Économie
L’échange de vêtements pour une seconde main encore plus vertueuse
La seconde main occupe de plus en plus de place dans nos placards, portée par son double intérêt économique et écologique. Et si, plutôt qu’acheter puis vendre les vêtements que l’on ne porte plus, on les échangeait ? Une nouvelle façon de consommer, encore plus avantageuse pour son portefeuille et la planète, qu’un binôme d’entrepreneures marseillaises cherche à démocratiser avec son application The Freeconic, disponible partout en France.
Près de sept Français et Françaises sur dix achètent ou vendent en seconde main aujourd’hui. Et ce sont les vêtements qui font le plus souvent l’objet des transactions (lire bonus). Une tendance de bon augure puisque l’industrie textile est l’une des plus polluantes au monde – elle représente jusqu’à quatre milliards de tonnes d’émissions de CO2 chaque année, selon l’agence française de la transition écologique (Ademe). Reste que, pour Alizée Mouscadet et Laurène Maerten, deux fashionistas marseillaises, la meilleure façon de consommer la mode est de passer à l’étape supérieure : l’échange de vêtements. « On a toutes tendance à accumuler des pépites dans nos placards. L’idée est de les remettre en circulation et de profiter de celles des autres », explique la première. Elles ont ainsi créé leur application dédiée aux femmes, baptisée « The Freeconic ».
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Qualité au rendez-vous

Concrètement, après inscription, chaque utilisatrice doit mettre en ligne une ou plusieurs pièces de son dressing. Un algorithme, développé en interne, estime leur valeur suivant divers critères (catégorie, marque, état…) et leur attribue des crédits – appelés freecoins. Il suffit ensuite d’échanger ces jetons virtuels contre les articles proposés par les autres.
La concurrence étant rude sur le marché en ligne de la seconde main – bien qu’il n’existe pas d’équivalent à The Freeconic selon ses initiatrices – l’application se différencie des plateformes existantes. Ainsi, toutes les marques ne sont pas acceptées. À l’instar de celles de l’ultra fast fashion – Shein, Primark, Boohoo… – car de trop mauvaise facture. « Il faut assurer un certain standing aux utilisatrices, pour que les échanges soient qualitatifs et pas déceptifs », souligne Alizée Mouscadet. Plus étonnant : dans la liste des interdits figurent aussi les jeans moulants (les slim et skinny) et les talons aiguilles. « On s’est rendu compte que ce sont des articles qui ne partent pas. Puisque le but est de créer une communauté et que les vêtements proposés trouvent preneurs, on a banni ce qui n’est pas tendance », sourit l’entrepreneure.
À noter que si l’inscription est gratuite, des frais sont appliqués pour chaque transaction. Une commission, dont le montant varie de deux à cinq euros en fonction de l’article.
Un concept qui se développe

Depuis son lancement il y a tout juste un an, The Freeconic a attiré 5 500 utilisatrices. Et ce n’est pas le seul projet à illustrer l’enthousiasme que commence à susciter l’échange de vêtements. D’autres se sont montés depuis une paire d’années aux quatre coins de l’Hexagone, avec une différence de taille : les échanges se font dans la « vraie vie » et pas sur une appli.
À Paris, par exemple, Le Futal organise un événement par mois à l’Académie du Climat. Ici, chaque article d’une catégorie vaut la même chose, indépendamment de sa marque. « On a choisi ce fonctionnement pour plus d’équité entre les vêtements et les personnes », indique Léa Chénot, à l’origine de cette association basée sur le modèle d’un concept danois, le Swap Spot, expérimenté lorsqu’elle était étudiante en design. Pour participer, il suffit d’adhérer moyennant 12 à 24 euros l’année.
Le fonctionnement est similaire du côté de la Bretagne et de l’association Échange tes fringues. Avec la promesse de huit événements annuels contre une adhésion de 30 euros. C’est même deux fois moins – 15 euros – chez Armoire sans fin, basée à Tours. Une liste non exhaustive.
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Difficile modèle économique

Se développer sur le digital, Léa Chénot y a furtivement pensé pour Le Futal avant de lui préférer le contact humain. « En termes d’espace numérique, la place est prise, estime la responsable. Et il y a pour moi un intérêt social avec l’échange qui se perd quand il est dématérialisé ». Alizée Mouscadet reconnaît que les événements physiques créent du lien entre les participants – The Freeconic en a initiés au moment du lancement de l’application. Mais sans le digital, difficile voire impossible, selon elle, d’associer un modèle économique viable au projet. Car seule une plateforme, alimentée par des milliers de personnes partout en France, augmente les chances que chaque utilisatrice trouve des vêtements à sa taille.
Une réalité dont a bien conscience l’équipe du Futal, qui souhaite de toute façon garder un modèle associatif à échelle humaine. « On ne cherche pas à rendre notre projet lucratif. On espère plutôt étoffer le nombre de bénévoles pour répartir la responsabilité collectivement », indique Léa Chénot. Et la charge de travail, indubitablement.
Bâton de pèlerin activé

Entre engouement et obstacles à franchir, le binôme marseillais derrière The Freeconic sait que la route sera longue avant que l’échange de vêtements ne se démocratise pleinement. « Beaucoup de personnes ont encore tendance à vouloir faire du bénéfice avec leurs vêtements. Quand ils ont une pièce de marque qui peut leur rapporter plusieurs dizaines d’euros, ils ont du mal à accepter l’idée de l’échanger alors le vendre leur permettrait d’en acquérir d’autres », souligne Alizée Mouscadet.
Nombre d’utilisatrices des plateformes de seconde main pratiquent d’ailleurs déjà l’échange, sans s’en rendre compte. Car c’est quasiment le cas lorsqu’elles décident d’utiliser leur portefeuille virtuel pour s’acheter d’autres articles plutôt que de virer l’argent sur leur compte en banque. « L’échange est une nouvelle façon de consommer et, comme tous nouveaux usages, c’est difficile à installer dans la société », admet la cheffe d’entreprise. Loin de se décourager pour autant : « On y croit et beaucoup de personnes aussi ! ». ♦
Bonus
# Les Français et la seconde main – 67% achètent ou vendent d’occasion, d’après un sondage Iligo paru au printemps 2025. Les vêtements sont, de loin, les plus concernés, devant les biens culturels (livres, CD, DVD), le mobilier et la décoration. Si les Français optent pour la seconde main, c’est d’abord pour « se débarrasser de [leurs] objets inutiles ». Puis par appât du gain. L’aspect écologique et environnemental n’arrive qu’en quatrième source de motivation. Plus d’infos en cliquant ici.