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À Avignon, les cités vont piano
Sur scène lors de la soirée anniversaire de Marcelle, deux jeunes Avignonnais au piano avaient enchanté le public. Ils ont fait leurs gammes grâce à « La portée de tous », une association qui donne des cours dans les faubourgs populaires de la Cité des Papes.

Plus d’une centaine d’élèves

« La portée de tous » a amené au piano, et plus largement à la musique, plus de 100 enfants à ce jour, des filles en grande majorité. « Sans publicité, juste le bouche à oreille, c’est incroyable », sourit Vincent Truel avant de déplorer ne pouvoir accueillir tous les aspirants pianistes : « une trentaine sur liste d’attente à La Croix des Oiseaux ». Sur l’effectif, au moins deux élèves parviennent chaque année à intégrer le Conservatoire d’Avignon. « Une dizaine sont à même de postuler cette année, note l’enseignant. Je prévois d’organiser un stage intensif pendant les vacances d’hiver ».
S’il se sent parfois seul, s’il aimerait être davantage soutenu, Vincent Truel ne regrette rien : « Je me sens à ma place ici. J’ai grandi dans un HLM de la Rocade et j’étais le seul à aller au conservatoire. J’ai le sentiment que ce que je fais est nécessaire et me plaît. J’aime l’idée de transmettre, de les éveiller à un art. Et si je ne le fais pas, qui le fera ? Aller au conservatoire est très compliqué, c’est en ville dans les remparts, inaccessible en voiture ».
Les cours ne sont pas gratuits, mais corrélés au coefficient familial, soit une facture oscillant entre 60 et 160 euros pour l’année. Le reste est financé par le Conservatoire d’Avignon et les centres sociaux. Le problème qui se pose ensuite est celui d’un instrument pour s’entraîner. L’association compte une dizaine de synthétiseurs qu’elle répartit entre les nouveaux élèves. Les familles finissent souvent par acheter un piano numérique, « c’est mieux que rien, ça ne fait pas trop de bruit ce qui est un avantage quand on vit en HLM ». Et pour les élèves plus doués mais dont les parents manquent de moyens, ce peut être le prêt d’un piano grâce aux Passeurs de piano, qui en ont déjà placé six (relire notre article sur cette association).
Un prof de piano atypique
Rien ne prédestinait Vincent Truel à devenir pianiste. Des cours pendant l’enfance – « traditionnels et un peu traumatisants » mais restés sans suite – puis plus tard, plus grand, des créations comme beat maker et DJ. Il revient pourtant au piano à 24 ans et suit d’abord une formation professionnelle plutôt orientée musiques actuelles. Qui va se prolonger de façon beaucoup plus classique au Conservatoire de Miramas puis d’Avignon où il obtient son DEM, Diplôme d’études musicales. En 2006, un ami lui propose la place de prof de piano qu’il laisse au centre social de Montfavet. S’ensuivront des années d’itinérance avec des postes dans des villages, des remplacements au gré de congés maternité : une formation tout terrain ! En 2015, il a 35 ans et « comme un ado », repasse sa médaille d’or au Conservatoire d’Avignon pour valider ses diplômes. « Il n’y a pas d’âge pour le piano. Du moment que les doigts, la tête et le cœur fonctionnent… » ♦
Bonus
- Les projets de La portée de tous : Aller chercher les enfants plus en difficulté car bien souvent ce sont des enfants qui marchent plutôt bien à l’école qui sont inscrits. Des enfants « à qui cela ferait du bien quand la vie est difficile car la musique a un langage universel qui peut remplacer les mots, apaiser ».
Vincent Truel vient de sortir son premier CD solo. Des créations personnelles regroupées sous le titre « Indicible Inné » qu’il est possible commander sur son site (15 euros) ou à télécharger sur Spotify ou Deezer.
- La portée de tous participera au spectacle Racine(s) qui aura lieu le 18 avril à 20h à l’auditorium du Château de Fargues, au Pontet, avec l’association les Arts au coin de ma rue.