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Par Maëva Gardet-Pizzo, le 20 octobre 2026

Journaliste

Un tour de la démocratie fédère jeunes de quartiers prioritaires et monde paysan

« On ne ment pas quand on dit que quand les gens se rencontrent, se comprennent. Quand on offre aux jeunes un espace pour s’exprimer, il se passe toujours des choses extraordinaires » Alexandre Pastor

Malgré les grèves, le cinéma l’Alhambra affichait complet ce 6 octobre 2026. Plus de 200 personnes s’y pressaient pour découvrir le film de l’association Melting Pot. Le pitch ? Une immersion au cœur d’un tour de la démocratie, avec de jeunes Marseillais partis à la rencontre d’autres façons de la vivre, de Vaulx-en-Velin au tiers-lieu paysan La Martinière.

Six octobre 2026. La journée a été marquée par une impressionnante mobilisation des lycéens et fonctionnaires qui a irrigué les rues de Marseille, déboussolant le réseau de transports en communs. Il n’empêche, le hall de l’Alhambra, ce cinéma mythique des quartiers nord, est plein à craquer en ce début de soirée. « Les gens sont même arrivés en avance », s’étonne Alexandre Pastor, fondateur de l’association Melting Pot, qui navigue au milieu de la foule. Il avait tablé sur un bon quart d’heure marseillais de retard.

En quelques instants, les épais fauteuils de la salle sont tous occupés. Beaucoup de jeunes venus avec des associations d’éducation populaire. La Voix des Blocs. Project Toi. 13 grammes. Des représentants d’associations œuvrant dans d’autres domaines : transition écologique, inclusion, entrepreneuriat populaire, alimentation… Soit 200 personnes au total, impatientes de découvrir ce film retraçant le tour de France de la démocratie organisé en juillet dernier par Melting Pot.

Vlog citoyen

Une exploration des différents visages de la démocraties, des quartiers dits “prioritaires” aux zones rurales @DR

Un film façon vlog -ces récits de vie quotidienne en vidéo que produisent bon nombre d’influenceurs. Immersif. Caméra embarquée qui se passe de main en main. De narrateur en narrateur. On y partage le quotidien d’une bande de 6 jeunes partis explorer comment se vit la démocratie ailleurs que dans le quart sud-est de la France. De Vaulx-en-Velin (Rhône) à Ambierle, (Loire), en passant par Vinzieux (Ardèche), 700 âmes.

En chef d’orchestre : l’équipe de Melting Pot, une association créée en 2022 pour aider les jeunes à mieux connaître les outils et institutions de la démocratie, pour mieux se les approprier. Avec une conviction : « Les jeunes ont des choses à dire, de manière constructive. Et ils ont besoin d’être accompagnés pour le dire correctement », résume Alexandre Pastor.

Un vieux rêve sorti du placard

Ce tour, c’était une vieille idée. Un rêve qui date du début de la création de l’association. Remis à plus tard, quand les moyens financiers le permettraient. 

Parmi les lieux qui ont marqué les explorateurs de démocratie : le tiers-lieu paysan La Martinière @DR

Désormais soutenue par plusieurs fondations privées et subventions publiques, l’association a pu le concrétiser. « On avait envie de reconnecter les jeunes et la paysannerie », explique le fondateur de l’association devant la salle comble, la voix tremblant d’émotion. « On a demandé à nos jeunes ambassadeurs ce qu’ils faisaient cet été. Ils nous ont demandé : pour quoi faire ? On leur a dit t’inquiète. On y va ».

Le film attaque sur le matin du départ. Six heures. Les esprits engourdis. L’adrénaline aussi. Cap sur Vaulx-en-Velin, berceau de la politique de la ville depuis les premières révoltes urbaines des années 1970-1975, comme le rappelle Jaafar Greinch de l’association Avas. Comme les autres hôtes qui ont accueilli les jeunes lors du Tour, il a fait le déplacement ce soir.

Sur le grand écran, les scènes de rencontres formelles sont ponctuées de moments de vie partagés entre les jeunes explorateurs de démocratie. Certains d’entre eux deviennent même des gimmicks, comme les moments face caméra de Jasmine qui partage ses pensées très personnelles. Et très vite, son manque de Marseille. « On est partis il y a 24 heures et Marseille me manque déjà ». « La ville me manque ».

♦ Lire aussi : Melting Pot reconnecte les jeunes à la vie politique

Coup de cœur paysan

Car au fin fond de la campagne ligérienne, on ne vit évidemment pas vraiment comme dans la deuxième ville de France. Peu d’options. Encore moins sans voiture. Mais pourtant, au fil des jours, des similitudes apparaissent.

C’est le cas au contact de François, paysan militant qui les a profondément marqués. « François je t’aime », lance le jeune Tadj, participant au périple, avant d’expliquer que l’homme « a planté des graines dans [s]on cerveau. Il n’a rien, mais il fait beaucoup plus que nous. Cette solidarité qu’il crée avec les autres paysans, sa vision, c’est tellement beau ». Un engagement qui a aussi touché Nawal Mchami : « J’ai découvert plein d’outils qui m’ont inspirée dans ma façon d’agir, d’incarner mon territoire. J’ai envie de créer plus de ponts ».

Entre paysans et habitants des quartiers populaires, des modes de vie différents mais beaucoup de similitudes @DR

Engagé depuis ses 12 ans au sein du Mouvement rural de jeunesse chrétienne (MRJC) et désormais à la Confédération paysanne, François Chabré défend une agriculture bio, paysanne. Il a fondé le tiers-lieu la Martinière qu’il gère depuis 1994. Un lieu hybride avec ferme pédagogique. Un domaine produisant du vin bio de Côte Roannais. Ainsi que de la charcuterie à partir de porcs élevés en plein air, quand l’ultra industrialisation est omniprésente sur ce marché.

Comme les habitants des quartiers populaires – dont sont issus la plupart des Marseillais venus le visiter – lui aussi a été exposé sans filet au réchauffement climatique et aux canicules. « Mon outil de travail grille. Il a cramé cet été, c’est dur ». Mais il tente de s’adapter. Misant sur la coopération, l’entraide, la connaissance fine du terrain. Comme le font beaucoup d’associations des quartiers marseillais.

Conscience politique activée

La salle de l’Alhambra était pleine à craquer. Avec un public fier de la jeunesse marseillaise @MGP

À Vinzieux (Ardèche), ville pilotée par le plus jeune maire de France – Hugo Biolley-, les jeunes s’interrogent sur la dimension politique de leur vie. Est-ce qu’à leur échelle, eux aussi font de la politique ? Oui pour la plupart. Sous des formes variées.

Pour Nawal Mchami, c’est au travers de son média 13 grammes qu’elle défend ses valeurs et promeut une autre vision de la jeunesse marseillaise. Loin des idées reçues.

Pour Ichem Dahmane, c’est en valorisant l’éloquence des jeunes, au sein de l’association Project Toi. Pour Neylan Topkaya, salariée de Melting Pot, cela passe par divers engagements, dans les mouvements féministes notamment.

Même Chaïma Kattoum, alternante de l’association, qui estimait au moment du Tour ne pas faire de politique, a pris le micro ce soir pour revenir sur ce propos. « J’ai changé d’avis. En étant engagée à Melting Pot, oui je fais de la politique. Je n’en ai pas honte ». Une posture dont se félicite Hugo Biolley, le maire de Vinzieux. « Quand je leur ai demandé s’ils faisaient de la politique, je pensais qu’ils me diraient tous non. Ça fait chaud au cœur de l’entendre et de voir toute cette énergie ».

♦ (re)lire : Parler démocratie avec les plus jeunes aussi 

« Quand les gens se rencontrent, il se passe des choses extraordinaires »

« Avec ce film, les gens ont partagé ce que nous, on vit au quotidien », se réjouit Alexandre Pastor, fondateur de Melting Pot @MGP

« Avec ce film, les gens ont partagé ce que nous, on vit au quotidien », se réjouit Alexandre Pastor. « On ne ment pas quand on dit que quand les gens se rencontrent, se comprennent. Quand on offre aux jeunes un espace pour s’exprimer, il se passe toujours des choses extraordinaires ».

Alors évidemment, pas question de s’arrêter à cette première projection qui n’est d’ailleurs qu’une avant-première. D’autres se préparent, le film ayant de fait rejoint la palette des outils pédagogiques de l’association.

Un outil qui portera de précieux messages jusqu’à l’élection présidentielle. Oui, la jeunesse a des choses à dire, et elle s’intéresse profondément à la chose commune. Les mondes ruraux et urbains ont beaucoup de combats à mener ensemble. Et comme l’observent de concert Alyssa, lycéenne et administratrice de Melting Pot et le maire de Vinzieux : la politique n’est pas qu’un vecteur de division. En fédérant, en acceptant qu’on ne fait pas de politique seulement au moment des élections, on peut aboutir à une forme de convergence des luttes. Et peut-être ainsi à des solutions à la hauteur de la situation et de sa complexité.

« Il y a des alliances à faire avec les villes », soutient François Chabré. « Si on ne se soutient pas et qu’on ne se soulève pas tous ensemble, on est morts ».♦

 

Bonus

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