Santé

Par Agathe Perrier, le 23 avril 2026

Journaliste

Du porte-à-porte pour toucher les éloignés du soin

Manon Chalindar, médiatrice du dispositif Corhesan © Agathe Perrier

Les Français sont trop peu nombreux à se faire dépister dans le cadre des campagnes nationales contre les cancers. Dans les quartiers prioritaires de Marseille, le taux de participation est encore plus bas. C’est pourquoi l’Hôpital Européen y a déployé « Corhesan », dispositif de médiation en santé reposant sur des actions de proximité. Sensibiliser et informer les habitants : un minutieux travail de terrain qui porte ses fruits.

« Bonjour, c’est l’Hôpital Européen ». La visite, impromptue, étonne ceux qui la reçoivent. La surprise – voire la méfiance – laisse néanmoins rapidement place à l’intérêt. « On est là pour parler santé, savoir si tout va bien avec le docteur, si vous êtes à jour des vaccins et des dépistages contre les cancers », explique Manon Chalindar, médiatrice du dispositif Corhesan, porté par l’Hôpital Européen de Marseille et l’association Prospective et Coopération (lire bonus). Comme les trois autres forces terrain de l’équipe – deux médiateurs et une infirmière – elle a un périmètre précis des quartiers prioritaires du centre-ville à arpenter. Sa mission : frapper à toutes les portes, de tous les logements, de tous les bâtiments, pour échanger avec les habitants et s’assurer qu’ils sont dans un parcours de soins.

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Parmi les personnes croisées ce mercredi d’avril au pied d’un immeuble de la rue Nationale (1er arrondissement), Nour* reconnaît ne pas être à jour sur son suivi gynécologique. La quadragénaire, originaire de Tunisie, n’a pas de protection sociale. Manon Chalindar dégaine alors son carnet d’adresses. « Ici ils prennent tout le monde, et c’est gratuit », recommande-t-elle, en lui donnant les coordonnées d’un établissement. Après quelques minutes de discussion, la médiatrice entre dans la cage d’escalier voisine. Prête à réitérer son discours et à l’adapter à sa ou son nouvel interlocuteur. « C’est un travail de fourmi », reconnaît-elle, sans perdre de son entrain.

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Nécessaire prévention

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Lors des portes-à-portes, les médiateurs s’assurent que les habitants sont dans un parcours de soins © DR

Le programme Corhesan fonctionne de la sorte depuis bientôt quatre ans, juillet 2022 très précisément. C’est pendant la pandémie de Covid-19 qu’il a toutefois vu le jour (bonus). « Des médiateurs faisaient de la sensibilisation, du dépistage, ramenaient les personnes vers la vaccination. Ça a très bien marché. Si bien que, quand le virus s’est calmé, on s’est orienté sur d’autres sujets de prévention », rembobine Anne Dutrey Kaiser, coordinatrice du dispositif. À savoir le rattrapage vaccinal et la prévention sur le dépistage organisé des cancers bénéficiant d’un programme de dépistage national (cancer du col de l’utérus, cancer du sein et cancer colorectal, bonus).

Car il y a matière à agir. À l’échelle nationale, moins d’un tiers (29,6%) des personnes éligibles au dépistage des cancers colorectaux y ont participé en 2024, selon les chiffres de l’Institut national du cancer. C’est un peu mieux pour le dépistage du cancer du sein (46,3%) ou du col de l’utérus (60,9%), mais loin du seuil « acceptable » de 70% fixé par l’Union européenne. « Dans les quartiers que l’on couvre, les niveaux de participation sont même 10 à 20 points inférieurs », souffle la responsable.

Pour gagner la confiance des résidents, les médiateurs sont très souvent accompagnés par des « ambassadrices ». À savoir des habitantes de ces quartiers, engagées bénévolement au sein du programme. « Elles connaissent bien les lieux, les gens qui y vivent, les galères qu’ils rencontrent. Ça crée une proximité », indique Anne Dutrey Kaiser.

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Ramener vers le soin

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Le dispositif a aussi pour but de ramener les personnes qui en sont éloignées vers le soin © DR

En plus du porte-à-porte, les médiateurs de Corhesan tiennent régulièrement des stands de rue. Ils se positionnent en pied d’immeuble, à la sortie d’un métro ou encore dans un parc de leur périmètre d’intervention. Et abordent les passants, réitérant leurs messages de prévention et confiant des contacts utiles. Une présence repérée par d’autres structures, notamment des mondes associatif et social, qui font désormais appel à eux pour assurer des ateliers auprès de leurs propres publics.

Les médiateurs ne se cantonnent toutefois pas à ce rôle de diffuseur d’informations. « Notre dispositif consiste à « aller vers » mais aussi à « ramener vers ». Le but est que la personne agisse ensuite. C’est assez rare dans les dispositifs de médiation en santé », relève Anne Dutrey Kaiser. À titre d’exemple, si une habitante ne s’avère pas à jour sur le dépistage du cancer du sein, le médiateur veille à ce qu’elle prenne rendez-vous pour une mammographie. Il le lui rappelle la veille, puis s’assure de la bonne compréhension des résultats. Et si des anomalies sont détectées, il l’oriente vers les bons interlocuteurs, tout en maintenant le contact.

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Efficacité prouvée

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Les médiateurs de Corhesan tiennent régulièrement des stands de rue, notamment dans des parcs © Agathe Perrier

En près de quatre ans, quelque 16 000 personnes ont été sensibilisées par l’un des médiateurs de Corhesan. Cela représente plus de la moitié (55%) de la population adulte des quartiers entrants dans le périmètre du dispositif. Il ressort en outre que ces échanges ont un impact sur les dépistages. Les habitants ayant rencontré un médiateur sont en effet davantage à jour comparé à ceux n’ayant pas été sensibilisés (différence de 20 points de pourcentage).

Sur la base de ces bons résultats et convaincue de la pertinence de son modèle, l’équipe souhaite intégrer le programme « Article 51 » porté par l’Assurance maladie. Ce dernier permet à des projets ayant fait leurs preuves, après une période d’expérimentation, d’être intégrés dans le droit commun et donc d’être généralisés. « Ce serait une grande avancée », projette Anne Dutrey Kaiser. Et une pérennisation assurée.

* Le prénom a été changé

Bonus 

# Aux origines de Corhesan – Le dispositif est porté par l’Hôpital Européen de Marseille et l’association Prospective et Coopération. Il a vu le jour en novembre 2020, pendant la pandémie de Covid-19, sous l’impulsion du docteur Stanislas Rebaudet. Ce dernier a eu l’idée de s’appuyer sur son expérience humanitaire pour construire un dispositif d’équipes mobiles au plus proche des populations. Durant toute la crise sanitaire, les médiateurs de Corhesan sont allés à la rencontre des patients malades ou suspects de Covid-19, pour leur proposer un accompagnement visant à limiter la survenue de cas secondaires et à briser précocement les chaînes de transmission. Le dispositif a rapidement été intégré dans un autre, baptisé « Médilac », créé par l’Agence régionale de santé PACA. Lorsque ce dernier s’est arrêté, l’Hôpital Européen et Prospective et Coopération l’ont réorienté sur les sujets de prévention actuels.

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# L’association Prospective et Coopération – Elle a été fondée en 2012 par des chercheurs et des professionnels du développement et de la coopération en Europe, en Afrique, en Asie et en Amérique. Basée à Marseille, son objectif est de contribuer à l’amélioration de la définition et de la mise en œuvre des politiques publiques et privées de développement et de coopération.

# Quand se faire dépister ? Le dépistage organisé du cancer du col de l’utérus démarre à 25 ans. Il se matérialise par un frottis, à réitérer un an plus tard puis tous les trois ans. C’est à partir de 50 ans pour le cancer du sein, par le biais d’une mammographie et d’un examen de palpation – la palpation par un docteur est néanmoins recommandée tous les ans dès l’âge de 25 ans. Idem, 50 ans, pour le cancer colorectal (côlon et rectum). Hommes et femmes sont invités à réaliser un test de dépistage par la recherche de sang dans les selles. Plus d’infos sur ces programmes organisés de dépistage sur le site de l’Assurance maladie, en cliquant ici.