CultureSociété

Par Virginie Menvielle, le 30 mai 2024

Le combat des artistes iraniens sur la Croisette

L’exposition Women, Life, Freedom créée et entièrement financée par Patrick Nassogne, alias Moja, et Fedra Fateh n’est pas passée inaperçue sur la Croisette. Ces quinze photographies géantes en noir et blanc mettent à lhonneur des artistes, iraniennes et iraniens, qui se battent pour les droits humains. Après s’être invitée au Festival de Cannes, l’exposition devrait continuer son voyage en Europe. 

« Ce projet photographique est avant tout un projet humanitaire », insiste le photographe Patrick Nassogne alias MOJA. Ses mots sont lourds de sens. Ils sont à l’image du combat mené par les acteurs, actrices, réalisatrices et réalisateurs iraniens que l’avocate Fedra Fateh et lui-même ont choisi de mettre en avant. Les quinze posters géants en noir et blanc qu’ils ont choisi d’afficher dans la cour d’honneur de l’hôtel Majestic, à Cannes, du 14 au 25 mai, en plein festival de cinéma international, sont ceux d’hommes et de femmes, censurés, emprisonnés, exilés.

Le mouvement Women, Life, Freedom : un acte de résistance

« Pour avoir osé exiger que les femmes puissent être vues et entendues », insiste Fedra Fateh, cocréatrice du projet. Celui-ci s’inscrit dans le mouvement Women, Life, Freedom (Femmes, Vie, Liberté), né en 2022, à la suite du meurtre de Masha Amini, cette jeune femme iranienne d’origine kurde de 22 ans, frappée à mort par la police pour avoir mal porté son voile. Depuis, partout dans le pays, des voix s’élèvent. Les jeunes femmes en particulier n’hésitent pas à braver le régime, la République islamique d’Iran, en manifestant têtes nues ou en apparaissant dans des vidéos. 

Le combat des artistes iraniens sur la Croisette 2
Patrick Nassogne alias MOJA et Fedra Fateh ont crée et entièrement financé cette exposition ©wlfcannes2024.

« Chaque photo faite pouvait mettre en péril la personne que je photographiais »

Depuis, le mouvement Women, Life, Freedom ne faiblit pas. Il s’est même invité hors d’Iran, grâce notamment aux artistes qui se servent de leur art pour faire entendre la voix de la liberté. Un message relayé au travers de cette exposition photographique. Le photographe MOJA a voyagé dans différentes villes du monde pour photographier les artistes iraniens et les exposer.

Au total, il a parcouru six pays et trois continents. Le seul pays dans lequel il ne s’est pas rendu, est l’Iran. À Téhéran, un autre photographe, à l’identité tenue secrète pour sa propre sécurité, a réalisé les images. Cette notion de danger a particulièrement marqué MOJA qui n’avait jamais travaillé sur un tel projet avant. Avec émotion, il confie :  « Chaque photo que je faisais pouvait mettre en péril la personne que je photographiais, ainsi que tous ses proches, surtout ce qui résidaient toujours en Iran. C’est très compliqué comme sensation ». 

L’actrice Marzieh Vafamehr avait été condamnée à 90 coups de fouet

En effet, chaque artiste présenté dans cette exposition risque sa vie pour défendre la liberté des autres. On peut citer les actrices Golshifteh Farahani ou Marzieh Vafamerh. La première, une actrice, musicienne et chanteuse iranienne reconnue et acclamée dans son pays, s’est exilée en France depuis 2009. Sa participation au film américain Body of Lies en 2008, a fortement déplu au régime iranien. Et, sa décision d’apparaître sans hijab lors d’événements internationaux est apparu comme un acte de défiance très important.

Sa consœur, Marzieh Vafamehr est une figure importante de la défense des droits des femmes et de la liberté d’expression en Iran. En 2011, elle a participé à un film critiquant le manque de liberté en Iran. Suite à cela, elle a été condamnée à un an de prison et à 90 coups de fouet. Sa peine a ensuite été réduite en appel à trois mois, et la flagellation annulée. Elle a été libérée après 118 jours. Elle n’a toujours pas le droit de faire des films ou de quitter lIran. 

Le film iranien retraçant les débuts du mouvement Women, Life, Freedom obtient un prix spécial du jury cannois

Et si deux ans après son lancement, le mouvement Women, Life, Freedom gagne encore en notoriété c’est aussi parce que « pour la première fois, des hommes risquent leur vie pour des femmes », assène le photographe MOJA. De nombreux cinéastes masculins, assignés à résidence, emprisonnés, exilés, sont mis en avant dans le « projet WLF » pour leur lutte pour la liberté d’expression et le droit des femmes. Pour tous, présenter cette exposition à Cannes, a une résonance particulière. Plusieurs cinéastes mis en avant dans l’exposition,  Abdolreza Kahani, Keywan Karimi, Hossein Rajabian et Sepideh Farsi ont déjà participé au Festival de Cannes.

Le combat des artistes iraniens sur la Croisette 1
Certains des cinéastes présentés dans l’exposition ont déjà eu les honneurs du festival de Cannes. D’autres s’y invitent pour la première fois, mais tous risquent leur vie pour défendre la liberté des autres. ©wlfcannes2024

Venise, prochaine destination de l’expo WLF

L’équipe du « Projet WLF » profite de l’événement pour rencontrer des représentants du gouvernement, des dirigeants de festivals, mais aussi des cinéastes pour amplifier la campagne. Le plébiscite autour du film Les graines du figuier sauvage, du réalisateur iranien Mohammad Rasoulof (qui était pressenti pour la Palme d’Or) n‘a fait que renforcer la mise en avant du combat de WLF.

Mais la récompense finalement obtenue, un Prix spécial du jury, a déçu les critiques. Ce symbole fort est jugé comme insuffisant. D’autant que ce film retrace justement l’intrusion du mouvement Women, Life, Freedom dans la vie d’un juge iranien. Qui plus est, pour un festival censé dénoncer toutes les oppressions faites aux femmes. Le combat du WLF n’a pas fini de faire parler de lui. Après Cannes, l’exposition devrait poursuivre son tour d’Europe. Elle devrait s’installer début août au Festival International du Film de Locarno en Suisse, puis à celui de Venise, fin août.