EnvironnementSociété
Gérer nos déchets sans nuire à l’environnement !
En France, chaque habitant produit en moyenne environ 500 kg de déchets par an. Un chiffre qui interroge : qu’en faire et comment limiter son impact sur l’environnement ? Une science peu connue, la rudologie, s’intéresse à la question : elle analyse nos poubelles pour comprendre l’origine de leurs contenus et imaginer des solutions concrètes.
Gérer nos déchets fait partie de cette catégorie de tâches ingrates, mais ayant une grande incidence sur l’économie et l’écologie. Pas glamour mais nécessaire. Soulever le couvercle de nos poubelles pour les étudier permet de dresser une cartographie intime de nos habitudes, qui n’enlève rien au défi de trouver des solutions pour leur destruction ou leur revalorisation. C’est ce que cherche à résoudre la rudologie, discipline encore peu connue du grand public, mais oh combien utile à la société.
Une science née dans nos poubelles

Apparue en France dans les années 1970, la rudologie repose donc sur cette idée que les déchets constituent un document social important. Cette science s’applique à « analyser leur production, puis trouver ensuite des solutions techniques : comment les traiter ou les valoriser, explique Arian Kaltani. Le professeur associé et responsable du Master Gestion, traitement et valorisation des déchets à l’Engees (École nationale du génie de l’eau et de l’environnement) de Strasbourg précise : « En fonction du déchet, il sera redirigé vers une filière de production, d’incinération, de valorisation de matière ou de stockage. »
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Derrière cette discipline se cache une approche transversale, à la croisée des sciences sociales, de l’ingénierie et de l’écologie. Une manière de penser le déchet comme « un élément central d’un système à comprendre dans son ensemble. »
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Des paysages « détritiques »

Nos poubelles ne se limitent pas aux bacs de nos cuisines, aux containers de nos rues ou aux centres de tri. Bien au-delà, elles impactent la pollution des sols, de l’air et de l’eau. Plastiques, déchets électroniques ou industriels, textiles jetés… tous finissent par se disperser. Et si ce n’est pas dans la nature, tant mieux !
Sur France Inter le 1er février 2024, l’émission La terre au carré avait pour thème Cachez ces déchets que je ne saurais voir. Invitée, la professeure d’urbanisme à l’Université Paris Panthéon Sorbonne Sabine Barles décrit cette prise de conscience : une fois qu’on commence à observer les déchets, la lecture du paysage devient « détritique. » « On voit à quel point le paysage […] est marqué par l’omniprésence des déchets. […] Finalement, on se rend compte de cette dispersion permanente des déchets, de ces matières dans l’environnement. »
Derrière la banalité de nos gestes quotidiens se cache donc un enjeu écologique majeur auquel la rudologie s’attelle : comprendre la nature d’un déchet et sa circulation pour mieux en limiter ses effets.
Recycler ne suffit pas, il faut réduire

Mais les spécialistes sont lucides. « Le vrai enjeu, c’est la prévention », insiste Arian Kaltani. « Réduire la production de déchets à l’origine est bien plus efficace pour protéger l’environnement que d’espérer tout recycler ensuite », complète Arthur Chargueraud, étudiant en spécialité rudologie d’Engees. Réduire les emballages à usage unique, encourager le compostage et le tri sélectif, concevoir des objets durables ou réparables, de nombreux leviers sont à activer.
Reste qu’une grande partie des déchets existe déjà. La question à laquelle les rudologues tentent donc de répondre est plus concrète : qu’en faire ? Le recyclage apparaît souvent comme la solution évidente. Il permet de réintroduire certains matériaux dans le circuit de production et d’économiser des ressources. Mais il a ses limites car tous les déchets ne sont pas recyclables – notamment les objets composites ou mal triés.
C’est pourquoi la rudologie ne mise pas tout sur cette seule filière. Elle cherche à diversifier les réponses : valorisation énergétique, transformation des biodéchets en biogaz ou stockage lorsque aucune autre option n’est possible.
Diverses innovations pour repenser le traitement

Cet état de fait appelle de nouvelles approches émergent. Certaines entreprises explorent des solutions innovantes, à l’image de Néolithe qui développe un procédé de « fossilisation accélérée ». Une manière de transformer certains déchets en matière minérale stable, proche de la pierre, et d’éviter l’enfouissement ou l’incinération des déchets. Tout en réduisant les émissions de carbone associées à leur traitement.
Une autre piste est le réemploi. La Maison des Objets, dans la vallée de Kaysersberg (Alsace) offre une seconde vie à tout type d’objets dans une démarche économique, écologique et sociale. Une solution pour éviter la production de nouveaux déchets. « C’est aussi une façon de faire des économies sur le coût de traitement des déchets, souligne la responsable Frédérique Jacquot. Si on met moins de déchets dans les bennes, il y en aura moins à déplacer, trier, traiter et moins d’énergie à dépenser. » En 2023, le Tri Park avait enregistré une baisse de 4,4% du tonnage de déchets collectés par rapport à 2022.
Ces innovations illustrent l’un des rôles de la rudologie : accompagner la recherche de solutions techniques capables de s’adapter à la diversité de nos déchets pour en limiter leur impact environnemental.
♦ (re)lire : Des bouchons en déchets marins pour nos bouteilles de vin
Une science de terrain

« La rudologie, ce n’est pas une science qui se pratique en laboratoire, enfermés dans un bureau, insiste Arthur Chargueraud. On est obligé d’aller discuter avec tous les acteurs concernés pour trouver des solutions : élus, habitants, acteurs locaux, entreprises. » Installer un centre de tri, développer une collecte de biodéchets, implanter une nouvelle une nouvelle fosse, cela ne se fait jamais sans concertation. Car les déchets sont aussi une question sociale et politique.
Exemple en est avec l’île canadienne de Terre-Neuve. « Elle connaît une grande problématique avec les ordures ménagères, car il n’y a pas de solution pour les gérer sur place. L’enjeu est de proposer des systèmes adaptés au territoire », développe l’étudiant qui a travaillé sur le sujet.
Métier et science d’avenir, la rudologie permettra sans doute de trouver des solutions à « l’après » des déchets. « Beaucoup d’avancées ont déjà été faites, mais il y a encore du travail, continue-t-il. Prenons par exemple la filière vêtements ou les déchets de la construction : comment transformer tout ça ? On est en bout de chaîne, mais si on jette tout de manière déraisonnée, les limites planétaires seront atteintes encore plus rapidement. »
Alors que faire de nos déchets ? La solution n’est pas unique et universelle. Elle oblige à penser simultanément la réduction, le traitement, l’innovation et les usages. Les rudologues y travaillent. ♦
Bonus
# Le réseau Envie combine réinsertion professionnelle et économie circulaire en collectant et valorisant des déchets. L’association reconditionne et réutilise des équipements électriques et électroniques depuis 1984 pour limiter les déchets et promouvoir des modes de consommation plus responsables.
# Exemple strasbourgeois : Dès 2022, l’Eurométropole de Strasbourg s’est positionnée pour l’environnement avec l’adoption du Plan Climat 2030. Objectif ? Réduire de 15% la totalité des déchets ménagers et diviser par deux le contenu de la poubelle bleue d’ici 2030. En 2025, l’ensemble du territoire disposait de 1680 points de collectes (près d’une borne pour 300 habitants). Cela représente près d’une borne pour 300 habitants, à proximité de leurs domiciles. « Ça change la manière de consommer et de fonctionner des Strasbourgeois parce qu’il y a une solution simple à l’un de leurs problèmes », assure Arthur.