anne Thay, directrice de Mobidys, l’entreprise nantaise qui a conçu Sondo.
« On a aussi travaillé sur l’autonomie de l’élève, c’est lui qui a la main », insiste-t-elle. En fonction de ses besoins. Il peut ainsi lire seul sur un ordinateur, une tablette ou un smartphone, à moins que l’enseignant préfère travailler en groupe ou avec toute la classe sur l’écran numérique interactif (ENI) qui remplace peu à peu les tableaux effaçables. « Ça a été conçu pour les « dys » mais tout le monde peut s’en servir, ce n’est donc pas stigmatisant », glisse Anne Thay. Et les familles peuvent également y accéder à leur domicile.
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600 ouvrages de littératures jeunesse, classique et contemporaine

Les fonctionnalités sont particulièrement précieuses en effet pour un enfant dyslexique, mais aussi pour un élève déficient visuel ou allophone. Et elles sont plus que bienvenues dans les Ulis (Unités localisées pour l’inclusion scolaire – destinées à la scolarisation des élèves en situation de handicap dans le premier et le second degré) et les SEGPA (Section d’enseignement général et professionnel adapté – accueillant des jeunes de la 6e à la 3e présentant des difficultés scolaires importantes).
Chien pourri, Anatole Latuile, L’écume des jours, Stupeur et tremblements... Au total, 600 ouvrages sont consultables, même hors connexion, dont 255 pour le primaire. Des titres de littératures jeunesse, classique et contemporaine, adaptés aux programmes scolaires du CP à la terminale. Une offre qui a séduit plus de 800 établissements depuis 2019 – directement ou via des collectivités (villes, départements, régions) – et touche 300 000 élèves.
« Mieux visualiser pour mieux comprendre »

Foxar est un outil différent, une bibliothèque de maquettes en réalité augmentée pour expliquer le monde qui nous entoure. L’application dijonnaise a convaincu 200 structures de souscrire à sa version payante, conçue avec des laboratoires spécialisés en psychologie cognitive, en collaboration avec l’Éducation nationale. En libre accès à sa création en 2020, ce grand catalogue d’environ 150 maquettes 3D est désormais disponible sur abonnement (pour les collectivités comme pour les particuliers). Mais il offre encore du contenu gratuit sur son application. Et affiche 800 000 téléchargements sur IOS – le système d’exploitation d’Apple, sur I-Phone et I-Pad. Apple est d’ailleurs partenaire de Foxar. Ils travaillent ensemble sur des formats à visionner en réalité augmentée.

Pour l’heure, les animations en couleur, animées et interactives, sont complétées par des explications écrites, qui seront bientôt lues. Avec l’ambition d’expliciter des points abstraits des programmes scolaires. De permettre de « mieux visualiser pour mieux comprendre », résume Louis Jeannin, co-fondateur de la start-up avec Nicolas Caligiuri, après des études d’ingénieur Arts et métiers. Passionné par la 3D et la réalité augmentée, il a voulu les mettre au service de la pédagogie. De ceux qui ont plutôt une mémoire visuelle comme de ceux qui ont du mal à rester concentrés lors de cours magistraux. C’est ainsi qu’est né Foxar, qu’il décrit comme un « C’est pas sorcier (Ndlr : l’émission de télévision de vulgarisation) en version virtuelle ».
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Des maths à l’histoire-géo

Une fois la tablette affichant la maquette posée sur la table, les enfants et adolescents peuvent tourner autour, la découvrir depuis différents points de vue. Beaucoup illustrent des notions mathématiques et scientifiques, quand certaines ont trait à l’histoire et à la géographie. La majorité est en lien avec les programmes de primaire et collège, mais ceux du lycée sont de plus en plus présents. En profitent des élèves de Dijon, Versailles, Nancy, Metz ou Marseille. Où « tous les établissements qui l’ont testé ont continué à l’utiliser », assure Axel Gouyache. Très satisfait également des premiers retours des enseignants qui expérimentent Sondo.
Mais les professeurs des écoles comme du second degré n’adoptent pas toujours facilement les nouvelles technologies. Dans son analyse pour Canopé, Mathieu Laborde décrit « un usage timide du numérique éducatif ». Reste donc à leur « faire adopter pleinement des pratiques pédagogiques innovantes, universelles par le biais du numérique », conclut-il. ♦