Environnement
Paul Watson défend la mer à tout prix
Quelques semaines après avoir obtenu de la part de la France un titre d’asile et une protection politique, Paul Watson, le fondateur de Sea Shepherd et capitaine médiatique est venu à Marseille pour parler d’un engagement vieux de plus de soixante ans : protéger les océans et la vie marine. Cette conférence lui a donné l’occasion d’évoquer la catastrophe en mer et de défendre des positions parfois controversées.
« Quelles espèces marines sont les plus menacées ? », demande Jérôme Lévy l’organisateur de la rencontre à son interlocuteur, le fameux Paul Watson. « Toutes », répond sans hésiter le capitaine et fondateur de Sea Shepherd, ONG œuvrant à la protection des océans et de la vie marine. La salle acquiesce d’un souffle, dépitée par ce constat alarmiste. Calé au fond de son fauteuil, arborant sa marinière comme une seconde peau, l’activiste aux cheveux blancs expose ses idées et ses convictions à coup d’anecdotes et de récits. C’est que le canado-américain se bat depuis les années 1970 pour protéger le monde océanique.
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Le 12 décembre 2025, c’est l’association les Entretiens du Sud qui a invité le « pirate » Paul Watson pour discuter de son engagement. Au collège Saint-Joseph de Cluny, dans le 8e arrondissement de Marseille, devant un public conquis, le capitaine n’a cessé d’émailler son témoignage de chiffres effrayants et de blagues percutantes : « Nous sommes l’espèce la plus dangereuse sur Terre », assène-t-il par exemple.

Une lutte sous mandat d’arrêt international
Depuis la fondation de Sea Shepherd en 1976, sa méthode est simple : interrompre des opérations illégales en mer et qui échappent aux lois. Il a ainsi permis de rendre visibles des pratiques violentes, et pour beaucoup illégales, à travers des images impressionnantes et sanglantes : la chasse aux phoques au Canada, à la baleine au Japon et aux cétacés dans les îles Féroé (tradition appelée le grindadráp). Mais aussi le braconnage et la surpêche qui ravage les fonds et décime la vie marine.
Ces luttes lui ont valu des représailles de la part du Japon, qui a émis en 2012 un mandat d’arrêt international et déclenché une notice rouge d’Interpol (retirée en juillet 2025). Le septuagénaire est accusé par l’État nippon d’avoir commis en 2010 des dommages et blessures sur un baleinier japonais et son équipage que son ONG Sea Shepherd tentait de le stopper.
C’est ainsi qu’en juillet 2024 il est arrêté et emprisonné durant cinq mois au Groenland, alors qu’il s’apprêtait à alpaguer un nouveau navire baleinier japonais. Vivant depuis une dizaine d’années entre Marseille et Paris, l’activiste a demandé l’asile en France « pour être protégé » et obtenu une protection politique en novembre 2025.
Le 12 décembre, un an après sa libération, le capitaine revient tout juste du Brésil. « J’ai pu travailler avec les Autochtones et assister à la COP30 à Belém, une perte de temps et une blague », souffle-t-il à propos de la conférence internationale pour les changements climatiques, qu’il aurait souhaitée plus impactante. Sea Shepherd France vient aussi tout juste de s’implanter dans la Guyane française voisine. Une base pour agir contre la pêche illégale opérée par des navires brésiliens, surinamiens et guyanais, qui a doublé en douze ans. « On commence à travailler avec le gouvernement pour lutter contre le braconnage en Guyane française », explique-t-il.
Un homme controversé…
Jérôme Levy, le président de l’association organisatrice de la conférence, n’hésite à le questionner sur les dernières polémiques à son égard. En France, Paul Watson est taxé d’écofascisme (pour désigner une écologie d’extrême droite) de par son lien avec des personnalités d’extrême droite, comme Brigitte Bardot. Lors de la Fête de l’Humanité en septembre 2025, sur fond de libération de la parole contre le racisme dans le militantisme écologique, des activistes féministes et antiracistes ont dénoncé ses positions sexistes, racistes, malthusiennes et anti-immigration.
Celui qui se dit « ni de gauche ni de droite » explique se rapprocher des personnes qui luttent pour la protection des océans, sans se préoccuper d’un bord politique. « Je ne suis pas anti-immigration, car je ne crois pas aux frontières », rit-il devant la salle pour se justifier. « La crise écologique touche tout le monde. Dans un monde biocentré, il n’y a pas de divisions entre races, idéologies et culture pour une raison. On est tous sur le même bateau », se défend-il ce jour-là, en répétant quasiment au mot près ses déclarations passées sur ce sujet.

…qui se revendique du biocentrisme
Seulement, ses antagonistes soulignent que les changements climatiques n’impactent pas les populations de la même manière : les femmes et les personnes les plus vulnérables sont davantage touchées, de même que les populations des Suds ou celles qui ont été (ou continuent d’être) colonisées. En témoignent de nombreux ouvrages et études qui documentent ces enjeux, comme les travaux de Malcolm Ferdinand (chercheur au CNRS étudiant les interactions entre l’histoire coloniale et les enjeux environnementaux). Ou encore les scandales de l’agent orange au Vietnam. Et aussi le chlordécone, ce pesticide utilisé aux Antilles entre les années 1970 et 1990 pour la production de bananes qui a empoisonné les habitants.
À ceux qui lui reprochent une écologie universaliste et apolitique (qui fait abstraction des enjeux intersectionnels), il répond que « toute cause est liée à l’environnement ». C’est qu’il se revendique du biocentrisme, une théorie qu’il détaille dans un livre du même nom et qui établit que toute forme de vie mérite d’être respectée. « Il faut que l’on vive en harmonie avec les autres espèces [animales et végétales] », explique-t-il.
♦ Lire aussi : Vers la reconnaissance des crimes contre la nature
Une seule volonté : protéger les océans
Malgré son militantisme radical et direct, le « pirate » doit s’adapter à des sociétés qu’il voit changer rapidement. « C’est de plus en plus difficile d’être activiste, car le monde est répressif à ce sujet et on restreint les manifestations pacifistes. Les gens qui veulent protéger les ressources sont catégorisés de terroristes », observe-t-il. Et de se référer à ce terme d’écoterroriste dont le Japon ou d’autres opposants l’affublent. « On dit que mes actions sont violentes, mais je n’ai jamais blessé personne », se défend-il encore. Paul Watson reconnaît n’avoir d’autre choix que de changer ses actions militantes : « Il faut faire évoluer nos tactiques. Je vais continuer, mais ce doit être clair que l’on cible des actions illégales ».
Ce 12 décembre à Marseille, le militant n’a ainsi cessé de rappeler l’urgence de protéger la biodiversité marine. « Cela affecte les changements climatiques, la survie des écosystèmes. Depuis 2001, les océans perdent 0,088% de phytoplancton par an en moyenne. Cette espèce minuscule fournit au moins 45% de l’oxygène que l’on respire, capte les gaz à effet de serre et constitue la base de l’alimentation dans les océans. Les baleines, ces fermiers des mers, s’en nourrissent et déversent ensuite trois tonnes d’excréments par jour, qui servent d’engrais au phytoplancton ».

Sauver le krill
Il s’attelle aujourd’hui à un autre enjeu critique : « Nous allons lancer début 2026 une grande campagne contre la pêche de krill réalisée par la Norvège, notamment ». Pêchant déjà plus de la moitié du krill mondial, ce pays scandinave compte doubler ses récoltes. Or cette espèce, cruciale pour le climat et pour l’alimentation de nombreuses espèces, a déjà vu sa population diminuer de 80% depuis les années 1970. En plus de servir de complément alimentaire, « le krill est utilisé pour créer des protéines pour le saumon d’élevage », poursuit le capitaine. Il évoque encore un élevage intensif « toxique et dévastateur pour la planète ».
Au-delà des actions coup de poing que réalise Sea Shepherd, Paul Watson milite depuis dix ans pour l’imposition d’ « un moratoire de 75 ans sur la pêche industrielle ». Il avertit : « L’océan a besoin de temps, il est résilient, il peut se réparer. Car s’il meurt, nous mourrons avec lui ».♦
Bonus
# La bio de Watson. Né au Canada le 2 décembre 1950, Paul Watson a grandi à St Andrews-by-the-sea, village de pêcheurs de homards du New Brunswick. En 1968, il intègre le corps des Gardes-Côtes canadiens. Le premier bateau sur lequel il embarqua, le “C.C.G.S. Vancouver”, est un navire météo. En 1969, il intègre l’équipage du porte-containers norvégien “Bris” pour un voyage vers l’Asie et l’Afrique. Ces voyages précoces avec les marines marchandes canadienne, norvégienne, suédoise et anglaise, lui apportent l’expérience nécessaire pour affronter toutes les mers, y compris les typhons de la mer de Chine, les tempêtes de l’Atlantique Nord et les zones de guerre du Golf persique.
Son engagement comme militant écologiste commence en 1969, sur la frontière américano-canadienne, lors d’une manifestation du Sierra Club contre les essais nucléaires réalisés par la Commission à l’Energie Atomique américaine sur l’île d’Amchitka.
La suite sur le site d’Étonnants Voyageurs…