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À Marseille, un mouvement de pensée citoyen anti-RN

Par Nathania Cahen, le 26 juin 2024

Journaliste

Au nom de la résistance, ils ont créé Les voix de Marseille, une association apartisane, sans affiliation politique, qu’épouvante la possible arrivée au pouvoir du Rassemblement National. Parmi ces citoyens engagés et soucieux d’un avenir souhaitable, des médecins, des artistes, des responsables associatifs. Loin de toute « tambouille politicienne ». Entretien avec l’un de ses cofondateurs, le Pr Dominique Maraninchi, cancérologue, professeur émérite à la faculté de médecine de Marseille.

Dans la société civile, personne ne bougeait…

Tout a commencé à la suite d’un colloque, au printemps. Une conversation avec mon confrère hématologue Sylvain Garciaz. Les élections Européennes approchaient avec la menace grandissante d’une victoire du Rassemblement National, des sondages alarmistes. Et rien, nous observions que dans la société civile, personne ne bougeait. Et nous nous sommes souvenus de 2017, quand nous avions organisé au théâtre Toursky une mobilisation anti-Le Pen. Il était clair qu’il fallait réagir.

♦ La dernière tribune des Voix de Marseille signée de trois scientifiques marseillais alerte sur les risques liés à une éventuelle arrivée au pouvoir du RN ♦
Ni blanc ni RN

Nous nous sommes d’abord réunis à trois, rejoints par le psychanalyste Hervé Castanet et notre première certitude a été la nécessité de bâtir une sorte de dogme. Aucune ambition personnelle. Agir pour la fraternité, la solidarité, la générosité, l’accueil et le respect des différences. Et viser un seul objectif : convaincre les gens de ne voter ni blanc ni RN. Leur faire réaliser que cette extrémité est un mouvement fasciste en train d’advenir. On se moque pour qui ils votent, mais pas RN, pas extrême droite. On ne veut pas entendre les litanies anti-Macron, anti-Mélenchon… Ces comptes-là se règleront en temps voulu.

Des signataires engagés

Le premier acte concret a été la publication d’une tribune publiée le 1er mai, invitant à nous rejoindre. Nous l’avons été très vite par la sociologue Samia Chabani, le journaliste Philippe Pujol, le comédien et metteur en scène Charles Berling, l’anthropologue Michel Péraldi… pour citer les plus connus. Ainsi que par des gens issus de tous les milieux socio-professionnels. Le nom de notre mouvement nous est alors venu comme une évidence : les Voix de Marseille. La pétition accompagnant cette première tribune a déjà obtenu plus de 400 signatures ; cela nous convient car nous ne recherchons pas forcément une adhésion massive.

♦ La revue Esprit propose en libre accès sur son site un dossier intitulé Le péril de l’extrême droite
Vraiment apolitiques

Se revendiquer apolitique n’est ni une facilité ni une posture. Nous le sommes avec fermeté, et avons évité que des élus ou des responsables politiques signent. Le sujet n’est pas de savoir si ceux qui nous rejoignent sont plutôt à gauche, mais de rejeter l’extrême droite.

Pour ce faire, notre mission est d’essayer d’analyser en profondeur les mécanismes du RN et de produire des analyses ou des tribunes dans différents domaines – la santé, la sociologie, l’histoire… De la matière pour enrichir la réflexion et le mouvement.

Ce sont des outils qui doivent nous aider à convaincre que le RN, s’il accède au pouvoir, va toucher l’intimité des gens : l’école de leurs enfants, des proches homosexuels, ou issus de l’immigration ou porteurs de fragilité psychique… C’est la démocratie qui est menacée car le RN n’est pas un parti comme les autres.

Dire ouf ne suffit plus

Au-delà d’empêcher, nous nous attelons à comprendre les causes et réfléchir au futur.

Et nous pensons que dans de tels moments, de tels points de bascule, les mouvements de pensée comme le nôtre comptent. Car il est encore temps bien sûr.

Si le RN ne passe pas, allons-nous encore dire ouf comme en 2002 et repartir comme avant, avec la tambouille habituelle ? Non. Non parce qu’un Français sur deux est prêt à voter RN. Il nous faut contribuer au débat, donner des outils de compréhension, construire ensemble une alternative. Et surtout faire preuve de solidarité avec tous, n’abandonner personne.

♦ On peut faire une procuration en ligne via la plateforme maprocuration.gouv
Des rendez-vous

À l’initiative des Voix de Marseille, une première rencontre s’est tenue le 1er juin à la Maison arménienne de la jeunesse et de la culture de Marseille, avec deux tables rondes, « Comment penser le RN aujourd’hui – enjeux pour l’Europe de 2024 » et « Le RN et les risques de délitement du lien social ».

Jeudi 27 juin, Les Voix de Marseille se sont associées à la revue Esprit pour de nouvelles prises de parole au théâtre de La Criée. S’y sont exprimé notamment les philosophes Joëlle Zask et Michaël Foessel, la psychiatre Blandine Barut ou encore Robin Renucci, directeur de la scène qui accueille.

À Marseille, un mouvement de pensée citoyen anti-RN 2

Un autre rendez-vous est prévu dans la soirée du mercredi 3 juillet au Cabaret Aléatoire de la Friche Belle de Mai. ♦