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Par Olivier Martocq, le 8 juin 2026

Journaliste

Quand la République met à l’honneur sa jeunesse

La Société des membres de la Légion d’honneur distingue chaque année des jeunes des parcours juniors témoignant d’un engagement, d’une persévérance ou d’un sens de l’initiative remarquables. Forte de 570 comités locaux, l’association mène chaque année des actions au bénéfice de plus de 30 000 jeunes partout en France. Temps fort de l’année le « prix de la jeunesse à l’honneur » permet de récompenser des lycéens, des apprentis, des étudiants. Ces cérémonies très officielles rappellent que la République permet à chacun de trouver sa place dans la société.

Le 28 mai, dans les salons d’honneur du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône, l’émotion était palpable. Devant leurs familles, enseignants, formateurs et encadrants, cinquante jeunes issus de neuf établissements du département ont reçu une médaille, un diplôme et un cadeau remis par la Société des membres de la Légion d’honneur des Bouches-du-Rhône (SMLH13). Parmi eux, des élèves, des apprentis, des cadets des marins-pompiers, des jeunes engagés dans le monde associatif ou de futurs professionnels de la mode, du commerce ou de la sécurité. Tous ont en commun d’avoir fait preuve d’engagement citoyen.

Cinquante jeunes ont reçu une médaille, un diplôme et un cadeau remis par la SMLH13. Parmi eux, des cadets des marins-pompiers entourent Jean-Claude Baffie © Stark Studios

Valoriser des parcours

© Stark Studios

Créée en 1921, la SMLH rassemble les décorés de la plus haute distinction française. Au-delà du devoir de mémoire, cette association mène de nombreuses actions en faveur des nouvelles générations. Pour Jean-Claude Baffie, son président départemental, « l’objectif est d’offrir à la jeunesse, potentiellement ou réellement en difficulté, un moyen de se distinguer positivement. De redonner un sens à son existence, de trouver sa place dans la société et d’aborder la citoyenneté et le monde du travail dans de meilleures conditions. » C’est également mettre en lumière les structures éducatives, sportives ou associatives qui accompagnent ces jeunes au quotidien.

Parrain de cette promotion, le chef d’entreprise David Souid a rappelé la signification de cette distinction : « Nous ne récompensons ni la chance ni les circonstances, mais le mérite. Le mérite n’a ni origine sociale, ni quartier, ni frontière. » Il a également rendu hommage aux familles et aux éducateurs qui contribuent à chaque réussite. Pour Sami Chlagou, entrepreneur marseillais à la tête de studios de production de jeux vidéo et membre du jury, cette reconnaissance peut changer un destin. « Mettre la jeunesse à l’honneur, ce n’est pas simplement remettre un prix. C’est parfois déclencher un déclic. Être reconnu peut renforcer la confiance en soi, ce qui peut être déterminant pour leur avenir. » Un message qui a trouvé un écho particulier auprès des lauréats.

David Souid et Sami Chlagou félicitent les jeunes lauréats © Stark Studios

Une capacité à rebondir

À quelques mètres de la tribune, Tamara Charvin porte sa médaille avec émotion. Pourtant, rien ne la prédestinait à se retrouver ici. Elle a quitté le système scolaire avant de rejoindre la FASK Academy, une école spécialisée dans le textile et la confection. « J’ai fait un burn-out. J’ai arrêté complètement d’aller au lycée. Puis une amie m’a parlé de cette école. Cela fait trois ans que j’y suis. » Aujourd’hui, elle participe à la fabrication de commandes pour des créateurs et des marques.

Pour la jeune femme, cette distinction récompense un chemin parcouru. « Beaucoup d’acharnement, beaucoup de travail et surtout croire en soi. » Lorsque son établissement lui annonce qu’elle a été sélectionnée, la surprise est totale : « Je ne m’y attendais pas du tout. Ça représente beaucoup d’honneur et beaucoup de fierté. Ma maman est fière, ma famille est fière, ma grand-mère aussi. Ils croient désormais en moi et en mon avenir ».

Tamara Charvin entourée des autres élèves de la FASK Academy © Stark Studios

Faire de sa passion un projet solidaire

Autre lauréat, Samy Daaci est étudiant en école de commerce, à Kedge. Passionné de football, il a créé l’association Ballorizon, qui organise des tournois dont les bénéfices sont reversés à l’UNICEF. Depuis son lancement, près de 5 000 euros ont déjà été récoltés pour soutenir les enfants touchés par les conflits et les catastrophes humanitaires. « Je me suis dit que je pouvais rendre cette passion du foot utile. »

Pour lui, recevoir cette distinction change aussi le regard porté sur ses ambitions : « On se dit souvent que ce type de reconnaissance est réservé aux héros, aux pompiers, aux militaires ou aux médecins. Puis on reçoit cette médaille et on comprend que ce plafond de verre n’existe peut-être pas. » Son rêve désormais : remplir, un jour, le Stade Vélodrome au profit de l’UNICEF.

♦ (re)lire : Une école des porte-drapeaux et passeurs de mémoire

Cadets des marins-pompiers : apprendre l’engagement

Parmi les jeunes distingués figurent également plusieurs cadets des marins-pompiers de Marseille. Kadi Abdelkader fait partie des premiers élèves de son collège à les avoir rejoints. Un engagement qui a inspiré d’autres jeunes autour de lui. « J’étais un jeune qui était feignant. J’ai vu cette opportunité, je me suis lancé et j’ai réussi. Grâce à notre expérience, d’autres se sont inscrits. Ça a servi d’exemple. »

Pour le capitaine Laurent Girard, qui encadre le programme, les cadets permettent avant tout de transmettre des valeurs, « les notions de groupe et d’entraide surtout ». Chaque promotion compte une cinquantaine de jeunes. Au fil des années, un véritable réseau s’est constitué autour de ces anciens cadets qui continuent souvent à s’engager bénévolement quand ils n’intègrent pas le bataillon.

Reconnaissance des élus de la République

Présente à cette cérémonie officielle, Martine Vassal, présidente du Conseil Départemental des Bouches-du-Rhône, a rappelé que derrière chaque médaille se cachent souvent des combats invisibles. « Il y a eu des doutes surmontés, des renoncements refusés. Je ne vois pas seulement des jeunes méritants. Je vois des avenirs qui s’écrivent. »

Pour Olivia Fortin, maire Printemps Marseillais du 4e secteur de Marseille et vice-présidente de la Métropole en charge de l’emploi, de l’insertion et de l’économie sociale et solidaire, cette distinction rappelle que les efforts finissent toujours par être reconnus. « Une telle reconnaissance est un message d’espoir : la République sait voir, encourager et valoriser celles et ceux qui s’engagent malgré les difficultés. Qui font acte de persévérance et d’un engagement remarquable ».

Olivia Fortin, maire des 6e et 8e arr. avec les jeunes de l’EPIDE © Stark Studios

Enfin, pour Romain Simmarano, conseiller municipal et président d’Une Génération Marseille (les Républicains), cette cérémonie a même quelque chose de « révolutionnaire ». « Nous ne prenons jamais assez le temps de mettre en lumière cette jeunesse qui agit, sert et s’engage pour les autres. À travers ces parcours, c’est l’avenir de notre société q ui se dessine. Et sur cette base doit se construire Marseille. »

Au-delà du protocole, des récompenses, le message porté par cette soirée était de montrer à des jeunes parfois confrontés à des difficultés de vie ou des accidents de parcours que leurs efforts comptent, qu’ils sont vus et qu’ils ont toute leur place dans la société. Si une médaille n’efface pas les obstacles, elle peut parfois donner l’envie de batailler pour les franchir. ♦