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Bol de science en direct du labo
Que font les scientifiques dans l’ombre de leur laboratoire ? Une question que se pose souvent le grand public et à laquelle le CNRS répond chaque année par des « visites insolites » de l’un ou l’autre de ses centres de recherche. Le Centre d’immunologie de Marseille-Luminy s’est prêté au jeu pour la première fois, ouvrant ses portes à une vingtaine de curieux et curieuses désireux d’en savoir plus sur l’étude de notre système immunitaire.
C’est une science qui a été mise sous le feu des projecteurs tout récemment, lors de la désignation du prix Nobel de médecine 2025 (lire bonus) : l’immunologie. Reste que, pour beaucoup d’entre nous, elle demeure occulte. Le Centre d’immunologie de Marseille-Luminy en a bien conscience et a décidé de se prêter début octobre à une « visite insolite ». Organisé par le CNRS – l’un de ses trois organismes de tutelle aux côtés d’Aix-Marseille Université et de l’Inserm –, ce rendez-vous annuel a pour but de mettre la science à la portée de tous.
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Pendant une demi-journée, 24 personnes ont ainsi pu s’immerger dans les travaux des chercheurs et chercheuses de cet institut, qui se consacre depuis près de cinquante ans à l’étude du système immunitaire dans toute sa diversité (bonus). Différents ateliers ont pour cela été imaginés par l’équipe. « On les a pensés de sorte qu’ils soient visuels, explique Noushin Mossadegh-Keller, immunologiste et directrice administrative financière de l’institut. Mais aussi interdisciplinaires, afin de montrer que l’on est un laboratoire de recherche qui fait plein de choses ».

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Dans la peau des scientifiques

Les visiteurs ont notamment pu observer des vers au travers d’un microscope. Leur particularité ? Ne pas avoir de cellules immunitaires. Autrement dit, seule leur peau les protège des attaques extérieures. Cela les rend particulièrement intéressants aux yeux des scientifiques, qui, grâce à eux, en apprennent chaque jour un peu plus sur la réponse immunitaire de cette barrière physique.
Le focus a également été mis sur certains lymphocytes, ces cellules au rôle crucial dans la réaction immunitaire. « À chaque expérience, on part avec une hypothèse. Qui en ouvre de nouvelles au fur et à mesure que l’on avance », indique Marie Dessard, doctorante au CIML qui s’intéresse, pour résumer, au rôle du cholestérol dans le fonctionnement des lymphocytes T. L’occasion de découvrir le matériel moderne et pointu de l’institut. Notamment de gros microscopes laser, indispensables pour étudier ces éléments invisibles à l’œil nu, à quelque 500 000 euros l’unité.
L’immersion s’est terminée par une mise en situation. Tels de vrais scientifiques, les participants ont prélevé un échantillon d’ADN. Pas celui d’un humain, pour des raisons éthiques, mais… d’une banane. Au bout des trois heures de visite, chacun est reparti avec son flacon et une idée un peu plus précise du quotidien des 200 experts – scientifiques, étudiants, post-doctorants – du CIML.
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De 7 à 77 ans

Pour participer à cette visite insolite, comme à toutes les autres proposées par le CNRS à travers la France (bonus), il fallait répondre à un formulaire en ligne. Il tenait en trois questions, en lien avec la thématique choisie. Les heureux élus ont été sélectionnés via un tirage au sort parmi les bonnes réponses – 290 au total avaient postulé pour cette seule visite au CIML, signe de la curiosité qu’il suscite.
Le petit groupe formé s’est révélé des plus hétérogènes en termes d’âges et de profils. Composé aussi bien de chercheurs de laboratoires alentour, désireux de s’ouvrir à des sujets différents des leurs, que d’actifs n’ayant pas même un orteil dans le monde de la science. À leurs côtés, des seniors tout autant que des ados. À l’image de Lily-Rose, attirée par l’immunologie pour ses études futures. La lycéenne n’a pas hésité à rater ses cours pour l’occasion – avec l’autorisation de son établissement, précise-t-elle. « C’est par plaisir et curiosité qu’on est venues, indique Esther, sa maman. De plus, ce sera une expérience à mettre en avant dans son dossier sur parcours sup’ (ndlr : la plateforme d’admission dans l’enseignement supérieur) », où les activités extrascolaires en lien avec les études visées sont (de plus en plus) appréciées.
Le CIML ouvre également de sa propre initiative ses labos aux collégiens et lycéens, notamment celles et ceux des quartiers prioritaires. « C’est important de montrer ce qu’est le métier de chercheur, estime Noushin Mossadegh-Keller. Puisque c’est un métier passion, il faut la transmettre ». Mission réussie auprès des visiteurs de cette édition, avant une probable récidive, avec d’autres ateliers, en 2026. ♦
Bonus
# Des « visites insolites » pour découvrir le travail des chercheurs – Le CNRS organise cet événement depuis 2020 en France et 2021 en Provence-Alpes-Côte d’Azur. L’objectif est, d’une part, de permettre au grand public de comprendre ce que font les scientifiques dans leur labo. Et, d’autre part, de découvrir les applications concrètes de leur travail dans la vie. Dans la région, onze visites ont eu lieu cette année, sur 93 dans tout le pays.
# Le CIML, 50 ans de recherche sur l’immunologie à Marseille – Ce centre de recherche a vu le jour en 1976 à l’initiative de François Kourilsky et Michel Fougereau. Ses seize équipes de recherche abordent tous les champs de l’immunologie contemporaine : la genèse des différentes populations cellulaires, leurs modes de différenciation et d’activation, leurs implications dans les cancers et les maladies infectieuses et inflammatoires… Plus d’infos en cliquant ici.
# Le Nobel de médecine 2025 aux « gardiens du système immunitaire » – Le 6 octobre dernier, trois immunologistes ont reçu le prestigieux prix. La chercheuse américaine Mary Brunkow, son homologue Fred Ramsdell et leur confrère japonais Shimon Sakaguchi, pour leurs découvertes concernant « la tolérance immunitaire périphérique », a indiqué le comité Nobel. Ils ont ainsi « identifié les gardiens du système immunitaire, les cellules T régulatrices, qui empêchent les cellules immunitaires d’attaquer notre propre corps ». Un « nouveau domaine de recherche » qui donne l’espoir d’arriver à développer de nouveaux traitements, par exemple pour le cancer et les maladies auto-immunes. Plus d’infos en cliquant ici.