Solidarité

Par Nathania Cahen, le 10 juillet 2026

Journaliste

L’ancienne gare est devenue une destination inclusion

Depuis deux ans, la jolie gare de Niolon, sur la Côte Bleue connaît une nouvelle vie : elle héberge un restaurant inclusif, un gîte et des chambres d’hôtes. Nom de code : la Gare des Étoiles ! Les convives et clients se pressent, pour le pittoresque de l’endroit en surplomb de calanque et, surtout, pour l’esprit du lieu qui permet à de jeunes adultes en situation de handicap mental de travailler, interagir avec du public et se réaliser.

Il y a plusieurs moyens de gagner ce petit coin de paradis. Le plus simple est encore de prendre place à bord du train de la Côte Bleue (lire bonus) qui vous déposera pile à côté. Un court voyage dépaysant et pittoresque au possible. Beaucoup programment l’expédition jusque dans cette calanque parce que ce lieu atypique, soit les intrigue, soit fait sens et résonne avec leurs valeurs. En effet, le Train Inc Café n’est pas un établissement lambda. Ce fameux inc d’inclusion. « Il s’agit d’un tiers lieu original, une auberge-école qui permet de mettre sur les rails du travail des jeunes avec un handicap mental » décrit Katia Bergamelli. La maman de Lucie, jeune femme de 28 ans porteuse d’une Trisomie 21, est la présidente de l’association T’Cap 21 (lire bonus), à l’origine de ce projet.

♦ Gare des Étoiles pour les Français, Train Inc Café pour les touristes et clients étrangers, deux noms pour l’ancienne gare de Niolon ! Inc pour inclusion, « mais aussi parce que train inc est proche de training, qui signifie entraînement », explique Katia Bergamelli ♦

Par le train, à pied ou en voiture

Katia Bergamelli, à l’origine de ce tiers-lieu unique, et sa fille Lucie ©DR

Il y a aussi ceux qui arrivent à pied. En toutes saisons, de nombreux clients sont en effet des marcheurs qui randonnent sur le sentier des Douaniers (également appelé sentier du Littoral) depuis l’Estaque ou Méjean. Ils font là une escale impromptue ou programmée, pour prendre un rafraîchissement ou casser une croûte. Voire s’offrir un vrai déjeuner tant la cuisine vaut le détour. Auquel cas mieux vaut avoir réservé, car entre le bouche-à-oreille et les guides (notamment le guide du Marseille désirable), l’adresse a pris la lumière.

En cette chaude journée de début juillet, les cigales stridulent aux abords de la gare de Niolon. À l’intérieur, un peu de fraîcheur. Boutique à gauche (la vente des articles, dont certains réalisés lors d’ateliers inclusifs avec le créateur Nicolas Douyer, va à l’asso), guichet d’origine qui donne sur la cuisine où l’on s’affaire. Sur une banquette, deux agents de la SNCF profitent de l’ « opération citronnade », une initiative gracieuse et de saison « pour désoiffer les contrôleurs ». Au mur, un immense Dibond avec une photo incrustée de plantes stabilisées. Et bien sûr un piano, « indispensable dans une gare », s’amuse notre guide.

Clara, employée de la gare des Étoiles, avec sa maman. Derrière elles, le Dibond, et Kevin… © Marcelle

Les Tricoteuses de Marignane, une famille orléanaise, des amoureux…

Il est midi, et la terrasse protégée par de vastes toiles d’ombrage se remplit peu à peu. Premières arrivées, les Tricoteuses de Marignane, emmenées par Isa. C’est elle qui a découvert l’endroit, grâce à deux places gagnées à un loto du Rotary. « L’endroit et le concept m’ont plu, donc j’en ai parlé aux copines. Et comme ce sont des femmes très impliquées, qui tricotent pour les maternités de Marseille, l’idée les a enthousiasmées. Quand on est engagée, c’est jusqu’au bout ! ».

Les Tricoteuses de Marignane @ Marcelle

Plus loin s’est attablé un couple de trentenaires. « On connaît bien la calanque, car on n’habite pas très loin, à Gignac, raconte Élodie. Comme je me balade souvent par là , j’ai suivi le réaménagement de la gare, j’y ai mangé. J’adore l’endroit et le principe, je voulais y amener mon mari ». Et d’ajouter : « Je partage cet état d’esprit, cela me plaît. En plus, tout est très bon, j’ai déjà fait mettre de côté une tarte au chocolat ! ».

♦ (re)lire : Les mille et une reconversions des gares françaises

« Ces jeunes aiment tellement le contact »

Une famille prend place un peu plus loin. Un couple de retraités d’Orléans avec leur grand garçon porteur de trisomie 21, Clément. Ils sont dans le coin pour passer du temps avec leur fille qui travaille dans le médico-social à Marseille. C’est à l’école des cadres de santé que cette dernière a entendu parler du Train inc Café. « Nous avons évidemment une grande sensibilité au sujet depuis 36 ans, témoignent les parents. Clément a travaillé via l’IMPro mais ce n’est pas toujours concluant ni simple. Du côté d’Orléans, il n’y a pas encore d’initiatives de ce genre. C’est chouette, c’est humain. Ces jeunes aiment tellement le contact… »

Une famille d’Orléans © Marcelle

Sur l’estrade qui sert pour les représentations, un couple se tient à l’écart. Lui, motard de Martigues, explique en regardant sa compagne : « Je l’ai matchée sur Tinder hier. Et j’ai cherché où l’on pouvait se retrouver à mi-distance. J’ai découvert la particularité du lieu en arrivant. Ça me plaît bien. J’ai aussi vu passer le burger, il a l’air super bon ! »

Le burger du chef © Marcelle

De bonnes ondes, pas seulement dans le four

Ce resto pas comme les autres fait du bien à tous, pas seulement aux affamés et aux gourmandes. À commencer par les jeunes en situation de handicap qui travaillent ici, dans un milieu « ordinaire » plutôt que dans un établissement adapté type établissement d’accompagnement par le travail (ESAT) ou d’un institut médico-éducatif (IME). Cet endroit unique bénéficie aussi à leurs parents et proches, qui contribuent par tous les moyens à monter et pérenniser ce type de projet. Et ce n’est pas une sinécure d’obtenir les indispensables autorisations, signatures, budgets, aides et subventions. Mais Katia Bergamelli est opiniâtre et bien entourée.

Le chef cuistot, David Ferreres, en tire aussi un bien fou. « C’est une histoire de vie incroyable, en deux temps », témoigne celui qui fut d’abord le chef d’un resto voisin, La Pergola. Avant le Covid, avant que le confinement ne l’amène à travailler bénévolement dans un ESAT : « Je ne sais pas ne pas travailler et le désœuvrement me rendait fou. Ce public, que je ne connaissais pas, m’a touché ». Et puis il a parlé de tout ça à son kiné d’Ensuès-la-Redonne, la calanque voisine. Mais ce qu’il ignorait, c’est qu’un autre patient, le mari de Katia Bergamelli, n’en perdait pas une miette et a su établir le contact.

Le chef cuisinier David Ferreres avec son second et un stagiaire © Marcelle

David attaque sa quatrième saison, avec un salaire qui n’a rien à voir avec celui d’avant : « Un changement de vie radical ! J’ai remis l’église au centre de mon village, je revis, c’est gratifiant, humain, généreux. Il y a beaucoup d’amour ». Beaucoup d’amour dans l’équipe. Et dans sa cuisine, pour laquelle il utilise un maximum de produits cultivés sur place dans le potager en permaculture, avec l’aide de l’association Graines de Cultures. Aujourd’hui, il est même secondé par un pâtissier, Emmanuel, le roi de la fameuse tarte choco…

Dix mi-temps pour des jeunes avec un handicap mental

Ils sont dix jeunes hommes et femmes âgés de 25 à 35 ans, avec un CDI à mi-temps, tous porteurs d’une trisomie 21 ou d’un autre handicap mental. Ils touchent un salaire et cotisent au régime de protection sociale. Cela signifie qu’ils font pleinement partie de la société. C’est une différence majeure avec l’ESAT, où les travailleurs ne sont pas salariés mais perçoivent une rémunération financée en partie par l’État. À terme, ils sont censés quitter cette auberge-école pour intégrer un restaurant plus classique. Cinq salariés à plein temps complètent l’équipe et les épaulent. Sans compter les parents, en embuscade, prêts à donner un coup de main. Ce jour-là, la chaleur aidant, ils ne sont pas à fond. Surtout, c’est l’anniversaire de Clara. Sa maman est venue pour l’occasion. Son fiancé Kevin la bade. Lucie, elle, revient d’un tour en paddle avec son père.

Aux étages, des chambres d’hôte avec vue © Marcelle

Dans cette ancienne gare (380 m2 avec les étages et 500 m2 d’extérieur)) Le Train inc Café n’est pas seulement un restaurant – qui accueille volontiers séminaires et événements. On y trouve aussi de pimpantes et confortables chambres d’hôtes, dont certaines ont une vue féérique sur la Méditerranée. Et un gîte doté d’un appartement pédagogique. Jusqu’à 30 personnes peuvent y être hébergées. Vous verrez, un jour ou l’autre, vous trouverez vous aussi une bonne raison de faire escale en gare de Niolon ! ♦

* Le fonds de dotation Compagnie Fruitière qui parraine la rubrique agriculture-alimentation vous offre la lecture de cet article *

Bonus

[pour les abonnés] Le train de la Côte Bleue – Le sentier des Douaniers – T’Cap 21 – Budget de lancement et de fonctionnement – Essaimer –

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