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Par Nathania Cahen, le 17 septembre 2026

Journaliste

Parlons démocratie, avec les plus jeunes aussi !

Classe de CM2 de l'école primaire de la Pointe Rouge à Marseille © Marcelle

À moins d’un an des élections présidentielles, où en est notre démocratie ? Si 88% des Français lui restent profondément attachés, 80% s’inquiètent de son état. Il est donc urgent de raviver la flamme des électeurs, de rappeler l’importance et la chance de pouvoir glisser un bulletin de vote dans une urne. L’association Parlons Démocratie prend très au sérieux ces fragilités en sensibilisant et impliquant nos jeunes dès la classe de CM2. Reportage dans une école primaire de Marseille.

Par une belle journée de printemps 2026, me voici de retour sur les bancs de l’école primaire. Au fond de la classe, tassée sur une petite chaise (je note que le confort n’a pas évolué), j’observe devant moi queues de cheval, tresses et mèches rebelles, dos parés de maillots de foot ou de sweats à capuche multicolores.

Je suis invitée par Ingrid Girard, la maîtresse de ce CM2 du groupe scolaire de la Pointe Rouge, à Marseille, et Nicoletta Perlo, membre de l’association Parlons Démocratie et par ailleurs professeure de droit public. Cet après-midi, la classe n’aura ni maths ni sciences ni géographie, mais enseignement moral et civique (EMC). Avec un bel exercice pratique à venir : le vote d’une loi. Et pas n’importe laquelle, une loi pour réduire la pauvreté, qui sera votée par des élèves d’une dizaine d’années, tout juste promus députés d’un jour.

Sweats et queues de cheval @Marcelle

Demos, le peuple et kratos, le pouvoir, les racines du mot démocratie

Avant d’attaquer le vif du sujet, Nicoletta Perlo ouvre la séance par un rappel des grandes lignes de ce qu’est la démocratie. Le petit film d’animation C’est quoi la démocratie ? de la série 1 jour, 1 question est une bonne entrée en matière. Un peu de grec : demos, le peuple et kratos, le pouvoir sont les racines de démocratie, soit le pouvoir par le peuple. La courte vidéo détaille aussi les trois pouvoirs qui se côtoient en France : exécutif, législatif et judiciaire.

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Après cette entrée en matière, une petite discussion s’ensuit sur le vote des femmes, l’âge des électeurs ou le secret des urnes. Les remarques fusent. Joseph, Lucio, Louise, Alessandra, Camille, Léo, Edel, Léna… et leurs camarades n’ont pas leur langue dans leur poche : « mais Trump, il ment ! » « en vrai, on ne peut pas dire ce qu’on veut » « mais si, on décide un peu de ce qui va se passer après »… C’est le bon moment pour rappeler que sans règles, règne le chaos – « y compris dans la famille et à l’école… », glisse l’intervenante. Et que le chaos mène… à l’anarchie !

S’il y a 577 députés au Palais Bourbon, il n’y en aura qu’une vingtaine ici, répartis en trois groupes. Ils doivent trouver des solutions à l’épineuse question de la pauvreté, et proposer chacun une règle qui sera le corpus d’une loi. Chaque règle sera mise au vote.

Les avis et les doutes se télescopent

Nicoletta Perlo leur demande en préambule de définir la pauvreté. « Être dans la rue sans argent ». « Souffrir ». « Ne pas pouvoir payer un logement ». « Ne rien avoir à manger ». « Être désespéré ». « Ne pas être égaux avec les riches ». « Les enfants ne choisissent pas la famille où ils naissent ». « On peut devenir délinquant ».

Dans un joyeux brouhaha, les trois groupes se mettent à la tâche. D’une table à l’autre, des bribes, des avis et des doutes se télescopent : « embaucher des bénévoles pour trouver un travail aux pauvres », « leur permettre de faire des études gratuitement », « demander aux milliardaires de donner de l’argent »…, d’un côté. « Mais on ne peut pas tout faire pour eux », « et si on est gentil mais qu’ils ne font pas d’efforts… », « le riche s’est levé le matin pour aller travailler tandis que le pauvre est resté assis sur son canapé »…, de l’autre.

Nicoletta Perlo inculque les bases de la démocratie dans une classe de CM2 © Marcelle

En retrait, la maîtresse observe la séance, remet un peu d’ordre ici et là. Ingrid Girard trouve très intéressante cette approche de l’éducation civique : « Le sujet politique ne leur est pas étranger. Il y a eu les élections municipales. Benoît Payan et Olivia Fortin, respectivement maire de Marseille et maire du secteur sont venus manger à la cantine. L’EMC a démarré au CE2, donc ils ont quelques notions. Et les conversations de leurs parents ne leur échappent pas ! »

Nicoletta Perlo voit, elle, « un exercice de pédagogie très intéressant, avec un public des plus vifs ». « Avec un regard aiguisé, complète Mme Girard. Je ne vais pas aussi loin dans les explications, je n’ai pas la même expertise ». « La question de la démocratie est importante, appuie Nicoletta Perlo. Sans conscience démocratique dans la population, on ne peut rien faire. Si on ne va pas voter, on ne peut rien changer ».

Et maintenant votez !

« Un exercice de pédagogie très intéressant, avec un public des plus vifs » © Marcelle

Pendant ce temps, nos députés en herbe avancent dans la préparation de leurs projets de loi. Nicoletta Perlo les encourage à aller plus loin dans la réflexion : « D’où vient l’argent ? Qui l’attribue ? Qui distribue ? L’État oui, mais l’État c’est qui ? »

Trois règles sont maintenant formulées pour le projet de loi de la classe. 1/ Charger des fonctionnaires de trouver un travail aux pauvres. 2/ Redistribuer l’argent des riches aux plus pauvres. 3/ Créer des structures pour héberger et nourrir les pauvres, le temps qu’ils trouvent une solution ou un travail. Il est temps de passer au vote. Et là, surprise, seule la troisième règle est adoptée. Les deux autres devront être rediscutées par ces futurs électeurs coriaces, qui ne s’en laisseront pas compter !

♦ (re)lire aussi la synthèse de notre causerie “Réconcilier jeunesse et démocratie”

Parlons Démocratie

Derrière cette demi-journée de travaux pratiques et démocratiques, il y a Parlons Démocratie, créée en 2020. Face à une compréhension parfois fragile des institutions et du débat public, face à une abstention croissante des jeunes, cette association propose d’apprendre la démocratie en la pratiquant. Elle fait intervenir des professionnels des institutions publiques dans des classes du CM2 à la Terminale, en mobilisant un réseau de 600 professionnels des institutions publiques.

Montesquieu, l’un des pères de la démocratie ©DR

À leurs côtés, les élèves découvrent concrètement le fonctionnement de la vie démocratique à travers des mises en situation. Ils deviennent parlementaires le temps d’un atelier, débattent, amendent et votent des lois, ou rejouent des procès inspirés de faits réels pour comprendre la justice. Ces expériences immersives leur permettent de mieux saisir des sujets complexes, de distinguer faits et opinions et de développer des compétences essentielles comme l’écoute, l’argumentation et le respect du débat. Déjà déployée à grande échelle, notamment dans les territoires prioritaires, l’initiative ambitionne ainsi de toucher toujours plus d’établissements pour renforcer durablement la culture citoyenne des jeunes.

Plus de 1 000 enseignants ont été formés. Et en 2025, plus de 600 intervenants se sont mobilisés pour 330 interventions qui ont concerné quelque 25 000 jeunes ! ♦

Bonus

[pour les abonnés] – Deux questions subsidiares à Nicoletta Perlo – Le premier baromètre du Conseil Constitutionnel consacré au regard des Français sur la démocratie et les institutions –

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