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Avec Carnet de chef, restaurateurs et producteurs locaux font affaire en ligne

Par Agathe Perrier, le 2 janvier 2024

Journaliste

Carnet de chef recense 90 producteurs locaux et 200 restaurateurs © Photo d'illustration, Pixabay
Les restaurateurs de toute la France disposent désormais d’une market place pour passer commande auprès de producteurs locaux. Non seulement Carnet de chef leur fait gagner du temps, mais négocie aussi pour eux un tarif groupé. Côté producteurs, la plateforme s’affiche comme une nouvelle source d’activité et de développement.

Dans le restaurant Otto (8e arrondissement de Marseille), le chef Pierre-Antoine Denis propose depuis huit ans une cuisine italienne à tendance méditerranéenne. S’il a l’habitude de s’approvisionner auprès des mêmes producteurs, il lui arrive de devoir en trouver de nouveaux, au gré de ses recettes. S’en suit alors un long (et pénible) travail de recherche. « Quand j’ai terminé un service, j’ai autre chose à faire que de passer du temps là-dessus », glisse-t-il. Mais il a trouvé la solution à ce problème.

Depuis quelques mois, il se connecte en effet à Carnet de chef, une plateforme recensant environ 90 producteurs français. Principalement au sud de la France puisqu’elle a été lancée officiellement à Marseille en juin 2023. Il y trouve fruits et légumes, viandes, poissons, produits laitiers, épicerie salée ou sucrée, jusqu’aux produits d’entretien. « Notre objectif est de fournir aux restaurateurs l’entièreté de ce dont ils ont besoin, si possible à prix négocié », résume Ilan Serfati, co-fondateur de cet outil.

 

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L’équipe de Carnet de chef compte aujourd’hui six salariés, dont les trois associés © DR

Des producteurs triés sur le volet

En plus de leur dimension locale, Carnet de chef garantit que les producteurs affichés vendent des produits « de qualité ». « Ils peuvent s’inscrire de leur propre chef, mais nous les validons un par un avant de les ajouter à notre catalogue », précise Anthony Germani, à l’origine de cette idée de market place (bonus), qu’il a d’ailleurs cofondée. Ce qui se révèle être un gage de confiance aux yeux d’Hervé Vila Palleja, dirigeant du Pain à l’ail, établissement de street food provençale dans le quartier de l’opéra (1er). « Comme je sais que les producteurs recensés sont normalement dans la même démarche que moi, je ne vérifie pas de mon côté. Ça m’évite donc des appels et m’aide également à découvrir des professionnels que je n’aurais pas forcément connus autrement », ajoute-t-il.

Et lorsqu’un restaurateur ne trouve pas son bonheur, il peut faire remonter sa requête à Carnet de chef. L’équipe part alors à la recherche d’un nouveau producteur. Un service dont a bénéficié Pierre-Antoine Denis. « J’ai eu besoin de truffes et ils m’ont listé les producteurs valables. J’ai vraiment tout à gagner en utilisant une telle plateforme », apprécie-t-il

L’ensemble du processus de commande se réalise en ligne. Le restaurateur ajoute dans son panier virtuel les produits qu’il désire, puis les règle en une fois. Chaque producteur est alors informé individuellement par la plateforme et s’occupe du traitement et de la livraison des produits le concernant.

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Pour Stéphan Charmasson, producteur de fruits à Arles, Carnet de chef s’ajoute à la vente directe dans son exploitation et en magasins © DR

Source de visibilité et d’activité

Justement, s’agissant des producteurs, Carnet de chef leur permet également un gain de temps sur la prospection. Et surtout, leur offre de nouvelles perspectives de développement. Ainsi pour le Mas Daussan, exploitation installée près d’Arles depuis quatre générations, elle vient s’ajouter à la vente directe sur le domaine et en magasins. « On a besoin de tout le monde pour travailler ! Je favorise toutes les bonnes initiatives, d’autant plus quand les gens ont une bonne idée et y mettent de l’énergie », pointe Stéphan Charmasson.

Carnet de chef négocie avec eux les prix, autant que faire se peut. « On leur explique qu’ils vont profiter de notre base de clients qui compte 200 restaurateurs. On a donc aussi une fonction de centrale d’achat », souligne Ilan Serfati. Les producteurs restent néanmoins libres de proposer le montant qu’ils souhaitent. « On ne leur impose rien car on veut qu’ils puissent vivre correctement », ajoute-t-il. Une commission leur est par ailleurs appliquée pour financer le fonctionnement de la plateforme (bonus), qu’ils peuvent ou non répercuter sur leurs prix de vente. L’équipe ne révèle pas son montant, mais assure qu’elle est « petite comparée à certains commerces ».

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Pour créer une communauté autour de Carnet de chef, l’équipe met en avant sur ses réseaux sociaux les restaurateurs et producteurs inscrits © DR

Potentiel identifié

Les trois fondateurs entendent monter en puissance leur plateforme en 2024. Au cours de ce mois de janvier, une V2 sera disponible, suivie d’une application mobile en février. « On veut aussi développer l’aspect communauté. On a récemment lancé un « label » Carnet de chef via lequel on met en avant sur nos réseaux sociaux les chefs inscrits. Et on va sortir un QR code que les restaurateurs pourront mettre à disposition de leurs clients, afin qu’ils sachent qu’ils sont engagés et avec quels producteurs ils travaillent », indique Ilan Serfati.

Hervé Vila Palleja attend, lui, que le site aille au-delà de la simple market place. « Il faudrait qu’il soit davantage proactif en nous faisant part d’opportunités sur des produits qu’on utilise. Sans quoi on n’a pas forcément le réflexe de s’y connecter si on n’a pas de besoin précis », glisse-t-il. Il envisage tout de même d’y passer commande, tout comme Pierre-Antoine Denis. « C’est vraiment gagnant-gagnant », conclut ce dernier. ♦

Bonus

  • Une idée née voilà dix ans – Restaurateur depuis 25 ans, Anthony Grimaldi mûrit son idée de market place depuis… 2011. « C’était encore un peu tôt à l’époque », reconnaît-il. Pendant la crise du Covid-19, il rencontre Ilan Serfati et son frère Robin. Tout deux ayant fait des études et travaillé dans le monde de la communication digitale, ils disposent des compétences pour l’épauler dans ce projet. L’aventure est ainsi lancée.
  • Les financements de Carnet de chef – La plateforme se rémunère uniquement via la commission appliquée aux producteurs. L’équipe réfléchit à mettre en place des services payants additionnels pour le futur.