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Quand les cheveux coupés finissent en perruques plutôt qu’à la poubelle
À Grenoble, le salon de coiffure Scalp récupère depuis 2020 les cheveux de ses clients et clientes pour les envoyer à l’association Fake Hair Don’t Care. Avec ces dons, des perruques sont fabriquées à la main pour des personnes atteintes de cancer. Une bonne manière de valoriser en partie les 4000 tonnes de déchets capillaires produits chaque année en France.
Avant de sortir les ciseaux, le coiffeur sépare les cheveux en plusieurs petites couettes, qu’il attache avec des élastiques noirs. Dans le miroir, Noémie explique son projet : « J’hésite entre une coupe pixie et un mulet. Dans tous les cas, ça va être vachement court », souffle-t-elle en montrant des photos d’inspiration sur son téléphone. Quelques minutes plus tard, une quinzaine de centimètres de cheveux tombent sur le sol de Scalp, un salon de coiffure de Grenoble. Ici, ils ne finiront pas à la poubelle, car ils seront envoyés à l’association Fake Hair Don’t Care (FHDC, « Les postiches, on s’en fiche », en anglais).
Des mèches devenues matière première

« Fake Hair Don’t Care prend même juste dix centimètres de cheveux », explique Sylvain, coiffeur chez Scalp. Il récupère soigneusement les mèches de Noémie avant le shampoing. « Ils peuvent être colorés, décolorés… Le plus important, c’est qu’ils soient en bon état. »
Pour Noémie, le don est presque arrivé par hasard. « Ma meilleure amie vient ici et j’adore les coupes avec lesquelles elle ressort. Quand j’ai appris qu’on pouvait donner ses cheveux, je me suis dit que c’était une bonne action en plus d’une potentielle belle coupe. Donc ça me va. C’est un deux en un », argumente la cliente.
Dans le salon grenoblois, le geste est devenu habituel. Sur la devanture, une affiche annonce l’engagement du salon. Depuis 2020, Scalp est partenaire de l’association qui collecte des dons de cheveux des salons partenaires afin de fabriquer des perruques sur mesure pour les personnes atteintes de cancer.
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Dans les coulisses d’un don solidaire

Quand Héloïse Arviset reprend la gérance du salon en 2019, elle cherche des moyens de limiter les déchets produits par la coiffure, estimés à environ 15 tonnes par an en France (cheveux, mais aussi produits en aluminium, papier, carton ou plastique). « On s’est intéressés à plusieurs initiatives, notamment Coiffeurs justes, qui recycle les cheveux pour dépolluer les océans. Et puis on a entendu parler de FHDC », développe-t-elle.
À l’époque, la plupart des associations demandent des cheveux naturels, sans coloration ni décoloration, avec parfois un critère de trente centimètres de longueur. « En réalité, très peu de gens pouvaient donner, concède Héloïse Arviset. FHDC a ouvert énormément de possibilités. »
Concernant le mode opératoire, les mèches doivent être stockées dans un lieu sec, puis envoyées à l’association. « Parfois, les clients pensent qu’ils vont payer moins cher parce qu’ils donnent leurs cheveux. Alors qu’en fait, ça nous coûte plus cher. Entre les frais de port et le temps passé, tout cela reste évidemment bénévole. » Autour des fauteuils, les enveloppes kraft s’accumulent au fil des semaines. Certaines contiennent des mèches coupées à domicile et apportées au salon. D’autres sont les couettes des clients et clientes. « Des petites filles viennent parfois, avant la rentrée scolaire, pour faire un don. Beaucoup le font aussi en soutien à un ou une proche malade », raconte Sylvain.
Une association née d’un manque

Derrière Fake Hair Don’t Care, il y a Cindy Malmejat, Inès Mahallawy et son père. Ils ont été touchés de près ou de loin par le cancer et l’idée de l’association naît de plusieurs expériences décevantes avec d’autres structures. « J’avais cherché où donner mes cheveux dans les années 2010. À l’époque, je n’avais trouvé qu’une association aux États-Unis, se souvient Inès Mahallawy, présidente et cofondatrice de FHDC. C’était dommage qu’en France il n’existe rien de similaire, alors qu’il y avait aussi des besoins. »
En 2016, le trio imagine alors une structure capable de transformer directement les dons de cheveux en perruques artisanales. Au départ, l’association fonctionne entièrement grâce au bénévolat : quelques coiffeurs partenaires, des événements locaux et beaucoup de bouche-à-oreille. « On ne voulait pas devenir une multinationale et on ne le veut toujours pas, insiste-t-elle. Le but, c’est simplement d’aider à notre échelle. »
Les dons restent d’abord modestes. Puis arrive le Covid et ses corollaires – les confinements, les salons de coiffure qui ferment et les cheveux qui poussent. À la réouverture, ça explose : « Avant cette pandémie, on recevait environ 200 courriers avec des mèches de cheveux par mois. Après, on est montés à plusieurs milliers. Aujourd’hui, on en reçoit mensuellement entre 4 000 et 6 000. » De quoi disposer d’une banque de cheveux suffisante pour répondre aux besoins sur mesure des « clients ».
Fabriquer une perruque, un travail artisanal
Dans les locaux de l’association, à l’Institut Gustave Roussy en banlieue parisienne, les cheveux sont triés un à un selon leur longueur, leur texture ou leur couleur. « Il faut entre six et dix donneurs pour fabriquer une seule perruque », précise Inès Mahallawy. Elle détaille : « Chaque perruque est créée à la main, à la convenance de la personne malade pour la densité, l’implantation, la longueur et la couleur. Les gens pensent qu’on a un catalogue avec des perruques disponibles immédiatement, or cela demande plusieurs semaines de travail à notre perruquière, désormais salariée. »
Vendues sur devis entre 600 et 1000 euros selon les situations, ces perruques sont réalisables grâce aux dons et au temps des bénévoles. Inès Mahallawy est avocate à plein temps, et les autres membres de l’équipe travaillent à temps partiel. Côté finances, l’association ne fait appel ni aux subventions ou dotations, ni à des projets régionaux ou départementaux. « Mais on a des partenariats, par exemple avec Luxéol (une entreprise de compléments alimentaires et produits cosmétiques -Ndlr) qui paye le salaire de la perruquière. On fonctionne comme ça », développe Inès Mahallawy.

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« L’engagement continue »

À Grenoble, les mèches continuent de s’accumuler dans le salon Scalp. Ici, il arrive aussi que Sylvain et ses collègues accompagnent des personnes avant une chimiothérapie. « Souvent, les personnes préfèrent venir se faire couper les cheveux vraiment courts avant la chute. C’est moins brutal que de voir de grandes mèches tomber tous les jours », commente Héloïse Arviset qui conserve précieusement les couettes de cheveux en attendant une quantité suffisante pour envoyer un carton à FHDC. L’association recherche d’ailleurs activement un nouveau local, en région parisienne, pour accueillir dons, bénévoles et bénéficiaires. « Mais l’engagement continue », sourit Inès Mahallawy. ♦
Bonus
# Perruque médicale. L’assurance maladie propose une prise en charge financière d’une perruque (ou d’un accessoire capillaire) pour toute personne malade ou en cours de traitement de la maladie, par exemple lors d’une chimiothérapie entraînant la chute des cheveux. La prise en charge varie en fonction de la perruque et de l’accessoire choisis. Une « prothèse capillaire totale de classe 1 » à 350 euros sera par exemple totalement remboursée par l’assurance maladie. Certaines complémentaires santé pourront prendre en charge le montant restant si les perruques et accessoires coûtent plus cher.