ÉducationSociété

Par Nathania Cahen, le 26 octobre 2026

Journaliste

« C’est l’Histoire qui alerte le présent »

Depuis le mois de juillet, Claude Kupfer a succédé à Alain Chouraqui à la présidence de la Fondation du site mémoriel Camp des Milles. Aménagé en septembre 1939 au sein d’une tuilerie voisine d’Aix-en-Provence, le Camp des Milles a vu passer plus de 10 000 internés originaires de 38 pays d’Europe. Dont 2 000 hommes, femmes et enfants juifs qui seront déportés à Auschwitz. Ouvert au public en 2012, le site-mémorial a déjà accueilli plus d’un million de visiteurs. Claude Kupfer nous confie ses premières impressions et ses projets.

Claude Kupfer, président de la Fondation du site mémoriel Camp des Milles © Camp des Milles

De quelle manière souhaitez-vous vous présenter ?

Je suis un enfant de la République. Je veux dire par là que, à la fois pour mon histoire familiale, mes parents et moi-même, j’ai été construit et éduqué dans les écoles de la République. Et tout mon parcours s’est inscrit justement dans la fidélité à ces valeurs, jusqu’à devenir un serviteur de l’État et de la République. J’y ai exercé plusieurs fonctions, notamment celle de préfet. J’ai aussi été directeur général de l’Œuvre de secours aux enfants, l’OSE, une association ancienne dans le domaine de la protection de l’enfance, du handicap, des personnes âgées. C’était là une autre façon de perpétuer cet engagement.

Le service aux autres est un fil conducteur qui m’a animé tout au long de ma vie professionnelle. Je le retrouve ici – en droite ligne, en écho, en prolongement – dans les fonctions qui sont aujourd’hui les miennes à la tête de la Fondation du Camp des Milles – Mémoire et Éducation.

Dans quelles circonstances avez-vous été amené à prendre ces fonctions ?

Presque par hasard. Originaire du Vaucluse, je suis né à Carpentras, j’ai fait mes études à Aix-en-Provence. Puis ma carrière professionnelle m’a conduit à parcourir la France un peu partout, de haut en bas et de droite à gauche. Voilà environ deux ans, j’ai été mis en contact avec Alain Chouraqui, après avoir quitté l’OSE, donc après avoir cessé mon activité professionnelle.

Par ailleurs, vous parliez de mon histoire personnelle. J’ai effectivement un lien, un lien particulier, intime, avec ces lieux. La première fois que j’ai visité le Site-mémorial, on m’a conduit jusqu’à la stèle où sont gravés les noms des enfants qui ont été internés puis déportés vers Auschwitz et j’y ai découvert le nom d’Hélène Kupfer. Ma sœur âgée de deux ans serait donc passée par ici avant d’être ensuite déportée, puis assassinée à Auschwitz. Je l’ignorais parce que, dans ma famille comme dans beaucoup d’autres, on ne parlait pas de cette période.

Étage réservé aux femmes et aux enfants © Camp des Milles

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