SantéSociété
Santé mentale : il faut accompagner proches et aidants épuisés !
[tribune] L’hôpital psychiatrique Montperrin d’Aix-en-Provence propose un programme intitulé Care-Aidant, pour accompagner les proches de personnes souffrant de troubles psychiques. En partant du principe que prendre soin de soi, c’est aussi prendre soin des personnes malades. La réflexion collective sur l’importance de la résilience et de la santé mentale est plus que jamais d’actualité pour transformer nos systèmes de soins en véritables havres d’empathie.
Fin mars, Nicolas Demorand, journaliste vedette de la matinale de France Inter brise le tabou de la maladie mentale avec son livre Intérieur nuit (éd. Les Arènes) en annonçant sur les télés, réseaux sociaux et journaux : « Je suis un malade mental ». Une confession courageuse et intime afin de libérer la parole. À la suite de ce « coming out », M6 a annoncé la diffusion d’un documentaire Santé mentale, briser le tabou. Les nageurs Florent Manaudou et Camille Lacourt, la chanteuse Pomme, le champion de tennis Yannick Noah, l’acteur François Berléand ou encore le rappeur Hatik et bien d’autres, dont des anonymes s’expriment sur la santé mentale, essentiellement la dépression, mais aussi d’autres troubles psychiques.
Une personne sur dix concernée comme malade ou proche

Plus de 4,5 millions d’individus accompagnent ces malades quotidiennement, soit au total plus d’une personne sur dix concernée directement ou indirectement. Elles sont nombreuses à devoir faire face à la stigmatisation dans leur vie de tous les jours. Elles sont nombreuses à se retrouver démunies. Pourtant, il existe des solutions concrètes, fiables, éprouvées, qui nécessitent de la patience mais qui fonctionnent.
Des groupes constitués de conjoints, pères, mères…
Exemple à l’hôpital psy Montperrin d’Aix-en-Provence. Tous les 15 jours environ, ils se retrouvent en groupe dans une salle de cet établissement. Ils ? Des conjoints, mères, pères de proches souffrant de bipolarité, de schizophrénie, de trouble borderline, de dépressions sévères… L’atelier LEO consiste en huit longues séances éprouvantes et riches de trois heures et demie en fin d’après-midi et en soirée, de 17h30 à 21h. Souvent, pour certains et certaines, ils ne savent plus quoi faire, n’arrivent pas à décider leur fils ou leur fille à prendre un traitement, à suivre une thérapie. Les crises s’enchaînent. Parfois des hospitalisations. Et un sentiment d’impuissance.
Les récits de douleurs silencieuses et de combats quotidiens menés par des aidants souvent trop peu reconnus sont nombreux et multiples. Ces héros de l’ombre soutiennent chaque jour un proche en détresse psychique, parfois au prix d’un épuisement total. Dans un contexte où une personne sur quatre connaîtra, au cours de sa vie, un trouble mental et où 23% des Français admettent négliger leur santé mentale, il est urgent d’offrir à ces aidants le soutien qu’ils méritent. Chaque chiffre représente des familles bouleversées, des nuits blanches et des émotions à fleur de peau, témoignant de l’urgence d’un accompagnement dédié et bienveillant. Et c’est avec ce genre de programme Care-Aidant que l’espoir renaît dans une société où les personnes souffrant de troubles mentaux sont stigmatisées.
Offrir aux aidants le soutien qu’ils méritent
Dès le premier entretien, le programme Care-Aidant pose les bases d’un accompagnement personnalisé. Cet espace d’écoute et de soutien se veut un rempart contre l’isolement, proposant une évaluation attentive afin d’élaborer un parcours sur mesure. Loin d’être une simple formalité administrative, ce suivi pluridisciplinaire réunit psychiatres, psychologues, infirmiers et éducateurs spécialisés (dont un éducateur sportif). Tous unis par une conviction profonde : si l’aidant prend soin de lui et se renforce, il pourra alors offrir à son proche une présence stable et rassurante. C’est une véritable réponse humaine, qui reconnaît qu’un aidant solide est la clé pour que le proche ne flanche pas face aux épreuves.
Au-delà des chiffres et des statistiques, il est essentiel de comprendre que ces parcours d’accompagnement sont longs et exigeants. Ils demandent un investissement émotionnel considérable de la part des aidants, souvent déjà au bout du rouleau. Chaque module – qu’il s’agisse des séances individuelles ou des ateliers collectifs tels que « LEO », « ESTHA » ou encore « PROFAMILLE » – a été conçu pour instaurer un temps et un espace de résilience. Les équipes soignantes, qui élaborent minutieusement ces programmes, partagent l’idée que se donner le temps de se reconstruire permet à l’aidant de redevenir un pilier. En d’autres termes, ces dispositifs sont d’abord destinés aux proches eux-mêmes. Afin qu’ils apprennent à prendre soin d’eux et, par ricochet, à améliorer durablement la prise en charge de ceux qu’ils accompagnent.
Rétablir l’équilibre familial, gérer le stress…
Les répercussions sur l’ensemble de la cellule familiale sont profondes. Parents, conjoints, frères et sœurs se retrouvent souvent enveloppés dans un tourbillon de tensions et de culpabilité, où l’équilibre familial est mis à mal. C’est dans ce tumulte émotionnel que Care-Aidant apporte une réponse, en offrant un suivi qui ne se contente pas de soigner le symptôme, mais apporte des outils concrets pour reprendre goût à la vie. En apprenant à gérer le stress, à mieux comprendre les troubles mentaux, à renforcer leur estime personnelle, à prendre soin d’eux physiquement et psychologiquement, les aidants sont invités à se reconstruire eux-mêmes. Pour offrir, à leur tour, un soutien indéfectible à leurs proches.
En définitive, le programme Care-Aidant d’Aix-en-Provence n’est pas seulement un ensemble de rendez-vous thérapeutiques. Il incarne une approche globale où la durée et l’implication des parcours se transforment en véritables catalyseurs de changement. De telles initiatives nous rappellent que prendre soin de soi n’est pas un luxe, mais une nécessité pour mieux prendre soin des autres. Lorsque les aidants prennent le temps de se remettre en forme, de cultiver leur bien-être et d’affirmer leur force intérieure, ils deviennent le socle sur lequel repose l’espoir d’un proche mieux accompagné.
Dans une société où la santé mentale est bien trop souvent reléguée au second plan, cet engagement est une invitation à repenser nos modes de soins. À valoriser l’écoute et faire de la résilience un pilier de notre avenir collectif. ♦
# Lire aussi : “Le Lien Autonomie” prend le relais des aidants