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SapoCycle recycle les savons des hôtels pour les plus démunis

Par Zoé Charef, le 25 juillet 2023

Journaliste

SapoCycle collecte des savons d’hôtels usagés, les recycle et les distribue. De quoi améliorer les conditions sanitaires de familles dans le besoin, en France ou dans des camps de réfugiés européens. Et fournir une activité à des personnes en situation de handicap. Dorothée Schiesser-Peyrouzet revient pour Marcelle sur l’histoire de cette association qu’elle a fondée en 2014.

 

Tu fais quoi des savons usagés de tes hôtels ?” demandait Dorothée Schiesser-Peyrouzet à son mari il y a un peu plus de dix ans. “On les jette”, répondait le gérant d’hôtels. “Je me suis alors renseignée, j’ai cherché une solution. Google m’a dit qu’on pouvait refondre les savons utilisés et en refaire quelque chose, se souvient la résidante suisse. Et l’idée était lancée.

Transformer ces savons usagés en produits destinés aux plus démunis est la mission de l’organisation à but non lucratif SapoCycle, créée en Suisse il y a neuf ans. “Je souhaitais aider les personnes dans le besoin de produits d’hygiène, tout en réduisant le gaspillage de ces savons quasiment pas utilisés, raconte Dorothée Schiesser-Peyrouzet.

Souhaitant par la même occasion agir pour l’intégration sociale des personnes en marge, elle décide de se lier à des Établissements et service d’aide par le travail (Esat).

 

Un travail commun qui profite à tous

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Dorothée Schiesser-Peyrouzet, fondatrice de l’association SapoCycle. ©SapoCycle

Son objectif est simple : monter une chaîne gagnant, gagnant, gagnant. C’est d’abord un bénéfice écologique pour les hôtels qui, au lieu de jeter et gaspiller les savons, les donnent à SapoCycle. “Ils nous contactent, on met en place un partenariat, une collecte et ils doivent faire une donation à notre association. Elle varie selon le nombre de chambres dans l’hôtel et est comprise entre 180 euros et 400 euros par an environ, explique Dorothée Schiesser-Peyrouzet. Mais il ne faut pas être naïf, c’est un avantage pour eux aussi parce qu’ils peuvent le déduire de leurs impôts.

Puis un bénéfice social, puisque l’association permet l’insertion professionnelle de personne en situation de handicap, notamment à Colmar où l’association s’est installée voici cinq ans, après s’être agrandie.

Enfin, le dernier chainon gagnant est l’aspect solidaire de l’association : “Nous distribuons gratuitement les savons à des organismes qui travaillent avec des personnes en situation de précarité. Nous sommes associés aux Restos du cœur, Caritas, la Croix Rouge, liste la fondatrice. Mais également à des associations locales comme L’Étage, un club de jeunes de Strasbourg ou Aléos, hébergement social.”

 

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Sur-cycler des savons dans la bonne humeur ! ©SapoCycl

Le sur-cyclage comme solution hygiénique

Dans les locaux alsaciens, ce sont cinq adultes en situation de handicap mental, salariés dans des Esat, qui sur-cyclent (lire bonus) les savons. “ C’est simple, intéressant et stimulant pour eux parce qu’ils font le travail de A à Z, en suivant l’évolution sur différentes machines. Cela les fait évoluer techniquement. Et s’ils font des erreurs, ce n’est pas grave, précise Dorothée Schiesser-Peyrouzet. On re-broie le savon et on recommence, sans aucune perte. Ils ne sont pas angoissés et on peut employer des personnes plus fragiles ou au handicap plus lourd !

Elle souligne également l’enthousiasme des employés pour l’entraide. “Ils savent que ça va à des gens qui, pour une fois, sont dans des situations sociales encore plus compliquées que la leur. Ils me disent souvent “c’est un bon travail parce que j’aide les gens.””, se réjouit la fondatrice.

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La machine à fabriquer les savons est facile d’utilisation. ©SapoCycle

Les employés nettoient, râpent, broient, compressent, coupent et estampilles les savons. Le tout avec des ustensiles de cuisine et des machines d’occasion, “ pour les faire revivre, précise bien Dorothée Schiesser-Peyrouzet. La machine de fabrication de savon, elle, a été fabriquée en Hollande spécifiquement pour des personnes en situation de handicap. Elle est facile à utiliser et sécurisée.

Les nouveaux blocs de savon sont ensuite envoyés dans les différentes associations. Sans emballage individuel, sous forme de pains. “Pour ne pas créer de déchets supplémentaires“, ajoute la fondatrice.

  • Vous dirigez un hôtel ? Vous souhaitez faire don de vos savons solides et liquides ? C’est par ici !

 

Hôtels européens, besoins européens

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Les différentes associations distribuent les savons, une fois reformés. ©SapoCycle

Les hôtels qui fournissent l’association sont européens, et finalement, les besoins également. À la création de son association, la Franco-suisse comptait distribuer sa production dans des pays dans le besoin. Finalement, la totalité des savons français restent en Alsace tellement la demande de produits d’hygiène est grande. “Et dans l’atelier en Suisse, où il y a un peu moins de pauvreté, on distribue quand même 50% de notre production au sein du pays”, glisse Dorothée Schiesser-Peyrouzet.

L’équipe helvète envoie donc une partie des savons dans les camps de réfugiés en Grèce, Pologne, Ukraine ainsi qu’à la frontière croate. “ On se concentre sur ces destinations parce qu’on ne veut pas que le fruit de notre travail finisse sur un espèce de marché noir que l’on ne contrôle pas”, remarque la fondatrice. En neuf ans, pas moins de 35 000 kg de savons collectés puis sur-cyclés ont été distribués par l’association. 100 000 unités ont été réparties en France grâce à la matière première de 140 hôtels, dont Novotel Colmar, La cour du Corbeau à Strasbourg, et plusieurs ResidHotel de France.

Les dons de ces hôtels représentent environ 30% du budget de l’association. Dorothée Schiesser-Peyrouzet peut financer les employés, ses deux salariés et les quelques besoins matériels grâce au Fonds social européen, la Fondation Caritas, le crowdfunding (lire bonus) et le département du Haut-Rhin. “Je retiens surtout l’entrain des gens et la fluidité avec laquelle j’ai pu mettre mon idée en place ”, conclut la fondatrice, le sourire dans la voix. La suite ? “Continuer à faire des savons socialement responsables… en s’agrandissant en France comme en Suisse !” ♦

♦ Le République, restaurant pour tous, parraine la rubrique SOLIDARITÉ et vous offre la lecture de cet article ♦
Bonus

[pour les abonnés] Le crowfunding de SapoCycle – Le lexique du recyclage –

  • Crowdfunding. Le dernier réalisé par SapoCycle en Alsace, sur la plateforme Okote  date du 24 avril 2023. Il a permis de récolter 15 000 euros. Dans cette campagne, pour chaque euro donné, 3 euros supplémentaires ont été donnés par trois autres acteurs régionaux : Cora (chaîne d’hypermarchés), Relais Est (collecte et valorisation de textiles seconde main) et Alsace Collectivité Européenne (collectivité territoriale française créée le 1ᵉʳ janvier 2021, résultant de la fusion des collectivités départementales du Bas-Rhin et du Haut-Rhin).
♦ Relire : Avec l’Agence du Don en Nature, du neuf pour les plus démunis

 

  • Recyclage/upcyclage. Le recyclage est lensemble des opérations de collecte et de traitement des déchets dans le but de les réutiliser. Les déchets réintroduisent alors un cycle de fabrication après avoir été broyés, lavés ou chauffés pour redevenir de la matière.
    Le surcyclage (ou upcycling) désigne la valorisation d’objets ou matériaux inutilisés pour leur donner une seconde vie, différente de leur première. On réemploie, transforme ou récupère des objets pour en faire d’autres, de qualité ou d’utilisé supérieure.
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