ÉconomieSolidarité
La couture pour se faufiler vers l’emploi
À l’Atelier Jasmin, des femmes de tous âges reprennent pied dans le monde du travail grâce à la couture. Ce chantier d’insertion, basé à Aix-en-Provence, a fait ses preuves en plus de vingt ans d’existence. Fragilisée par le contexte économique, son équipe doit néanmoins se réinventer afin de poursuivre sa mission d’intérêt général.
Dans le quartier d’Encagnane à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), le local de l’Atelier Jasmin s’anime chaque jour de la semaine, excepté le mercredi, au son des cliquetis des machines à coudre. Les petites mains qui les manient répondent aussi bien aux besoins en retouches des habitants voisins qu’à ceux, en confection, de créateurs locaux. « Tous les profils se côtoient et tous les âges, explique Renata Ricordeau, directrice de ce chantier d’insertion qui a ouvert ses portes en 2001. Notre but, c’est de permettre à des femmes éloignées de l’emploi de remettre le pied à l’étrier, de rebondir ». Ce, grâce à un cadre, un accompagnement socioprofessionnel et de tâches à accomplir.
Pas de prérequis

« Je n’avais jamais cousu de ma vie avant d’arriver ici », confie Hanna, grande Ukrainienne aux yeux noisette ayant fui son pays suite à l’invasion russe de 2022. Un cas loin d’être isolé parmi la vingtaine de salariées. « On embauche sans prérequis si bien que, comparé à d’autres chantiers d’insertion, on donne leur chance à plus de femmes », souligne Mathilde, responsable de l’atelier de production. <!–more–>
Les novices s’entraînent d’abord sur des pans de tissu avant de s’atteler aux commandes des clients. Sachant que la couture ne se résume pas seulement à coudre : il faut prendre les mesures, tracer les patrons, découper… « On leur trouve toujours une tâche qui ne les mettra pas en échec », précise Cristina, qui assure l’encadrement technique.
Comme dans toute structure de ce type, la couture est ici un outil et non un projet de vie. Pour que les salariées acquièrent des compétences transférables à d’autres métiers. Rigueur, minutie, patience… « Confiance réciproque avec son patron, ajoute Cristina. Car la couture ne pardonne pas. S’il y a une erreur, ça se verra forcément, donc il faut le dire tout de suite et la réparer ». En outre, dans cette activité les résultats peuvent s’apprécier rapidement. « Et c’est alors gratifiant d’avoir réussi quelque chose », sourit Mathilde.
♦ Lire aussi l’article “Le design vertueux des Résilientes“
Vocations (re)trouvées

La (très grande) majorité des salariées n’aspirent d’ailleurs pas à poursuivre dans la couture. Hanna, superviseure de script avant de s’installer en France, compte ainsi renouer avec le monde du cinéma. « Mon objectif est de réaliser mes films. Je n’étais pas prête avant car je ne parlais pas français, mais grâce à mon passage à l’Atelier Jasmin, j’ai appris », indique-t-elle. Maîtrisant, avec aisance il est vrai, la langue de Molière.
Faten n’a pas non plus pour ambition de devenir couturière, mais conseillère en insertion professionnelle (CIP). Un métier découvert auprès de sa propre CIP, qui l’épaule depuis douze mois dans la définition de son projet professionnel. « J’étais perdue lorsque je l’ai rencontrée, après m’être occupée à temps plein de mes enfants pendant huit ans. L’accompagnement que j’ai reçu m’a aidé à retrouver mon chemin et je veux maintenant rendre la pareille », confie-t-elle.
Il arrive cependant que des salariées ne souhaitent pas déposer les aiguilles ni lâcher la pédale. À l’image de Sarah, qui a suivi des études de stylisme dans sa jeunesse. Une passion laissée de côté suite à la naissance de ses enfants, avec laquelle elle a renoué. Grâce à une formation et ses neuf mois passés à l’atelier, elle a retrouvé confiance en elle et en ses compétences de couturière. « J’ai désormais mon idée en tête et je ne la lâcherai pas. Je serai créatrice de vêtements ! », lance-t-elle pleine d’assurance. Consciente de la réalité du métier, elle a planifié de démarrer en proposant des prestations de retouches en parallèle de la confection. Un projet déjà bien ficelé.
♦ Lire aussi l’article « Jean durable : une révolution française »
Se diversifier pour survivre

Depuis 2023, une autre activité s’est fait une place au sein de l’Atelier Jasmin : la création. Principalement des accessoires et des objets de décoration en tissus, proposés sous la marque « Les Filles de la Canopée ». Les modèles imaginés par Mathilde et Cristina sont confectionnés par les salariées, avec des matières récupérées auprès de partenaires ou grâce à des dons (lire bonus).
Cette diversification a été imposée au fil du temps par des contraintes budgétaires. La récente conjoncture a eu raison de nombre de créateurs locaux, et donc d’habituels clients de l’association. Couplée à une baisse des subventions publiques, elle n’a eu d’autre choix que de revoir son modèle économique afin de générer davantage de revenus.
Malgré tout, reste encore un équilibre à trouver. « Devoir vivre de plus en plus par nos propres moyens nous demande du temps pour imaginer des projets. Or, notre mission première est d’aider les gens, et cela en nécessite aussi beaucoup », souffle Renata Ricordeau. Un cercle vicieux qui a failli entraîner la fermeture définitive du chantier d’insertion. Pour le sauver, le conseil d’administration a décidé, non sans douleur, de licencier une partie des salariés permanents au cours des derniers mois.
L’équipe restante, même diminuée, s’affiche plus motivée que jamais pour que l’Atelier Jasmin perdure. Elle compte pour cela développer les canaux de vente de sa marque (bonus). Et mûrit un projet de création innovant à partir de ses chutes de tissus et de fils, dont elle dévoilera bientôt les contours. Pour que toujours plus de femmes puissent se retisser un chemin vers l’emploi. ♦
⇒ L’Atelier Jasmin recherche un ou des mécènes pour lancer son nouveau projet « antigaspi » et/ou plus globalement pour l’aider à fonctionner. Contactez Renata Ricordeau, la directrice : contact@atelierjasmin.com – 06 03 16 78 69
Bonus
# Où acheter les créations des Filles de la Canopée – Directement au local de l’Atelier Jasmin (7 rue Germain Nouveau, le Jules Verne, à Aix-en-Provence). Ou via sa boutique en ligne, en cours de développement. En attendant que l’ensemble de la collection y soit proposé, on peut la découvrir sur son compte Instagram.
# Faire un don de tissu ou de toute nature – L’Atelier Jasmin récupère draps, rideaux, textiles propres et mercerie (pas de vêtements). Des matières dont elle se sert pour confectionner les créations des Filles de la Canopée. Il est aussi possible de faire un don à l’association pour la soutenir financièrement, en cliquant ici.