Solidarité

Par Nathania Cahen, le 14 juin 2024

Journaliste

Pauline Deluca, responsable de La Cloche Sud

Pauline Deluca, en jaune, avec l'équipe de La Cloche Sud ©DR
[Héroïne Du Quotidien] Le social, Pauline Deluca est tombée dedans pendant ses études, auxquelles a succédé un service civique au sein de La Cloche. Cette association nationale lutte contre la grande exclusion en créant du lien entre les gens de la rue et les citoyens, notamment ceux qui tiennent des commerces.
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La Cloche s’est implantée à Marseille en 2017. Sept ans plus tard, le bilan est plus que positif avec quelque 120 commerçants solidaires affichant dans leur vitrine ce sticker bien reconnaissable orné d’un carillon bleu et accompagné d’une ou plusieurs petites icônes. Un petit signe discret qui s’adresse aux gens de la rue et signifie, entrez, j’ai quelque chose pour vous. Quelque chose ?

Pauline Deluca, responsable de La Cloche SudDes WC accessibles, une prise pour recharger votre téléphone, un café, de l’eau pour le chien, un sandwich suspendu, du wifi, un endroit pour stocker un bagage… Accéder à des toilettes et recharger son téléphone restent les requêtes de base. Le dernier établissement qui a rejoint le réseau Carillon est la Grande Librairie Internationale, à Belsunce (1er).

Repas suspendus mais aussi places de théâtre et coupes de cheveux

« Les produits suspendus se sont également multipliés, nous sommes montés à 4500 en 2023 », se félicite Pauline Deluca. Outre les cafés, les plats à réchauffer, les viennoiseries, désormais ce sont aussi des places de théâtre (Théâtre de l’Œuvre et Joliette) ou des coupes de cheveux. Une générosité précieuse, alimentée par les commerçants eux-mêmes, ou leurs clients.

À la tête de La Cloche Sud depuis un an, Pauline Deluca vient d’une famille « de juristes plutôt ». D’abord intéressée par la magistrature, elle intègre l’IEP d’Aix. Puis, comme le Droit de la famille ne la passionne pas, elle opte finalement pour un master RSE (responsabilité sociale de l’entreprise), assorti d’un stage dans une banque. Les horaires sont tranquilles, alors l’étudiante en profite pour donner de son temps à des associations – Restos du Cœur, Secours Populaire, Catholique… « Et je réalise que j’apprécie ces moments-là bien plus que le reste », rembobine Pauline Deluca. Pour en avoir le cœur net, elle décide d’effectuer un service civique et atterrit à… l’antenne parisienne de La Cloche.

L’association la convainc par ses valeurs et l’importance de l’action sur le terrain. « Aussi et surtout parce que les personnes concernées, à savoir les gens à la rue, sont impliquées, parties prenantes des projets », souligne Pauline Deluca. Elle explique : « À Marseille, ce sont elles et eux qui ont participé au montage de la chorale, puis de la radio. Tous se montrent toujours très actifs lors des événements organisés avec et pour eux ». Du reste, dans le conseil d’administration de La Cloche Marseille siègent deux anciens de la rue.

“Pour moi, l’associatif était un truc de bénévoles”
Pauline Deluca, responsable de La Cloche Sud 2
Pauline Deluca, responsable de La Cloche Sud ©DR

Travailler dans une association, l’étudiante de Sciences-Po ne l’imaginait pas à l’époque. « Pour moi, l’associatif était un truc de bénévoles. Puis j’ai découvert le salariat. Depuis je fais mes armes, je parfais mes connaissances et mes compétences ». Après La Cloche que fera-t-elle ? La suite n’est pas à l’ordre du jour, la jeune femme confie qu’elle pourrait envisager, plus tard, de créer sa propre association, intergénérationnelle et interculturelle.

Déjà, l’actu l’appelle. Car samedi 22 juin, la grande tribu de la Cloche Marseille fêtera les 7 ans de l’antenne marseillaise. Les réjouissances – kermesse inclusive, moments conviviaux, fanfare et animations – se tiendront au Directoire, un bistrot écoresponsable du quartier Castellane. Et puis la chorale « Tous&Go » a été sélectionnée pour participer au festival C’est pas du Luxe, fin septembre à Avignon. « Donc il nous faut trouver comment financer le voyage et l’hébergement des douze choristes participants, note Pauline Deluca. Nous cherchons un maximum de prestations payantes d’ici là ! ». Si vous êtes intéressé, vous pouvez la contacter au 07 69 89 85 63.

Aujourd’hui, l’association maille parfaitement le centre et le sud de Marseille. Elle va désormais se déployer dans le 3e arrondissement, entre la Belle de Mai et Saint-Mauront, où des commerçants engagés se sont manifestés. Et le nord ? « On s’interroge, répond la cheffe de pont, mais beaucoup d’associations œuvrent déjà sur ce territoire ». Dans la cité phocéenne, environ 150 000 personnes pourraient être potentiellement intéressées par les actions de La Cloche, mais un tiers y recourt actuellement. ♦

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La chorale « Tous&Go » a été sélectionnée pour participer au festival C’est pas du Luxe, fin septembre à Avignon ©DR
Bonus

Ce que peut un commerce carillonneur, comme le café-restaurant Le Pointu, qui a récemment rejoint le réseau marseillais. Voici les services qu’il propose :

-Prendre un verre d’eau ou remplir une bouteille d’eau

-Utiliser les toilettes

-Appeler les urgences

-Recharger un téléphone

-Accéder au Wifi

-Discuter

-Utiliser un micro-ondes

-Avoir un morceau de pain

-Échanger de la monnaie

-Accéder à des soins de premier secours