Santé

Par Agathe Perrier, le 12 mars 2026

Journaliste

Des minibus itinérants pour palier le manque de gynécos

Le gynécobus du Département des Bouches-du-Rhône © Agathe Perrier

Le nombre de gynécologues de ville a été divisé par deux en France entre 2012 et 2025 quand la population a, elle, augmenté. Face aux délais d’attente souvent à rallonge, une majorité de Françaises renoncent à leur suivi gynécologique. Pour remédier à ce problème, le département des Bouches-du-Rhône a récemment installé un service de consultations à bord d’un bus qui sillonne les communes où cette offre de soins présente des carences. Un dispositif testé et approuvé par les habitantes voisines du Var depuis bientôt quatre ans.

Obtenir aujourd’hui un rendez-vous avec un gynécologue relève presque du parcours du combattant, surtout en dehors des grandes villes. Si l’effectif est stable en nombre depuis 2012, la baisse des gynécologues médicaux au profit des obstétriciens a réduit l’offre pour les consultations classiques (lire bonus). Conséquences : les délais d’attente et la distance géographique augmentent. Face à ces contraintes, et d’autres encore, plus d’une Française sur deux (53%) renonce à ce type de rendez-vous.

Compte tenu de l’importance du suivi gynécologique, le département des Bouches-du-Rhône en charge de la protection maternelle et infantile (PMI), a mis en place un « gynécobus », un minibus équipé comme un cabinet. « C’est un dispositif qui nous permet d’aller vers les femmes. On ne résout pas le problème des déserts médicaux, mais on apporte un support médical qu’on ne trouve plus forcément dans les petites communes », explique Agnès Amiel, conseillère départementale déléguée à la PMI. Un avis partagé par Aline Thouvenin, responsable du gynécobus du centre hospitalier intercommunal Brignoles-Le Luc, qui porte une initiative similaire dans le Var. « Le but est de remettre dans des parcours de soin des patientes qui en sont sorties. De tous les âges, car contrairement aux idées reçues, même ménopausées, il faut continuer à être suivies ».

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Comme dans un cabinet

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L’intérieur du gynécobus du Centre Hospitalier Intercommunal Brignoles-Le Luc à gauche, et celui du Département des Bouches-du-Rhône, à droite © DR et Agathe Perrier

Dans la pratique, les patientes sont accueillies individuellement à l’arrière du minibus. Une première petite salle est dédiée à la partie administrative, pour remplir ou mettre à jour le dossier médical. Puis direction la salle de consultation attenante, derrière une cloison isolée phonétiquement. Celle-ci est équipée d’un lit gynécologique et, globalement, du même matériel qu’un cabinet. « On peut effectuer un examen clinique, un frottis ou un prélèvement, une consultation de contraception… liste la docteure Laura Caireyre, qui intervient à bord du gynécobus bucco-rhodanien. Il n’y a que les suivis de grossesse que l’on n’assure pas ».

Le rendez-vous terminé, les patientes ressortent par une porte latérale, sans repasser par la salle d’attente. Et s’affichent ravies. « Ça faisait cinq ans que je n’étais pas allée chez la gynéco, depuis le départ à la retraite de la mienne », reconnaît Maguie. Habitante de Peypin, dans l’arrière-pays entre Aubagne et Aix-en-Provence, elle a profité du passage du bus pour « refaire un point ». « Je trouve que c’est très bien au niveau préventif pour des personnes comme moi qui ne consultent plus ». À l’instar de Sylvie, dont le dernier rendez-vous remonte aussi loin, les deux sexagénaires soulignent la praticité du dispositif. « C’est une excellente idée qui doit perdurer », appuie la seconde.

Des bus qui font le plein

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Le gynécobus varois a affiché un taux d’occupation de 86% en moyenne en 2025 © DR

Le petit camion floqué de rose du département des Bouches-du-Rhône sillonne les routes provençales depuis septembre 2025. Sa tournée le conduit actuellement dans dix communes, où il fait escale une journée par mois. Soit dix créneaux de 30 minutes, sur rendez-vous, à prendre auprès des mairies. « S’il reste de la place, on accepte les personnes qui viennent spontanément. Mais, dans certaines communes, on est complet jusqu’en avril ! », indique la secrétaire.

La rotation diffère pour le gynécobus varois, dont les flancs blancs sont ornés de motifs colorés. Depuis presque quatre ans – septembre 2022 exactement – il parcourt 54 communes. Il s’arrête une à deux fois par an dans de petits villages de quelques centaines d’âmes, contre une à deux fois par mois pour les plus grosses communes, telles que Le Luc, Brignoles ou Saint-Maximin. « On essaye d’être présent chaque mois sur chaque territoire, de sorte qu’une personne peut facilement avoir accès à une consultation pas trop loin de chez elle », précise Aline Thouvenin. La prise de rendez-vous se fait ici via Doctolib ou par le centre hospitalier. Son taux de remplissage s’avère plutôt élevé : 86% des créneaux proposés ont trouvé preneuse en moyenne en 2025.

♦ Lire aussi l’article « Le premier centre de consultation dédié à l’endométriose est à Marseille »

Zéro dépassement d’honoraires

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Les deux gynécobus ont vocation à continuer leur itinérance © Photo d’illustration, Pixabay

Autre avantage du gynécobus : aucun dépassement d’honoraires n’est pratiqué (bonus). Le coût de la consultation est donc totalement remboursé, par la Sécurité sociale et, pour les patientes qui en ont une, la complémentaire santé. Afin de ne laisser personne sur le carreau, le département des Bouches-du-Rhône endosse les frais pour toutes les femmes, même celles ne disposant pas de droits. « On ne refuse pas l’accès aux soins, qu’il y ait couverture ou non », souligne la conseillère départementale Agnès Amiel. Une universalité de prise en charge que le centre hospitalier intercommunal Brignoles-Le Luc aimerait aussi proposer à l’avenir.

Les deux gynécobus ont vocation à continuer leur itinérance. Celui des Bouches-du-Rhône devrait étendre son périmètre, de nombreuses communes ayant manifesté leur souhait de le voir s’arrêter chez elles. « On fera un point d’étape avant l’été, confie Agnès Amiel. On aimerait en outre équiper le bus d’un colposcope (ndlr : appareil qui permet de faire un examen du col de l’utérus et du vagin) ». Du côté du Var, le succès est confirmé après bientôt quatre ans de fonctionnement. « Les patientes qui se sont remises dans un parcours de soin grâce au dispositif reviennent ensuite pour leur suivi. Avoir une patientèle fixe n’était pas notre objectif, mais cela montre que ce qui a été mis en place est terriblement nécessaire », conclut Aline Thouvenin. ♦

 

Bonus

# Les gynécologues médicaux se raréfient – 7 811 gynécologues étaient en exercice au 1er janvier 2025, contre 7 820 en 2012, selon les statistiques du ministère de la Santé. Une stabilité des effectifs, mais pas des spécialités. Car le nombre de gynécologues dits médicaux, qui exercent en cabinet de ville, a été divisé par deux sur cette période (passant d’environ 3 700 à 1 800). La hausse des obstétriciens a compensé cette baisse, mais ces derniers étant spécialisés dans le suivi de grossesse et la chirurgie, cela réduit l’offre de consultations classiques. D’autant que la population française a augmenté sur ces douze ans. Si bien que, à nombre de gynécologues égal, il y en a moins aujourd’hui pour soigner les Françaises.

# Sept gynécologues sur dix pratiquent des dépassements d’honoraires – D’après une étude de l’association UFC-Que choisir. Le tarif moyen d’une consultation chez le gynécologue s’élèverait à 50,60 euros dans l’Hexagone. La base du remboursement est fixée à 35 euros par l’Assurance maladie, dont 11,90 euros remboursés par la Sécurité sociale. Le reste l’est par la complémentaire santé, pour les personnes qui en ont une. C’est sinon à la patiente d’en assumer le coût, auquel s’ajoute le montant non couvert. Soit un reste à charge entre 15,60 euros et 38,70 euros pour une consultation au tarif moyen. Et donc bien plus encore lorsque le prix pratiqué est plus élevé.