Économie

Par Philippe Lesaffre, le 24 juin 2026

Journaliste

Les collectivités se mettent à la vente aux enchères

Gros succès pour les engins d'espaces verts des collectivités ©DR

Depuis 2024, les collectivités territoriales peuvent vendre des équipements dont ils ne se servent plus sur le site de ventes aux enchères développé par le Groupe Drouot. Une centaine de structures publiques ont déjà sauté le pas pour donner une seconde vie à leurs biens, au grand plaisir des acteurs privés comme publics, ainsi que des particuliers, qui « chassent les bonnes affaires ».

Au départ, seuls les commissaires-priseurs pouvaient œuvrer sur le Moniteur des ventes, plateforme d’enchères lancée par le groupe Drouot (bonus). Or, depuis 2024, le site a été ouvert aux collectivités territoriales et aux structures publiques pour qu’elles puissent donner une seconde vie aux équipements industriels dont elles ne se servent plus.

Au lieu de les jeter en déchetterie, les communes, les conseils départementaux ou encore certains hôpitaux peuvent les « revaloriser », glisse Maxime Bigo, responsable commercial au sein des équipes de Drouot. D’autant que la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (dite loi Agec), votée en 2020, pousse les organismes publics à aller vers plus de réemploi et ainsi à favoriser une économie plus circulaire.

Matériel informatique, outillage, mobilier, véhicules… On trouve vraiment de tout sur le Moniteur des ventes. Mi-juin, la ville de Cergy, dans le Val-d’Oise, proposait par exemple des bureaux d’angle, des fauteuils de bureau et des broyeurs. Mais aussi des pots de fleurs et des chariots de ménage. Sur la page de la commune de Puteaux, dans les Hauts-de-Seine, on tombe sur… une éplucheuse de pommes de terre ou sur des machines à coudre.

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Des ventes aux enchères qui s’effectuent en ligne – capture d’écran du site de Drouot.

Des articles en fin de vie

Comme le note Maxime Bigo, référent pour les collectivités locales, il s’agit souvent d’« articles en fin de vie » dont les acteurs publics veulent se débarrasser pour gagner de la place. Et, surtout, s’assurer un revenu complémentaire, puisque ce sont des biens qui ont tout de même encore de la valeur, même en cas de défaillance. Car le groupe Drouot, qui joue l’intermédiaire entre vendeurs et acheteurs, ne propose pas de service de réparation. Ce ne serait pas utile, glisse le même : « Nous sommes assez surpris de voir à quel point les biens non fonctionnels trouvent preneurs. » Par exemple, il arrive que des professionnels de l’automobile tentent typiquement d’acquérir des véhicules non roulants, sans contrôle technique validé, afin de les restaurer et de les revendre. « Les défauts des produits mis sur la plateforme ne font pas peur », sourit-il.

En cette période d’inflation (en particulier en raison des tensions géopolitiques et des conflits armés), les acteurs publics, les entreprises privées ainsi que les particuliers sont nombreux à « chasser les bonnes affaires ». Dans le détail, Maxime Bigo constate que ce sont les lots de véhicules ou d’engins d’espaces verts des collectivités qui attirent le plus d’enchérisseurs. Les débroussailleuses, coupes-bordures et tracteurs.

On trouve de tout sur le Moniteur des ventes, beaucoup de mobilier de bureau, par exemple © Nellie Adamyan

Des prix réalistes

Bonne affaire ou pas, en tout cas la concurrence entre acheteurs potentiels « garantit, selon le responsable commercial, des prix réalistes ». Dans le détail, les vendeurs, qui bénéficient d’« un outil en ligne simple à utiliser », affirme-t-il, choisissent la mise à prix. Naturellement, ils ne peuvent connaître à l’avance le montant des ventes à l’issue des enchères (bonus). Toutefois, ils peuvent « proposer un prix de réserve pour sécuriser la vente de leurs biens ».

Depuis le début de l’aventure, le groupe Drouot a comptabilisé 250 opérateurs de vente, dont près d’une centaine d’organismes publics. De quoi atteindre un million d’euros de vente en 2025 (contre 500 000 euros l’année précédente). Ils ont su rassembler, au total, 200 000 acheteurs. Parmi eux, 70% sont des particuliers, souvent des habitants des territoires dans lesquels les ventes sont effectuées. Mais, pour l’heure, ces derniers n’ont pas encore la possibilité d’acquérir des équipements issus d’entreprises privées. Le groupe Drouot y pense sérieusement à l’avenir. Chaque chose en son temps… ♦ 

Bonus

# Le Moniteur des ventes : comment ça marche ?

La plupart du temps, la vente de biens industriels dure quinze jours. Durant cette période, les enchérisseurs proposent un prix (en ligne et via une application mobile).

En principe, la personne physique ou morale qui a proposé le prix le plus élevé sur le Moniteur des ventes a remporté le lot. On dit qu’elle est adjudicataire. Pour en savoir plus.

Les vendeurs décrivent eux-mêmes les lots. Les candidats à l’achat peuvent poser des questions, demander à voir tel ou tel bien à vendre avant de se prononcer.

Lors des transactions, il n’y a pas forcément de frais pour les vendeurs. Ainsi, la commission peut être à la charge des acheteurs adjudicataires. Le groupe Drouot ne veut pas dévoiler le montant de celle-ci. Elle est tout de même « attractive », indique Maxime Bigo.

© Kat von Wood / Unsplash

# Drouot. Si le Moniteur des ventes est consacré aux biens industriels (vendus par les commissaires-priseurs, et les collectivités depuis 2024), le groupe Drouot s’occupe bien entendu de la vente aux enchères d’objets d’art et de collection sur drouot.com