EnvironnementSociété

Par Zoé Charef, le 20 février 2026

Journaliste

« Rendre au train la place qu’il devrait occuper »

Tramway du Mont-blanc. ©Boris Molinier/ST-Gervais Tourisme

Voyager sans avion et sans voiture ne veut pas dire renoncer au plaisir de partir. C’est le pari de Mollow, média et plateforme en ligne, qui propose depuis 2023 d’autres façons de découvrir la France et l’Europe. Une mobilité douce incarnée par le train, qui permet même de se rendre en station de montagne de manière responsable pour les vacances ! Alisée Pierrot, la cofondatrice, titille nos habitudes et nos imaginaires touristiques pour nous inciter à changer.

La plateforme de voyage Mollow est née d’un postulat simple : le voyage sans voiture et sans avion est désirable et accessible. Et elle le prouve ! Sur son site internet, on peut en effet trouver l’inspiration pour de prochaines aventures en France et en Europe, sans sortir des rails. En collaborant avec des offices de tourisme, des régions et des transporteurs comme la SNCF et Trenitalia, l’équipe de Mollow collecte, décortique, teste et partage des parcours bas-carbone et des informations de terrain pour découvrir ou redécouvrir nos territoires voisins. Mais aussi, surtout, pour faire évoluer nos imaginaires du voyage !

Comment avez-vous eu l’idée de créer Mollow ?

Alisée Pierrot, cofondatrice de Mollow. ©Pierrot

Alisée Pierrot : Le projet a été monté à deux, avec Chiara Pellas, en mars 2023. Nous nous sommes déplacés en train à travers l’Europe et nous avons été marquées par le manque d’outils pratiques pour trouver des idées de voyages ou s’informer sur les différentes possibilités de trains. Au tout début donc, Mollow était un site proposant des itinéraires pour aller assez loin en train en Europe, avec l’objectif de vraiment montrer que c’était possible de voyager sans avion, que ça ne voulait pas dire arrêter de découvrir de nouveaux endroits.

L’idée de départ n’était pas de créer une entreprise, mais de montrer « comment partir sans avion », à Istanbul, en Norvège, au Maroc par exemple. On a lancé le projet pour voir s’il répondrait à des besoins, sans trop d’attentes. Comme ça a très vite fonctionné, on a développé notre idée sous forme associative.

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De quoi donner envie de voyager en Europe autrement !

A.P. : Oui, ça donne envie, ça fait rêver, donc c’est important de le partager. Mais en réalité, avant que les gens partent à l’autre bout de l’Europe pendant trois semaines, il faudrait déjà qu’ils découvrent un peu ce qu’il y a autour de chez eux. Très vite, notre discours a donc évolué et s’est concentré sur des idées de voyages en train, à pied, à vélo, en France surtout, et en Europe aussi. 

Aujourd’hui, Mollow a un peu changé. Ce n’est plus juste un site avec des itinéraires, mais un média qui parle de voyages en mobilité durable – pour faciliter l’organisation, donner des idées, montrer que c’est faisable pour permettre de passer le cap ! On remarque que c’est ce qui fonctionne le mieux pour faire changer les comportements.

Exit la voiture, exit l’avion. Avez-vous le sentiment que les mentalités sur le sujet sont en cours de changement ? 

Tourisme #3 : Slow tourisme, et si on préférait le train ? - ©CC_Didier Duforest (recadrée)
En gare de Niolon, le TER de la Côte Bleue est déjà une invitation au voyage – ©CC_Didier Duforest (recadrée)

A.P. : Oui, parce que les voyageurs prennent beaucoup plus le train, les chiffres annuels de la SNCF le montrent bien : en 2025, nouveau record de fréquentation pour les TGV Inoui, Ouigo et Eurostar avec près de 168 millions de passagers. Il y a quelque chose, un changement de pratique, notamment avec le renouveau du train de nuit depuis cinq ans, même si ça prend du temps. 

Dans le même temps, le trafic aérien a largement retrouvé – et dépassé – ses niveaux pré-covid. En 2025, le nombre de voyages aériens individuels atteint 4,98 milliards, contre 4,77 milliards en 2024.

Donc ce n’est donc pas suffisant et on ne peut pas se réjouir parce que les Français prennent plus le train qu’avant. En réalité, ils voyagent juste davantage : en train ET en avion. Alors oui, c’est peut-être plus à la mode qu’avant de faire de longs voyages en train, mais l’essor du low-cost aérien est énorme en parallèle. Il y a encore un grand chemin à parcourir pour arriver au point où le voyage durable aura toute sa place dans notre société. Aujourd’hui, ce n’est pas une réalité.

En cette période de vacances scolaires de février, vous proposez des itinéraires et activités en stations de montagne. Comment les élaborez-vous ?

©Mollow

A.P. : Il y a deux ans, on a créé une section dédiée à la montagne, version hiver, sans voiture. Comment aller aux sports d’hiver en trains et navettes ? Ces informations ne sont pas très faciles à trouver, à coupler en fonction de là d’où l’on vient et où l’on va. Et puis ça paraît toujours galère de venir avec toute sa famille et son matériel de ski en transports en commun. 

On a donc listé plus d’une trentaine de stations de tout type et de toute taille en France et quelques-unes à l’étranger pour montrer que les trajets sont toujours faisables. Comme pour chaque destination qu’on propose, des membres de notre équipe se sont rendus sur place pour tester les voyages et les activités. 

Beaucoup se représentent le ski comme une pratique qui n’est de toute façon ni durable, ni écologique. Et c’est vrai. Mais le principal problème des sports d’hiver reste l’utilisation de la voiture pour se rendre en station.

♦ Lire aussi : Raconter les voyages pour susciter l’envie

©Mollow

Arriver à changer cela serait déjà beaucoup de gagné ! À notre petite échelle, nous essayons de pousser en ce sens. Tout le mois de janvier, Mollow a proposé de nombreux contenus sur le sujet et des bons plans pour montrer ces stations qui agissent en proposant, par exemple, des forfaits de ski moins chers si le trajet est effectué en bus ou en train. À coupler à l’aspect financier parce que ça reste un argument béton. 

Et on appuie également le fait qu’il n’y a pas que du ski alpin dans ces territoires : il est possible de faire des sorties avec des chiens de traîneaux, en raquettes, en ski de rando ou de fond… 

Les vacances de février sont une super période pour aller en montagne, voir la neige. Mais aussi pour voyager en Europe, un peu plus au sud, profiter du soleil quand il y a beaucoup moins de monde et que c’est moins cher. Toutes les images qu’on peut voir de l’Andalousie et des Cinq-Terres, en Italie, font rêver. Ces destinations sont plus accessibles, moins bondées et moins chaudes qu’aux mois d’été. On se base beaucoup sur les recherches Google des Français et sur les retours des utilisateurs pour comprendre ce que les voyageuses et voyageurs recherchent. Le mois de janvier est vraiment celui des planifications, après les fêtes, pour un ou des projets pour l’année à venir. 

Qu’est-ce qui freine les Français, pourtant favorables aux voyages bas-carbone ?

A.P. : Pour essayer de lever ces freins, nous nous rapprochons d’organisations qui travaillent sur le sujet. Par exemple, le réseau Action Climat, ou Greenpeace qui se bat pour maintenir des lignes de tramway notamment. On relaye leurs actions pour apporter des éléments clairs aux voyageurs.

Il y a aussi tout l’aspect imaginaire du voyage à faire évoluer…

A.P. : C’est notre plus grosse bataille. On a l’impression que le frein au train, c’est le temps que ça prend. Mais pas tant que ça finalement ! Prenons un exemple très concret : Ouigo a ouvert une ligne entre Paris et Bruxelles en décembre 2024. Le trajet prend environ 3 heures contre 1h20 en Eurostar. Mais il est moins cher que l’Eurostar. Du coup, ce train est toujours rempli. La SNCF a complètement explosé ses prédictions de remplissage avec ce lancement de ligne : il y a eu 2 000 trajets réalisées en un an, à raison de trois allers-retours quotidiens. 

Lorsque les gens font du tourisme, ils sont prêts à passer plus de temps dans les transports. Comme certains sont disposés à faire 24 heures d’avion pour aller en Nouvelle-Zélande… Ils sont aptes à prendre du temps pour se déplacer, mais moins à laisser l’équivalent d’un mois de salaire dans les billets. 

♦ (re)lire : Paris-Istanbul en train ou le temps du voyage plus responsable

©Josh Nezon/Unsplash

Bien sûr, l’autre bout du monde fait rêver. C’est devenu normal – banal ? – de passer 24 heures dans trois avions différents pour partir très loin. Pourquoi ce ne serait pas normal de passer autant de temps pour aller en Norvège en train, par exemple, et voir des aurores boréales ? Sans doute parce que ces pays très lointains profitent de dizaines et dizaines années de campagnes de communication touristique hyper agressives, dans tous les espaces –  métros, réseaux sociaux, via les influenceurs, dans la pop culture… 

Mais on ne voit jamais une pub pour le train de nuit, pour des destinations proches, ou pour des voyages bas carbone. Alors, évidemment, quand on est cerné par les messages sur des avions à 50 euros pour passer un week-end en Europe, inconsciemment, on l’envisage. 

De notre côté, nous nous efforçons de changer un peu ces imaginaires, de lever les barrières du voyage bas-carbone et de remettre le train à la place qu’il devrait avoir ! ♦

Bonus

Quelques chiffres : Le directeur de SNCF voyageurs, Christophe Fanichet, annonçait une fréquentation des TGV en hausse de 18% depuis 2019.
Une étude de 2022 réalisée par le cabinet Utopies en collaboration avec les stations de la Clusaz, du Grand Bornand et de Tignes indique que le transport des pratiquants des sports d’hiver représente environ 50% de l’empreinte carbone d’un séjour touristique.

# Des alternatives à Mollow : Il existe également le média plus communautaire HOURRAIL pour trouver sa prochaine destination de vacances, de même que Once Upon a train.

Et pour les stations de montagne, l’association Protect Our Winters travaille à perfectionner les transports en train, bus et navettes vers les stations de montagne.