Solidarité
C’est l’histoire d’un mec…
Mais comment diable Jeff Carias, journaliste-animateur très urbain est-il tombé dans le chaudron de l’aide solidaire à l’Afrique ? Depuis onze ans, il s’implique auprès des habitants de Togbota, un petit village du Bénin auquel on accède en pirogue. Il mobilise et met à contribution son entourage pour des puits, des lampadaires, des salaires pour les enseignants… Petit conte de Noël.
Il y a incontestablement deux Jeff. Le showman qui assure en costard devant des parterres de congressistes ou de chefs d’entreprise et qui, à sa façon pince-sans-rire, n’a pas son pareil pour faire se tordre de rire plusieurs centaines de personnes. Il a animé la soirée lancement de Marcelle, puis son premier anniversaire ; dans l’équipe, on en sait quelque chose.
Et il y a l’autre Jeff. Le pudique, le discret, celui que cela ennuie de raconter cette histoire dont il ne veut surtout pas tirer la moindre gloire. Mais si cela peut sensibiliser à ce type de démarche, allons-y.
À cause d’une peine de cœur
C’est arrivé par hasard. Ou plutôt par désespoir car un grand chagrin d’amour est à l’origine de cette histoire. Celle dont il est éperdument amoureux en 2009 lui propose de l’accompagner dans un voyage humanitaire. C’est pour l’été, au Bénin. « Moi je lui ris au nez, se souvient Jeff. Je lui demande ce qu’elle pense arriver à changer là-bas et lui annonce que pendant ce temps, je ferai un raid à moto avec mes potes ». Dans la foulée de cette conversation houleuse, le couple explose. Elle préfère prendre le large plutôt que rester aux côtés d’un homme imperméable aux questions humanitaires.

Jeff prend contact avec l’association, réserve ses billets d’avion, écrit une très longue lettre à son aimée puis s’envole pour trois semaines. Infiniment triste, il se retrouve en terre inconnue. Dans le village de Togbota (4 000 habitants dont 3 000 enfants, pas d’eau pas d’électricité), il fait la classe aux jeunes élèves.
« Isidore et Blaise qui lèvent toujours la main »

Mais revenons à notre histoire, et à 2009, année fondatrice. Au terme de ces 20 jours en Afrique, Jeff rentre en France. Malgré ses espoirs les plus fous, celle pour qui il a entrepris ce voyage initiatique ne l’attend pas à l’aéroport. Mais sur les cendres de cet amour, autre chose est en train de germer. « Je réalise que Togbota me manque ! », raconte notre grand voyageur, les yeux brillants.

Le Roi Lion sur écran géant

« En parler me donne encore la chair de poule, souffle-t-il. Une émotion inimaginable. Les enfants subjugués et les parents tout autant. Une petite-fille qui demande comment font les animaux pour parler… » Puis l’étonnement avant les rires et les gloussements quand il projette les petits films tournés au printemps, dans lesquels se reconnaissent les uns et les autres.
En 2011, un Jeff Carias mordu retourne à Togbota avec l’envie d’améliorer le quotidien des villageois, de faire des travaux indispensables. Ce sera le creusement de puits pour commencer – avant le château d’eau et le système d’irrigation. « J’étais et suis toujours très soucieux de l’argent qu’on me confie, souligne Jeff. Très solennellement, un jeune neveu m’a donné une fois un billet de 5 euros pour aider les petits Africains. Je n’imaginais pas une seconde l’utiliser pour mon billet d’avion ou le taxi à Cotonou ! »
L’électricité à Togbota


C’est Noël, Jeff ! Un vœu ? « Je rêve…, je rêve d’un pont qui enjambe le Togbo et désenclave un peu le village. Celui-là est très cher. Mais mon premier rêve, qui était la lumière, est bien devenu réalité ! »
Parrainer les écoliers

Comme il le fait avec Isidore, Jeff propose de parrainer la scolarité d’enfants du village, « d’abord ceux dont les familles se trouvent en difficulté ». Déjà dix d’entre eux ont trouvé une marraine ou un parrain avec qui ils correspondent régulièrement.
À l’exception de 2020 (même si le village et globalement le pays sont épargnés par le Covid), il n’y a pas eu une année sans que Jeff ne se rende à Togbota. Seul, avec ses enfants, avec des copains, des ingénieurs… « On apprend beaucoup sur soi lors d’un voyage de ce type. Je me souviens de ma fille, encore petite, qui s’étonnait : les enfants n’ont rien, même pas de jouets, et ils sont heureux quand même ! ». Et de glisser : « Finalement c’est une bonne chose qu’elle m’ait quitté, car le mec que je suis devenu après est beaucoup mieux… » ♦
