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Un ponton multifonctions pour des ports plus vertueux
L’entreprise One Concept Marine a conçu un ponton d’accostage adapté à son siècle. En plus d’accueillir des bateaux, il produit de l’électricité, collecte l’eau de pluie et sert d’abri pour poissons. Une solution, parmi d’autres, imaginée par cette jeune pousse installée à La Ciotat (Bouches-du-Rhône) pour rendre la gestion des ports et bases nautiques plus durable.
Depuis l’été dernier, un ponton unique en son genre flotte dans le port varois de Saint-Tropez. Ses particularités sont multiples, à commencer par la plus visible : son ombrière. Au-delà de seulement protéger du soleil, elle produit de l’électricité. Jusqu’à 32 mégawattheures (MWh) par an pour une panne entière (quatre pontons de 12 mètres chacun), grâce à des panneaux solaires photovoltaïques. « Soit l’équivalent de la consommation annuelle de 43 bateaux », précise Thomas Aboulinc. Et le fondateur de One Concept Marine, l’entreprise à l’origine de cette création, d’ajouter : « C’est justement parce qu’on a un jour attendu en plein soleil un bateau à un port que l’on a eu l’idée de ce ponton ». Un projet initié en 2021 avec des camarades d’études, en fin de cursus d’ingénieur en mécanique et plasturgie. Trois ans de travail seront ensuite nécessaires pour arriver au produit final. Baptisé « Meltem » (lire bonus), il est prêt pour un déploiement à grande échelle.
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Matériaux locaux

D’autres spécificités encore expliquent en quoi ce ponton sort de l’ordinaire. Notamment son système intégré de récupération, filtration et stockage d’eau de pluie. Tout comme l’électricité produite, elle est utilisable sur place, en branchant un bateau à la borne de service. « Jusqu’à 80 m3 d’eau peuvent être récupérés chaque année par panne, ce qui représente 530 lavages », souligne Anna Sénéquier, associée de l’entreprise et spécialiste en design durable et matériaux innovants. Ses singularités se dissimulent aussi sous l’eau, comme ce récif artificiel, créé avec des matériaux de récupération et placé sous le ponton. Poreux, vertical et doté de nombreuses cavités, il est depuis l’antre d’algues et de poissons.
La station balnéaire du Var a été la première à passer commande à l’équipe de One Concept Marine – qui comprend, outre les associés, deux salariés. Il leur a fallu moins de six mois pour fabriquer le ponton puis le mettre à flot. L’entreprise a pour cela fait appel à des fournisseurs français et européens. Un bon point quand la facilité aurait été de s’approvisionner ailleurs, en Chine par exemple, où les coûts des matériaux sont plus attractifs, notamment pour les panneaux solaires. Mais ceux qui ont été choisis sortent de chez le dernier fabricant de l’Hexagone, Voltec Solar, basé en Alsace. Le bois est lui issu de forêts de Bourgogne. Une liste qui est loin d’être exhaustive.
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Industrialisation à venir

Côté tarif, le prix d’un ponton Meltem s’affiche entre 80 000 et 100 000 euros. Bien plus que les modèles traditionnellement répandus dans les ports, qui coûtent entre 15 000 et 20 000 euros. La comparaison est néanmoins faussée puisqu’ils n’offrent pas les mêmes usages. Car celui de One Concept Marine permet de surcroît aux gestionnaires d’engranger des revenus. « À hauteur de 16 000 euros par an s’ils revendent toute l’énergie produite à 0,50€/KWh. Soit un retour sur investissement atteint entre cinq à sept ans », expose Anna Sénéquier.
L’ambition de l’entreprise est de réduire la facture finale autour de 40 000 euros. Ce qui devrait être possible grâce à une production à échelle industrielle et donc plusieurs unités fabriquées à la chaîne. Une phase qui devrait être atteinte à la fin de l’été. One Concept Marine espère vendre une dizaine de pontons sur le reste de cette année. « On a réussi à atteindre l’équilibre économique avec le premier, même sans les économies d’échelle associées à une production industrielle. Ça pose donc de très bonnes bases pour la suite », se réjouit Thomas Aboulinc. Une étape qui devrait en plus déboucher sur des recrutements : trois à quatre en 2025 avant un doublement l’an prochain.
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Rendre les ports plus durables

Pendant les mois qui ont suivi l’installation du premier ponton, One Concept Marine a étoffé la gamme « Meltem » d’un autre modèle. Chacun est d’ailleurs personnalisable pour s’adapter aux couleurs et à l’architecture de son environnement. L’entreprise ne se cantonne toutefois pas seulement à imaginer de nouveaux équipements pour les ports. « On leur propose plus globalement une activité de conseil en transition durable et ingénierie financière. Notre but est de les aider à trouver les clés pour une gestion durable en répondant aux défis climatiques qui sont les leurs : la gestion des ressources en eau et en énergie, la préservation de la biodiversité et la réduction des émissions de carbone », relève Thomas Aboulinc.
L’équipe élargit aussi son champ d’intervention. Elle travaille actuellement sur un ponton en bois destiné cette fois aux lacs et aux fleuves. Ainsi qu’à des ombrières solaires… terrestres, après des demandes de prospects. Pour accompagner cette montée en puissance, une levée de fonds est en préparation pour la fin 2025.De même qu’un déménagement, ses locaux actuels étant trop étroits pour y assurer la production. ♦
Bonus
# Pourquoi « Meltem » ? C’est le nom turc d’un vent, l’étésien, qui souffle périodiquement sur la Méditerranée orientale. One Concept Marine l’a choisi car il « symbolise une énergie nouvelle et naturelle face aux défis climatiques ».