Environnement

Par Agathe Perrier, le 12 novembre 2025

Journaliste

Les mégots : petits déchets, grosse pollution

© Pixabay

Si l’impact du tabac sur la santé est aujourd’hui bien connu, la pollution que génèrent les mégots de cigarette l’est beaucoup moins. Cette information, l’association marseillaise Recyclop la fait circuler depuis dix ans, en sensibilisant les fumeurs. Son équipe assure aussi la collecte de ce déchet particulier et sa valorisation en production d’électricité, créant ainsi une boucle vertueuse à tous égards.

Il mesure à peine trois centimètres, mais peut polluer 500 litres d’eau : le mégot de cigarette. Un impact considérable, a fortiori quand on connaît sa teneur en matières plastiques et substances chimiques et quand on sait qu’on en écrase quelque 23 milliards dans la rue chaque année en France (lire bonus). Ce dont n’avait pas conscience ce supporter de l’Olympique de Marseille venu encourager son équipe au stade Vélodrome et tout juste informé sur le sujet par un bénévole de Recyclop.

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Cette association mène depuis dix ans auprès des fumeurs des opérations de sensibilisation de ce type un peu partout dans la ville. Avec pour credo de ne stigmatiser personne. « On veut ouvrir la discussion avec eux, pour leur montrer qu’ils ne sont pas le problème et au contraire une solution. Car le but est que leur mégot ne se retrouve plus par terre », souligne Alexandre Benhamou, son directeur général.

♦ Lire aussi l’article « Dépolluer la mer, apnée après apnée »

Dialoguer sans jeter la pierre

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Reda et Léo, deux bénévoles de Recylop, lors d’une opération de sensibilisation avec Alexandre Benhamou, le directeur général de l’association, devant le stade Vélodrome © Agathe Perrier

Les bénévoles ont carte blanche pour aborder les fumeurs. Reda, parmi les forces vives depuis quelques semaines, opte généralement pour une « approche douce ». « Il faut leur parler de façon cool, estime l’étudiant. Je leur propose qu’on fume ensemble afin d’engager la conversation ». A contrario, Léo préfère la technique « plus directe ». « Je leur demande s’ils sont intéressés par le cendrier de poche que l’on distribue ». C’est là le deuxième levier d’action de Recyclop : offrir une alternative aux fumeurs pour évacuer leur mégot quand aucune poubelle ne se trouve à proximité.

Reste qu’après trois ans au contact de la foule et des fumeurs, Léo reconnaît avoir plus souvent vu sa proposition déclinée qu’acceptée. Surtout lors d’opérations comme celle-ci, devant le temple des Olympiens, dans lequel les petits cendriers ne sont pas autorisés – car jugés susceptibles de servir de projectiles. Pas d’autres choix pour Jean-Yves : « Je jette mes mégots par terre, même si je sais que ça pollue », avoue-t-il.

Apporter des solutions

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Recyclop installe des cendriers de vote dans les lieux publics © DR

Le cendrier de poche n’étant pas la solution, l’association cherche à installer des cendriers fixes dans les lieux publics. En forme de colonne, façon boîte aux lettres, ils présentent deux réservoirs différents pour recueillir les mégots. Une question badine – « Thé ou café », « Tinder ou Meetic », etc. – invite les fumeurs à prendre position. Et à adopter, sans s’en rendre compte, l’habitude de jeter son mégot dans un contenant dédié plutôt que par terre.

Une trentaine de bars et restaurants du centre-ville de Marseille ont déjà équipé leur terrasse de ce type de dispositif ludique, ou d’un bac de collecte plus classique. Mais aussi des collectivités et des entreprises, si bien que Recyclop compte aujourd’hui quelque 120 partenaires. Ces derniers sont répartis dans la Cité phocéenne et plus largement dans toute la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, grâce notamment à l’ouverture d’une antenne dans le département voisin du Varen 2021. Un essaimage que le directeur général souhaite poursuivre afin d’agrandir le réseau de l’association.

♦ Lire aussi l’article « Un océan de déchets collectés grâce aux bacs à marée »

Une fumée qui devient électricité

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L’association distribue des cendriers de poche © DR

La mission de Recyclop ne s’arrête pas à ces volets de sensibilisation et d’accompagnement. L’association boucle la boucle en se chargeant également de la valorisation des mégots. L’équipe collecte pour cela les quantités accumulées chez les partenaires, via des tournées réalisées en vélo-cargo. Elle passe une fois par semaine dans les bars et restaurants, une à deux fois dans l’année dans les entreprises. S’y ajoutent les mégots ramenés par des associations de ramassage de déchets, comme Clean my calanques. « On récupère entre trois et quatre tonnes de mégots par an, dont un tiers provient des bars et restaurants marseillais », précise Alexandre Benhamou.

Tous prennent la direction de Rognac, à une trentaine de kilomètres au nord de Marseille, pour rejoindre les locaux de Spur Environnement, entreprise du groupe Sarpi Veolia spécialisée dans le tri et la valorisation des déchets dangereux. Les mégots y sont incinérés puis lors du refroidissement des cendres (avec de l’eau), la fumée générée est capturée et transformée en vapeur. Après passage dans des turbines, cela produit de l’électricité que l’usine consomme pour son propre fonctionnement.

Grâce aux mégots de Recyclop, 5000 kWh ont été générés, l’équivalent d’un million de recharges de smartphone, glisse l’association. Cette façon vertueuse d’utiliser ce déchet n’est toutefois pas la seule, en témoignent celles développées par d’autres structures qui font la chasse aux mégots ailleurs en France. Avec TchaoMegot, dans les Hauts-de-France, ils deviennent un isolant pour le bâtiment ou pour le rembourrage textile. Quand MéGO!, basée en Bretagne, en fait une matière rigide servant notamment à confectionner du mobilier urbain. Une fois de plus, preuve est faite que rien ne se perd et tout se transforme ! ♦

 

Bonus

# Devenir bénévole – Recyclop est en recherche continue de bénévoles pour ses opérations de sensibilisation. Contactez l’association par mail ou via ses réseaux sociaux.

# Une pollution colossale – Les mégots de cigarette sont le déchet plastique le plus présent sur les plages européennes, juste après les bouteilles en plastique, selon une étude de la Commission européenne. Compte tenu de leur composition, ils représentent une source de pollution environnementale. Le filtre contient en effet des matières plastiques ainsi que plusieurs milliers de substances chimiques (acide cyanhydrique, naphtalène, nicotine, ammoniac, cadmium, arsenic,  mercure, plomb), dont certaines sont toxiques pour les écosystèmes. À noter par ailleurs qu’un mégot met plusieurs dizaines d’années à se dégrader.

# Des chiffres en veux-tu en voilà ! – Des tas de chiffres circulent concernant les mégots. Avec parfois des différences colossales, si bien qu’il est difficile d’y voir clair. En voici quelques-uns, très éloquents : entre 20 et 25 milliards de mégots se retrouvent par terre chaque année en France, dont 2 milliards à Paris et 500 millions à Marseille, selon le ministère de la Transition écologique. À l’échelle de la planète, on monte à plus de 4000 milliards par an, d’après l’estimation de l’association Surfrider.