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Philippe Echaroux street artist 2.0
Il a troqué les bombes de peinture contre la lumière des projecteurs. Mais ses affichages sauvages explosent avec la même force pour véhiculer leurs messages militants. Dans les cités de Marseille comme à La Havane. Rencontre.

Des ballons ou la rue comme supports photo
Il expose ses premiers clichés à la salle Grimper du complexe d’escalade de la Valentine, à Marseille. Son œil séduit. En 2011, il franchit le pas et le voilà portraitiste professionnel. Mais rapidement, le format le lasse. Pas assez d’envergure pour véhiculer des messages. Il veut la rue comme écrin et colle alors ses images à la Patafix sur les murs ou sur des ballons de baudruche qu’il livre au vent. Le Street Art digital 2.0 prend ses premières formes. Un an plus tard, en 2014, c’est un avec un autre Marseillais qu’il donne ses lettres de noblesse à cet affichage sauvage : pendant quelques minutes, le temps de photographier la scène, le portrait de Zidane fait sa réapparition sur le mur de la corniche Kennedy qui l’accueillait pendant ses années de gloire phocéenne. La rumeur s’emballe. Les médias du monde entier spéculent sur le retour à Marseille du capitaine des bleus. La carrière planétaire du photographe est lancée.
Un art au service de ses engagements
Depuis, l’artiste multiplie les coups d’éclats pour attirer l’attention du monde sur des causes militantes. En 2016, avec le soutien de l’association de protection de la forêt amazonienne Aquaverde, il passe 10 jours avec les peuples indigènes qui respirent dans ce poumon vert. Face aux millions de la déforestation, ses portraits de la tribu Suruis du chef Almir Narayamoga projetés sur de grands arbres font mouche. « Mon art est simple. J’épouse des causes en accord avec ma personnalité et je répands des messages symboles. Ici : celui qui abat un arbre abat un homme », explique Philippe Echaroux.
Le web lui sert de galerie et chacun de ses engagements est visionné des centaines de milliers de fois. À New-York, les visages d’anonymes de la rue projetés à Central Park sur fond de buildings illustrent la domination de l’homme sur la nature. À La Havane, l’artiste s’est mis en danger face au pouvoir totalitaire pour projeter quelques minutes sur une vielle Buick un « Cuba Libre » provocateur. « Avant ça, je militais à l’abri. Je voulais savoir si j’avais assez de cran pour m’engager », se souvient-il.
L’expérience œuvre comme un détonateur. Peu à peu, ses projets dessinent des mots de lumière qui figent sur la pellicule des décors messagers. Sur la mer de glace chamoniarde qui fond à une vitesse spectaculaire depuis dix ans, il projette un « Ice Scream » (le cri de la glace) pour dénoncer l’obscurantisme de Donald Trump face à la réalité du réchauffement climatique. Pendant le festival de Cannes, il s’amuse du sérieux du 7ème art dans une police de caractère dégoulinante de sa création.
Les messages des jeunes Marseillais
Dans sa ville natale, c’est avec le rappeur Soprano qu’il affiche des messages d’espoir pour les jeunes de la ville, comme ce « Tout est possible quand tu sais qui tu es » extrait de son titre Mon Everest.
Il y a dix jours, il était de retour pour une performance réalisée avec des jeunes de Félix Pyat : la mise en lumière de leurs mots (maux ?) sur les barres d’immeuble de la cité. « On a très peu travaillé car les phrases qu’ils avaient mûries étaient parfaites. Quelquefois un peu longues, mais d’emblée pleine de sens », raconte le street artiste. Parmi ces punch lines : ce « La vie se lève pour tous ! » ou encore ce « Ne dis pas un échec, dis un essai ! ».
L’opération a été conduite avec l’atelier d’arts plastiques Méta 2 connu à Saint-Mauront pour son engagement auprès des jeunes du quartier, les Apprentis d’Auteuil et la fondation #Marseille. La vidéo de la performance a été restituée lors d’une soirée mettant plusieurs jeunes à hauts potentiels face à des entrepreneurs de la région. L’objectif était de montrer combien tout ce quartier de l’arrière-port de Marseille est un vivier créatif. Les bénéfices tirés de la vente sur place des images de Philippe Echaroux doivent servir à soutenir des projets connexes. Il m’a rappelé que l’art est un formidable porte-joie. ♦
*Le nom photon vient du grec et signifie “lumière”. En effet, le photon transmet l’interaction électromagnétique, la lumière étant un exemple d’onde électromagnétique.