EnvironnementSociété
Une voix citoyenne pour la rivière Isère
Face aux défis environnementaux et aux inquiétudes croissantes sur la gestion de l’eau, des associations et citoyens grenoblois ont créé le Parlement de la rivière Isère. Espace de dialogue et d’action, le collectif milite pour une gouvernance plus démocratique et une meilleure protection de cette ressource vitale. Le 22 mars dernier, il s’est réuni pour alerter sur les usages du cours d’eau et poser les bases d’une reconnaissance juridique.
« L’Isère, c’est 128 kilomètres d’eau sur quatre départements et ça concerne beaucoup d’habitants », rappelle l’un des fondateurs du Parlement de la rivière Isère lors de leur deuxième session de travail, le 22 mars dernier. Né de l’inquiétude de la population concernant l’eau, sa raréfaction et ses utilisations, ce collectif d’associations et de personnes plaide pour « une réappropriation démocratique des enjeux de l’eau. »
Les associations grenobloises France nature environnement 38, Civipole, Le Jardin des initiatives, L’assemblée des Communs et le Pacte du pouvoir de vivre 38 ont officiellement présenté leur Parlement de la rivière Isère lors de la journée mondiale de l’eau 2024. « C’est là que je l’ai découvert !, se souvient Nicolas Brémond, ingénieur en énergie et responsable de la commission scientifique du Parlement. Le discours était clair : rien n’est figé. Il faut définir ce que l’on veut faire par rapport aux besoins et envies des citoyens. »
Des citoyens soucieux de leur rivière

Depuis, le Parlement s’est imposé comme un espace d’échange et de réflexion pour les citoyens soucieux de l’avenir de leur rivière. Selon les organisateurs, la France est depuis quelques années dans un contexte de « faillite institutionnelle ». « L’État ne nous a pas garanti contre la pollution des nappes et l’accaparement de l’eau, continue Nicolas Brémond. Nous voulons rassembler des organisations, des assos, des entreprises et surtout des citoyennes et citoyens grenoblois sur la protection de notre ressource en eau. »
Espace de parole et de discussion, cette deuxième journée de travail est l’occasion de rassembler tous ces acteurs. Et de « traiter de sujets qui nous tiennent à cœur en lien avec notre rivière et ses affluents », nous présente-t-on. Objectif ? S’organiser pour protéger l’eau. Car si la rivière Isère ne souffre pas (encore) de problème de disponibilité, sa qualité, elle, inquiète.
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Trouver sa voie politique pour protéger l’eau
« La nappe phréatique polluée au sud de Grenoble est limitrophe de la nappe phréatique des eaux potables. C’est un gros sujet », indique l’ingénieur. Les agrandissements des usines STMicroelectronics et Soitec font aussi pester la soixantaine de personnes présentes le 22 mars. La consommation d’eau (potable) et l’emprise foncière de ces deux entreprises spécialisées dans la conception et la production de semi-conducteurs sont pointées du doigt. Mais le Parlement de la rivière Isère « devrait-il aller aux manifestations contre ces agrandissements ? Devrait-il se positionner ? Et si oui, contre ? », questionnent les membres du collectif.
Si pour Nicolas Brémond il est temps de préciser clairement le positionnement politique du Parlement et ses modes de gouvernance interne, les échanges vont bon train dans l’audience : « Cela permettrait d’échanger avec des acteurs très variés du territoire. Qu’ils soient d’ailleurs pour ou contre », lance l’une. « Et on pourrait aussi montrer qu’on est présents et engagés ! », soutient un autre. On se coupe la parole, on n’est pas d’accord et on motive les différents points de vue pour mettre en place les bases du Parlement.
« Pour défendre quelque chose, il faut l’aimer. Et pour l’aimer, il faut le connaître »

Le projet isérois d’envergure fait écho à d’autres initiatives similaires en France. Le Parlement de la Loire, L’Appel du Rhône et SOS Romanche ont inspiré le Parlement de la rivière Isère. De sa source à Val d’Isère jusqu’au Rhône, cette rivière chemine entre de nombreux bassins de population aux centres d’intérêts et affects divers. Mais tous ont besoin d’eau pour vivre.
Quatre commissions ont donc été imaginées par le collectif pour croiser différentes dynamiques : scientifique, artistique, juridique et démocratique. Leurs membres cherchent à construire un cadre permettant de mieux comprendre les enjeux de l’eau et s’engager dans sa protection. « Parce que pour défendre quelque chose, il faut l’aimer. Et pour l’aimer, il faut le connaître ! », répètent les organisateurs.
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Que la rivière soit reconnue comme une entité juridique

Ainsi, la mise en place d’un observatoire de l’eau est envisagée par le collectif scientifique. L’exploration de la relation émotionnelle et culturelle à l’eau est proposée par la commission artistique. L’organisation d’un dialogue entre citoyens et institutions est envisagée par la commission démocratique. Et on souhaite que la rivière soit reconnue comme une entité juridique pouvant défendre ses propres droits.
« L’Isère pourrait donc porter plainte contre ses agresseurs », image Nicolas Brémond. La pollution des nappes phréatiques, la dégradation des rivières, la raréfaction de l’eau sont en effet au centre des discussions. Car le débit de l’Isère pourrait être divisé par deux à l’horizon 2050, redoutent les organisateurs. « Face à cette gestion institutionnelle défaillante, une dynamique participative et citoyenne est vraiment nécessaire ! »
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Des gardiennes et gardiens des affluents isérois
Alors on échange, on annote et on colorie une carte-puzzle du bassin versant, pensée pour visualiser les nombreuses utilisations de l’eau. Le but du collectif n’est pas de remplacer les institutions en place, mais d’agir comme force de proposition et de pression pour une meilleure gestion de l’eau. Pour ce faire, les organisateurs présentent fièrement leur dernière idée : la possibilité d’endosser le rôle de gardienne ou gardien de cette rivière. « Le but est de permettre aux adhérents du Parlement de venir aux événements, mais aussi de se porter référent d’un segment de rivière ou de lac. En veillant dessus, en signalant les éventuels problèmes et en informant les passants ou les touristes », développe l’ingénieur.
La session se conclut par la lecture de la Déclaration des Droits de la rivière. Ce jeune Parlement a encore de bonnes journées de travail devant lui, car sa voix citoyenne commence à compter. De plus, elle s’inscrit dans un mouvement toujours plus large de reconnaissance des droits de la nature. ♦