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Les trois mots magiques des mineurs non accompagnés
Depuis 2000, le 18 décembre est la Journée internationale des migrants. Sa vocation : « Mettre en lumière les contributions inestimables de millions de migrants dans le monde » résume l’ONU. Une mission qui résonne avec le documentaire « Tout va bien », réalisé par Thomas Ellis. Il y suit cinq mineurs non accompagnés à Marseille pour montrer leurs rêves, leurs réussites et une image positive de l’immigration. Le film, qui sortira au cinéma le 7 janvier, a déjà été projeté en avant-première. Il le sera encore dans une vingtaine de villes de l’Hexagone aujourd’hui. Marcelle l’a regardé en compagnie de collégiens.
18 décembre 1990 : la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille est adoptée. 18 décembre 2000 : la première Journée internationale des migrants est organisée, après avoir été proclamée par l’Organisation des Nations unies afin de commémorer ce texte fondamental. 18 décembre 2025 : cette journée continue de « mettre en lumière les contributions inestimables de millions de migrants dans le monde » résume l’ONU. Qui souligne pour 2023 «un nombre record de déplacements internes, une augmentation des besoins humanitaires dans le cadre des crises actuelles et nouvelles et, tragiquement, le nombre le plus élevé jamais enregistré de décès de migrants en transit ». Mais tempère : « Pourtant, ces défis sont accompagnés d’histoires de résilience, de progrès et d’espoir. »
Trois petits mots obstinés
Des histoires de résilience, de progrès et d’espoir… Comme celles d’Aminata, Junior, Khalil, Abdoulaye et Tidiane, cinq mineurs non accompagnés que le réalisateur Thomas Ellis a suivi pendant plusieurs années à Marseille. Suffisamment pour raconter leur adaptation, leurs rêves et leurs réussites dans le documentaire « Tout va bien », ces trois petits mots qu’ils répètent obstinément à leurs familles restées sur un autre continent.
Ce film est projeté dans une vingtaine de villes de France, aujourd’hui (voir bonus), en partenariat avec SOS Méditerranée, Utopia 56, France Terre d’Asile, Amnesty, SOS Racisme, La Croix Rouge, Fondaction du Football, Groupe SOS, la Cimade et le Secours Catholique. Avant de sortir au cinéma le 7 janvier 2026.
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Histoires croisées de cinq mineurs non accompagnés

Jusque-là, ce sont des collégiens qui ont eu l’opportunité de le découvrir en salle, lors de séances scolaires associant projection et échanges avec le réalisateur. (voir bonus) Marcelle a pu se joindre à certains d’entre eux au cinéma Le Prado, à Marseille, lors d’une séance à laquelle assistait aussi Junior, en toute discrétion. « Avec ce film, j’ai voulu créer des émotions, des sensations. Et je suis stressé parce que je ne sais pas ce que vous allez en penser, introduit Thomas Ellis. J’ai souhaité raconter les histoires de cinq jeunes de 14 à 19 ans arrivés seuls, sans parents, à Marseille, chez nous. Après avoir traversé des mers et des déserts. »
Raconter leur volonté d’apprendre le français, de faire des études, de travailler, d’être libre. Mais pas ce qui les a poussés à fuir leur pays d’origine. Ni le déroulé souvent chaotique, douloureux, traumatisant de leur parcours migratoire. Quand on parle d’immigration, on a toujours tendance à parler des problèmes. Mais toute personne qui se déplace a une envie, une détermination. C’est ce que je tenais à montrer» s’explique Thomas Ellis. Car les spectateurs sont assez frustrés de ne pas en savoir davantage sur « l’avant ». Comme ils ont envie d’en savoir plus sur « l’après ».
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Un échange direct avec Junior

Monté sur scène avec le réalisateur, à leur grande surprise, Junior est très sollicité. Beaucoup souhaitant savoir quelle est la vie du jeune Ivoirien aujourd’hui. Si « ça valait le coup de partir ». Si ses parents ont accepté son choix… « Je suis parti parce que je devais le faire. Mes parents le voyaient peut-être d’un mauvais œil mais aujourd’hui je pense qu’ils sont plutôt fiers. En venant ici je voulais devenir footballeur professionnel. Je n’ai pas eu la trajectoire que je souhaitais mais j’aime ma vie », assure-t-il.
Alors qu’ils viennent de le voir jongler entre des entraînements de foot et l’école hôtelière, ils le découvrent désormais manager dans un restaurant réputé et marié. « Ça valait le coup, oui, j’ai tout mis en œuvre pour réussir et je n’ai aucun regret. » Et de glisser modestement qu’à travers ce documentaire, « c’est l’histoire de beaucoup d’autres qu’on essaie de mettre en lumière ». (voir bonus)
Des parcours exemplaires

Quant aux autres personnages, dont les vies se croisent tout au long du film sans qu’ils se connaissent, c’est Thomas Ellis qui donne de leurs nouvelles. Khalil d’abord, qui ne parlait pas français à son arrivée et que l’on voit dealer pour subvenir à ses besoins puis être livreur. Il a obtenu un CAP en froid et climatisation, suit une formation de chauffagiste en alternance et a une petite amie française. « Cet été, il a pu se payer un billet d’avion pour aller voir sa famille en Algérie », ajoute le réalisateur.
La pétillante Aminata, ensuite, qui alterne sorties avec des copines de son foyer, disputes au téléphone avec sa mère en Guinée et formation en puériculture et auprès de personnes âgées. Elle a obtenu son CAP avec mention bien et poursuit en école d’aide-soignante en alternance dans un Ehpad. Enfin Abdoulaye et Tidiane, deux frères arrivés ensemble de Côte d’Ivoire et séparés une fois en France. Ils s’orientent respectivement vers la menuiserie et le métier de chauffeur poids-lourd.

Un impact fort sur les collégiens
Des parcours exemplaires qui forcent l’admiration. « Nos élèves sont très clairvoyants sur le fait d’être privilégiés », reconnaît Audrey Jean. Adjointe en pastorale scolaire au collège catholique Chevreul Champavier, elle a accompagné plusieurs classes qui ont vu le film. « Mais suivre ces jeunes, qui ont des rêves comme eux, ça change leur regard par rapport à ce qu’ils peuvent entendre sur l’immigration. Au départ ils n’avaient pas forcément d’avis, ne se sentaient pas concernés. Pour eux c’était des discussions d’adultes. Mais aujourd’hui ils ont leur propre vision. Certains aussi sont marqués par l’importance que ces jeunes accordent aux études quand eux percevaient ça comme une corvée. D’autres enfin font le lien avec l’isolement des nouveaux élèves dans l’établissement, la peur de la différence, le jugement par rapport à des vêtements… Et sans l’école, ils ne seraient jamais allés voir ce film. »
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De même que les élèves accompagnés par Bénédicte Nasraty, professeur au collège Monticelli en UPE2A, Unité Pédagogique pour Élèves Allophones Arrivants. «L’identification aurait été encore plus forte si tous les mineurs suivis n’avaient pas été d’origine africaine. Les deux tiers de mes élèves cette année sont afghans. Il y a aussi beaucoup de Philippins, explique l’ancienne enseignante d’Aminata. Mais le film leur a beaucoup plu parce qu’ils ont aimé les voir réussir. Ça les encourage, ils se disent qu’eux aussi peuvent y arriver. » ♦
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Bonus

# Des séances pour les scolaires – Les séances scolaires se poursuivent. Elles peuvent être organisées à la demande, en suivant ce lien. Un dossier pédagogique est également téléchargeable le site jour2fete.com/film/tout-va-bien/ pour préparer les élèves à la projection. Et animer les échanges après.
# 600 mineurs non accompagnés à Marseille – Thomas Ellis estime que quand il a commencé le projet en 2019, il y avait environ 750 mineurs non accompagnés à Marseille. Puis 2 000, voire 2 300 en 2023. En 2025, les chiffres ont diminué. Selon lui, 600 adolescents sont actuellement à la rue en attente de recours. Le plus souvent, ils arrivent par l’Espagne ou par l’Italie.