Santé

Par Agathe Perrier, le 25 février 2026

Journaliste

Déserts de santé : les petites communes en opération séduction

Photo d'illustration © Pixabay

[municipal’idées] Six millions de Français n’ont pas de médecin traitant, soit 11% de la population. Une réalité qui concerne particulièrement les habitants des territoires ruraux. Plutôt que subir la situation, des mairies se mettent en quatre pour inciter les professionnels de santé à s’installer dans leur commune. Avec plus ou moins de succès.

En France, 87% du territoire est classé en désert médical, selon les chiffres du gouvernement (lire bonus). Dans le Vaucluse, Christian Gros, maire depuis 1989 de Monteux (entre Avignon et Carpentras), a été témoin de la raréfaction des généralistes. « On en comptait huit il y a dix-vingt ans en arrière, contre quatre qui reçoivent en consultations aujourd’hui, alors qu’il y a plus d’habitants qu’avant », souffle celui qui tirera sa révérence à l’issue du prochain scrutin.

Si la pénurie ne touche pas cette bourgade de quelque 13 000 âmes, ces professionnels de santé ne sont pas suffisants pour répondre à la demande. C’est pourquoi la mairie a ouvert au début de ce mois de février un centre médical municipal transitoire (CMMT).

Action, réaction

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Le maire de Monteux, Christian Gros, et la docteure Marielle Lafont lors de l’inauguration du centre médical municipal transitoire © DR

La différence pour les patients avec un cabinet classique ? Aucune. Ils sont reçus par des médecins et pris en charge dans les mêmes conditions. C’est dans l’ombre que les changements se repèrent. Lors de l’ouverture du lieu d’abord, puisque c’est la Ville qui a acquis le local, l’a aménagé et équipé de tout le matériel nécessaire. « Au quotidien, une secrétaire payée par la municipalité s’occupe de toutes les démarches administratives à la place des médecins. En résumé : on les met dans une situation confortable pour qu’ils puissent exercer leur cœur de métier », avance l’élu.

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Les consultations sont réservées aux habitants de Monteux n’ayant pas de médecin traitant – des exceptions sont toutefois possibles sur ce deuxième point. Toutes les catégories de population sont acceptées, avec une priorité donnée aux personnes de plus de 65 ans ou reconnues en ALD (affection longue durée).

♦ Lire aussi l’article « Médecins Solidaires : un remède aux déserts médicaux ? »

Des retraités à la rescousse

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Le centre médical municipal transitoire de Monteux fonctionne pour le moment avec des médecins retraités (photo d’illustration) © Pixabay

Sept généralistes assurent pour le moment les rendez-vous, sous forme de vacations. Un huitième va étoffer les rangs début mars, suivi par trois spécialistes (un cardiologue, un endocryno/diabétologue et un néphrologue). Tous présentent la particularité d’être… retraités. À l’image de la docteure Marielle Lafont, 75 ans. « On est là pour aider une population inquiète car elle n’a pas de médecin traitant, particulièrement les personnes les plus à risque », explique celle qui coiffe aussi la casquette de coordinatrice du CMMT pour la partie médicale.

Un recours à la précédente génération de forces vives destiné à amorcer le dispositif. « Si des médecins plus jeunes veulent prendre des vacations, ils sont les bienvenus », souligne le maire. Marielle Lafont est d’ailleurs persuadée qu’ils prendront à terme le relai. Deux se seraient déjà montrés intéressés. « Ce mode d’exercice leur plaît beaucoup », affirme la responsable.

Choc de générations

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Les jeunes médecins aspirent moins que les générations précédentes à s’installer en cabinet (photo d’illustration) © Pixabay

Avant d’en venir à ouvrir son CMMT, la mairie de Monteux espérait qu’un ou plusieurs médecins s’installent durablement dans la commune. Avec le soutien de l’agence de développement du territoire, Vaucluse Provence Attractivité, elle avait démarché des internes des grandes métropoles voisines, Marseille et Montpellier. En vain. « Tous ont refusé car on ne leur proposait que du libéral. Ça ne les intéresse pas, il y a un changement du rapport au travail comparé aux anciens médecins », estime Christian Gros.

Un avis partagé par Marielle Lafont, qui ne jette toutefois pas la pierre à la jeune génération. « Nous, nous étions médecins de famille, fixés dans notre cabinet pour quatre ou cinq décennies, nous ne comptions pas nos heures. Les jeunes ne font pas passer la profession avant tout le reste, ils ont besoin d’une qualité de vie et de pouvoir partir quand ils veulent », résume la coordinatrice. Pour elle, le problème n’est pas tant lié à cette vision différente de l’exercice de la médecine qu’à l’adaptation de la société à cette évolution. « Ça n’a pas été anticipé par les politiques, tous bords confondus », déplore-t-elle.

♦ Lire aussi l’article « Travail : les jeunes sont-ils vraiment si fainéants ? »

Des idées plus ou moins couronnées de succès

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D’autres communes ont lancé des initiatives pour attirer des médecins, en vain (photo d’illustration) © Pixabay

La mairie de Monteux n’est pas la seule à avoir dégagé du budget pour attirer des médecins – elle a contracté un emprunt pour son CMMT, dont le maire n’a pas indiqué le montant. Digne-les-Bains, préfecture des Alpes-de-Haute-Provence de 18 000 habitants, a aussi ouvert une maison de santé en 2017. À la différence que les professionnels exercent en libéral. La commune s’est chargée d’équiper les lieux et d’en faire la promotion. Et ça a plutôt bien marché : de 13 professionnels au départ, ils sont aujourd’hui 21, dont cinq généralistes. Tous les espaces de consultation étant désormais remplis, la Ville dit étudier la possibilité de créer un second établissement de ce type.

Toutes les communes ne sont cependant pas récompensées pour leurs efforts. À Ginasservis*, dans le Var, la mairie peine à trouver un deuxième médecin. Elle se disait pourtant prête à « casser le prix du loyer déjà très faible » au sein de sa maison médicale, d’après nos confrères d’Ici Provence. Résultat identique à Touët-sur-Var* (Alpes Maritimes). Le village reste orphelin de généraliste bien qu’ayant « remué la France entière », confiait le maire il y a quelques mois à ActuNice. Et en dépit d’une grande banderole à l’entrée de son territoire, floquée d’une phrase on ne peut plus qu’explicite : « La commune recherche son médecin généraliste ». Un appel au secours qui attend toujours preneur. Comme nombre d’autres lancés partout dans l’Hexagone. ♦

* Contactées par nos soins, ces deux municipalités n’ont pas répondu aux sollicitations de Marcelle dans les délais de publication de cet article.

 

Bonus

# Déserts médicaux, un phénomène « grandissant » en France – Des mots mêmes du gouvernement. D’où le lancement d’un « pacte de lutte » en avril 2025 par François Bayrou, alors Premier ministre. Parmi les axes identifiés : mettre en valeur « les efforts des élus locaux » ou encore réduire le temps consacré par les médecins aux formalités administratives. Plus d’infos en cliquant ici.

# De plus en plus de centres médicaux municipaux – C’est ce qu’il ressort d’un article publié en novembre dernier dans le journal Le Monde. D’après le quotidien, même des villes « de droite » ont désormais recours à la médecine publique pour remédier aux départs à la retraite des médecins et aux déserts médicaux. À lire en cliquant ici.