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Une école des porte-drapeaux… et passeurs de mémoire !

Par Olivier Martocq, le 13 novembre 2023

Journaliste

Apprendre à se positionner, à se tenir droit au repos et au garde-à-vous, mais aussi à marcher avec le drapeau dans le baudrier ©OM
Les participants à la cérémonie du 11 novembre à Marseille ont été surpris par la jeunesse de certains porte-drapeaux. En veste, pantalon et chaussures noirs, chemise et gants blancs, des jeunes filles et garçons âgés de 12 à 15 ans ont rendu les honneurs avec toute la solennité requise et tenu des garde-à-vous impeccables. C’était la première sortie officielle des élèves de l’école des porte-drapeaux de Marseille qui accueille des collégiens, volontaires et bénévoles depuis la rentrée 2023. Elle répond à une nécessité : la transmission du devoir de mémoire.

 

Il a fallu trois ans à la mairie de Marseille pour mettre en place ce programme. Qui n’a pas suscité pour l’instant un fort engouement puisque trois collèges seulement sur les 108 que compte la ville se sont inscrits à cette formation en septembre dernier. Pour autant, Lisette Narducci estime que la création de cette école était devenue vitale, compte tenu de l’âge des anciens combattants qui assument cette fonction mémorielle essentielle. « Le plus ancien porte-drapeau marseillais a 98 ans. Au fil des années, nous avions de moins en moins de monde. »

Et l’adjointe en charge des mémoires de préciser que « les commémorations sont liées à des moments de l’histoire de la République, mais aussi de la ville. Autant de marqueurs forts. Néanmoins, il a fallu réfléchir pour trouver comment intéresser la jeunesse ».

La mission a été assurée par Marie-Thérèse Sempéré-Polichetti, elle-même porte-drapeau. La première promotion a testé le concept, basé sur des sessions de deux heures autour de trois modules distincts. Lengagement civique et les valeurs de la république. Le contexte historique de chacune des célébrations. Enfin du pratique, avec l’apprentissage de la manipulation du drapeau et des différentes marches et postures exigées dans le cadre des cérémonies.

 

Des cours dispensés dans un lieu de mémoire 

Première du genre en France, même si certains collèges privés dispensent aussi ce type de formation au sein même de l’établissement (voir bonus), l’école des porte-drapeaux de la ville de Marseille est située dans un bâtiment dédié, à proximité du Vieux-Port. Le lieu n’est pas neutre puisqu’il s’agit de la Maison du Combattant. L’école y occupe une petite salle officiellement inaugurée le 30 octobre dernier par le maire et le gouverneur militaire de Marseille.

L’occasion pour Benoît Payan (DVG) de souligner l’engagement des jeunes au garde-à-vous devant lui : « La République est vivante, elle n’est pas un modèle figé. Vous devenez des artisans de la République. Célébrer nos héros, c’est choisir de quel côté de l’histoire on se situe ». Pour le général de corps d’armée Thierry Laval, le drapeau est la mémoire incarnée. « Sur chaque étendard, avant le nom d’une bataille ou d’un régiment, sont inscrites les valeurs de la République ». Et le nouveau gouverneur militaire de Marseille de se féliciter de cette initiative : « Il est important de transmettre le sens des valeurs et de la citoyenneté aux jeunes. Et désormais de les voir partager lors des cérémonies, côte à côte avec les anciennes générations qui ont vécu la guerre ».

Une école des porte-drapeaux pour… transmettre la mémoire ! 1

 

Des jeunes motivés 

Lors de cette cérémonie, Marieme, 11 ans, a été impressionnée par le salon d’honneur où des centaines de drapeaux sont alignés le long de murs ornés de plaques commémoratives. « On nous a enseigné l’histoire avec ce devoir de mémoire que nous devons à tous ceux qui sont morts pour la France », récite la petite fille qui, visiblement, a appris son texteÀ ses côtés, Nadine, même âge, complète avec les aspects pratiques de la formation : « On a appris à se positionner, à se tenir droit au repos et au garde-à-vous, mais aussi à marcher avec le drapeau dans le baudrier pour les parades lors des commémorations. »

Arthur 15 ans, en classe de 3e, est particulièrement motivé car il se projette déjà dans une carrière militaire. « Je m’intéresse à l’armée. Je vais d’ailleurs faire mon stage chez les marins-pompiers. Intégrer cette école a été une façon de commencer à m’engager ». Il a entendu parler de cette initiative par son professeur d’histoire-géographie.

 

 

Des anciens rassurés 

De nombreux porte-drapeaux marseillais ont tenu à saluer la première promotion. Tous émus du symbole que représente cette école et surtout de savoir qu’ils allaient désormais pouvoir s’appuyer sur de nouvelles troupes, « plus fraîches ». La saillie est de Marcel Properzio. L’homme qui a tenu un garde-à-vous rigide, sans le moindre tressaillement malgré son âge avancé, a servi durant 40 ans dans la gendarmerie. Coiffé du béret bleu des forces de l’ONU, il est intervenu à deux reprises au Liban, en 1990 et 1993. « Porte-drapeau, ça nous permet de nous retrouver, nous qui avons servi la France. C’est une sorte d’esprit de corps. Il faut avoir la foi pour donner de son temps libre les jours de congés. Mais on se fait vieux et cette relève est la bienvenue. Ils sont jeunes et commencent déjà, par cet acte, à servir la France ». 

Pour Abdelkader, un ancien combattant d’Algérie, porte-drapeau lui aussi depuis 40 ans, cette nouvelle génération arrive à point nommé. « Nous sommes les dernières générations d’anciens combattants et nous avons tous entre 78 et 90 ans. Un pays sans mémoire, c’est un pays mort », affirme-t-il.

Une école des porte-drapeaux pour… transmettre la mémoire ! 2
De nombreux porte-drapeaux marseillais ont tenu à saluer la première promotion ©OM

Des commémorations nombreuses 

Contrairement à une idée largement répandue, tous les porte-drapeaux ne sont pas d’anciens militaires. Simon Sebagg par exemple, n’a pas eu de lien particulier avec l’armée en dehors de son service militaire. « Depuis 40 ans, je suis le porte-drapeau du CIQ (comité d’intérêt de quartier) de la Valbarelle, à l’est de Marseille. Il n’y a pas que les grandes cérémonies avec gouverneur militaire, préfets et tout le toutim. Rien que dans mon arrondissement, on compte quatre ou cinq monuments pour célébrer des combattants morts pour la France. Que des jeunes viennent assurer la relève est un soulagement ».

 La maire des 6e et 8e arrondissements de Marseille ne le contredira pas. Olivia Fortin a vécu, ce 11 novembre, une journée marathon rythmée par une dizaine de cérémonies. « Ce sont des moments importants dans les quartiers. Ces cérémonies fédèrent bien plus que les seuls anciens combattants. Devant le groupe scolaire du Rouet, trois classes ont chanté pour de très nombreux parents et habitants du quartier. Toutes les occasions de créer du lien dans notre société sont à prendre. L’engagement de ces jeunes est un signe très positif. » Comme trois autres élèves de l’école, Arthur faisait partie de la garde d’honneur des porte-drapeaux le 11 novembre, à la porte d’Aix à Marseille : « Un moment particulièrement fort. Il se passe plein de choses dans la tête pendant la Marseillaise ou le garde-à-vous des pelotons de militaires présents ».

Une école des porte-drapeaux... et passeurs de mémoire !
Le 11 novembre, une des interventions de la maire des 6e et 8e arrondissements de Marseille, Olivia Fortin ©DR

 

Bonus

Une école des porte-drapeaux intégrée dans un collège 

Le collège privé sous contrat Saint-François situé à Douvaine, dans l’académie de Grenoble, a mis en place en 2022 une école des porte-drapeaux au sein de l’établissement qui accueille 345 élèves.

Texte de présentation : « Sur l’initiative de la Délégation Militaire Départementale, de l’Office National des Anciens combattants et de la Direction des Services Départementaux de l’Education nationale. Il s’agit de permettre à de jeunes volontaires d’appréhender le rôle de porte-drapeau au sein des cérémonies mémorielles. Les jeunes qui le souhaitent pourront ainsi vivre un véritable engagement civique autour de la transmission de la Mémoire, notamment locale et des valeurs de la République.

Dans un deuxième temps, s’il est volontaire et avec l’accord parental, il pourra participer à un deuxième module pratique de 2 heures sous la responsabilité de son enseignant d’Histoire-Géographie. Il découvrira alors les acteurs et les différentes étapes d’une cérémonie mémorielle, et il pourra apprendre à manipuler le drapeau pour lui permettre de participer à des cérémonies en tant que porte-drapeau. Les associations de mémoire locales impliquées dans le dispositif lui seront présentées. »