Le Kiosque Paysan optimise la logistique des circuits courts, bio et locaux
Comment faciliter l’achat de produits locaux et bio par les restaurants et commerces de Nantes et ses alentours ? L’association Le Kiosque Paysan a justement été créée afin de répondre à cette problématique. Grâce à sa plateforme d’achat en ligne et à ses livraisons mutualisées, elle permet à des fermes locales biologiques de mieux vivre de leur activité, tout en réduisant les émissions de CO2 liées au transport de marchandises. Une formule innovante qui vient récemment d’être récompensée par deux prix de l’Économie Sociale et Solidaire.
Pas très modernes et un peu froids. Les locaux de l’association Le Kiosque Paysan, situés dans ce qui fut le marché d’intérêt national (MIN) de Nantes, font sourire son directeur, Charles Lesage. « Ça a du sens finalement pour nous d’être ici, même si c’est un peu ironique d’être dans l’ancien antre du commerce de gros, explique-t-il. Nous sommes aux portes du centre-ville, le stockage et le chargement des marchandises y sont simples. Donc en fait c’est très pratique ! ». Ces locaux, proposés par la Samoa (société publique en charge de l’aménagement du quartier de l’île de Nantes, NDLR) regroupent les bureaux des quatre employés de l’association, une chambre froide, du stockage et un parking pour les camions de livraison. Car le Kiosque Paysan fonctionne comme un grossiste en alimentaire et en connaît donc les contraintes, quelques particularités en plus.
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« Nous travaillons avec 70 fermes biologiques situées dans un périmètre de 100 kilomètres autour de Nantes. Nous proposons leurs produits aux restaurants et commerces nantais via une plateforme en ligne. Ils passent commande, puis nous organisons des tournées pour récupérer les produits et les livrons ensuite, détaille Charles Lesage. Notre but est vraiment de participer au développement des circuits courts biologiques ».

Lever les freins liés à la logistique
L’association a été créée en 2019 par des groupes de paysans, commerçants et restaurateurs dont les problématiques de logistique fortes se révélaient être un frein au développement des circuits courts. « Nous faisons plutôt de la « micro logistique, détaille Charles Lesage. Certes, on prend des commandes, on livre, on édite des bons de commande, on facture. Mais on consigne également en rapportant les contenants. Et notre activité est adaptée à la taille des fermes, des restaurants et commerces avec lesquels on travaille : ils commandent très souvent, mais pas dans de grandes quantités. »
Actuellement, une des employées collecte les denrées commandées par semaine par zone du département lors de jours déterminés (vignoble le mardi, Nantes et agglomération le jeudi…). Elle les livre ensuite aux quelque 300 clients. Par ailleurs, deux fois par semaine, deux à quatre vélos cargos de l’entreprise Green Course passent également par les locaux du Kiosque Paysan pour livrer les entreprises du centre-ville de Nantes. Une solution qui répond à la problématique dite du « dernier kilomètre ».

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Un fort impact des tournées sur le CO2
Les tournées de ramassage et de livraison des produits sont l’un des points forts du projet du Kiosque Paysan. « Nous faisons des calculs depuis trois ans, raconte Charles Lesage. En 2025, la mutualisation des transports a permis une économie de 4 200 km par semaine comparé à un fonctionnement classique, quand les producteurs livrent. Soit 5,3 tours de la terre ! » Ce sont ainsi 135 tonnes de produits bio qui ont été transportées par l’association, soit 54 tonnes de CO2 évités en 2025. « Cette mutualisation fait également gagner beaucoup de temps aux fermes. C’est onéreux, pas si simple à organiser, mais l’impact sur le CO2 est là. Et c’est un vrai soutien aux paysans. » Des camions entiers de cagettes sont par ailleurs ramenés aux producteurs, qui peuvent les réutiliser jusqu’à dix fois.
Répondre à une réalité économique
Si le démarrage de l’association en 2019 a été laborieux, son activité connaît désormais une belle croissance. « Le lancement a été long car il a fallu démarcher clients et producteurs. C’était un pari, mais c’était en même temps assez excitant », relate Charles Lesage. Le Covid a également ralenti le lancement de l’activité. « On a commencé modestement et prudemment avec une vingtaine de producteurs et quelques clients. Les tournées étaient un peu catastrophiques, car on roulait jusqu’à 100 kilomètres avec peu de produits. Mais il fallait commencer ! On a donc expérimenté puis optimisé ». L’activité a réellement pris en 2022. Les résultats sont désormais bons : le Kiosque Paysan peut s’enorgueillir d’un chiffre d’affaires multiplié par deux en 2023 et 2024, puis de + 30% en 2025.
Signe du succès, des producteurs les démarchent désormais régulièrement afin d’être référencés sur leur plateforme. « Notre comité de sélection regarde plusieurs critères : si l’offre est bien biologique, à la distance requise, et si elle ne risque pas de mettre en difficulté d’autres fermes ayant une offre identique. Il faut que ça vaille le coup pour tout le monde. On répond aussi à une réalité économique ».
Du bio en drive et dans les collèges

En dehors des commerces nantais, sept associations d’aide alimentaire locales se fournissent chez Le Kiosque Paysan. « En général, elles commandent des produits de base. C’est important pour elles de proposer du bio aux bénéficiaires. Il y a une notion de dignité dans l’alimentation, et une alimentation de qualité est aussi un gage de santé », relate Charles Lesage.
Du fait de son engagement en faveur des paysans locaux, et grâce à son positionnement innovant, Le Kiosque Paysan a récemment reçu deux prix en matière d’Économie Sociale et Solidaire*. Des récompenses encourageantes, qui soutiennent moralement la jeune équipe et l’incitent à développer d’autres projets. « Nous souhaitons ouvrir deux « drives » paysans pour les particuliers à Nantes d’ici peu. Et nous allons également travailler sur le développement du bio dans les collèges, liste Charles Lesage. C’est vraiment très important, car nous pensons que l’accès à l’alimentation biologique pour tous doit être une priorité. C’est l’un des outils dont nous disposons pour nous adapter dans le futur aux changements à venir. » ♦
*En 2025, l’association a reçu le prix de l’inspiration en ESS du Crédit Coopératif et le prix ESS du CRESS des Pays de la Loire.