Société

Par Olivier Martocq, le 24 juillet 2026

Journaliste

Sans les bénévoles, plus de courses !

© msathle

La 7e édition de La ronde nocturne des ponts bleus réunira ce samedi 1 200 coureurs dans les rues de Martigues. Il aurait pu y avoir trois fois plus de participants, preuve de l’engouement que suscite la course à pied en France, mais le nombre de dossards est limité. 2025 a d’ailleurs vu les compteurs exploser selon l’Observatoire du running qui recense autour de 13 millions de concurrents pour plus de 13 000 événements. Un modèle sportif et économique qui repose entièrement sur le bénévolat.

C’est un des marqueurs de ce début de 21e siècle : courir est devenu un véritable phénomène de société. Courses urbaines, trails, semi-marathons ou marathons affichent complet. Sur les courses emblématiques comme le Marseille-Cassis, les 20 kilomètres de Paris ou la Saintélyon, les dossards s’arrachent en quelques heures. Presque partout désormais, les organisateurs sont contraints de limiter le nombre de participants afin de préserver la qualité des épreuves, la sécurité et les conditions d’accueil.

Environ 13 000 événements autour de la course à pied en 2025 © msathle

Une ville entière mobilisée

La ronde nocturne des ponts bleus n’échappe pas à cette tendance. Samedi soir, 1200 coureurs prendront le départ dans les rues de Martigues (Bouches-du-Rhône). Les inscriptions sont closes depuis plusieurs semaines alors que les demandes continuent d’affluer. « On pourrait accueillir près de 3000 personnes. Mais notre choix est de rester dans la qualité plutôt que dans la quantité », explique Fabien Mervelay, vice-président chargé de la communication du Martigues Sport Athlétisme, organisateur de l’épreuve. « Nous voulons conserver un accueil de qualité, une course labellisée, un parcours parfaitement mesuré et une vraie expérience pour les coureurs », assume-t-il.

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Cette course nocturne est devenue l’un des rendez-vous de l’été martégal. Le parcours traverse les trois quartiers historiques de la ville, longe les canaux et anime le centre-ville jusqu’en soirée. Derrière cette fête populaire se déploie une organisation impressionnante. Axes routiers fermés à la circulation, dispositifs de sécurité, ravitaillements, chronométrage, balisage… rien n’est laissé au hasard.

« Au-delà de la sécurité publique et des équipes municipales mobilisées, nous avons besoin d’environ 110 bénévoles. Ils sont présents à chaque intersection, sur les ravitaillements, à la remise des dossards ou à l’arrivée. Sans eux, on ne pourrait absolument pas organiser cette course », souligne Thierry Daurelle, le président du Martigues Sport Athlétisme, ancien ingénieur aujourd’hui retraité.

110 bénévoles présents à chaque intersection, sur les ravitaillements, à la remise des dossards ou à l’arrivée © msathle

Des centaines d’heures invisibles

« Le plus remarquable est que la majorité de ces bénévoles ne sont même pas licenciés du club. Ce sont simplement des habitants de Martigues qui donnent une soirée de leur temps pour permettre à cet événement d’exister. »  Lorsque le public voit les coureurs franchir la ligne d’arrivée, il ignore souvent tout du travail réalisé en amont. Fabien Mervelay en est l’illustration. Vice-président du club organisateur, ce technicien de maintenance dans une entreprise de production d’électricité est aussi juge-arbitre national, juge mesureur et délégué national antidopage de la Fédération française d’athlétisme.

Sur le plan sportif, une des particularités de cette course de 10 kilomètres est qu’elle est labellisée par la Fédération française d’athlétisme, donc qualifiante pour les championnats de France. Chaque parcours officiel doit ainsi être mesuré avec une précision de quelques centimètres, grâce à un compteur spécifique installé sur un vélo. Plusieurs journées de terrain, des dizaines d’heures de calculs et un volumineux dossier technique sont ensuite nécessaires pour homologuer une course. « Tout cela est réalisé bénévolement. Quand je mesure un marathon ou un 10 kilomètres, j’y consacre parfois 40 à 60 heures. Mais c’est une vraie fierté de contribuer à la qualité des compétitions. » Sans juge-arbitre, impossible d’homologuer un record, de qualifier une performance ou de garantir que la distance parcourue est bien conforme aux standards internationaux.

Sans juge-arbitre, impossible d’homologuer un record © msathle

Des fonctions stratégiques confiées à des bénévoles

Hocine Zeggane et Ana Maria Faucon au marathon de Barcelone, en 2013 © DR

Le bénévolat ne s’arrête pas à l’organisation des courses. Dans de nombreux clubs, des entraîneurs donnent plusieurs soirées par semaine pour accompagner des centaines de pratiquants. Exemple typique à la une de l’actualité ces derniers mois, Endurance Passion 13, à Marseille. Hocine Zeggane, directeur des ventes Groupes chez Havas Voyages, entraîne bénévolement un groupe de coureurs. Anna-Maria Faucon, récente détentrice du meilleur temps mondial du semi-marathon chez les féminines de plus de 80 ans, en fait partie. « Ma motivation première, c’est de transmettre. Quand je vois des coureurs progresser, battre leurs records ou simplement prendre du plaisir, c’est ma plus grande satisfaction », confesse le sportif.

Dans ce club composé à 80% de seniors (50 ans et plus – NDLR), son rôle va au-delà du simple coaching sportif classique. « Je prépare des programmes différents selon l’âge et la condition physique. Un coureur de 80 ans ne s’entraîne évidemment pas comme celui de 50 ans. L’objectif est de progresser sans se blesser », précise Hocine Zeggane. Et les résultats sont là. Les blessures sont rares et les podiums trustés, que ce soit sur route ou sur les sentiers nature.

♦ (re)lire l’article : À 80 ans, elle triomphe de toutes les épreuves

Des clubs sportifs vecteurs de lien social

Au-delà de l’organisation de compétitions, la plupart des clubs sportifs assurent une fonction sociétale. Le Martigues Sport Athlétisme, par exemple, intervient dans les écoles, les centres sociaux, les quartiers prioritaires. Il développe des actions sport-santé et accompagne des manifestations solidaires tout au long de l’année. Pour son président, sa mission dépasse largement le cadre sportif : « Le sport est un formidable vecteur de lien social. Car il favorise l’insertion, le bien-être, la prévention santé et rassemble des personnes qui ne se seraient jamais rencontrées autrement », observe Thierry Daurelle.

Samedi soir, les regards seront naturellement tournés vers les 1 200 coureurs qui franchiront la ligne d’arrivée. Les bénévoles seront remerciés. Ils auront droit le lendemain à un « festin de l’amitié ». Au-delà, et alors que la loi de 1901 qui consacre le statut des associations a fêté ces 125 ans ce mois de juillet, certains rêvent d’un statut officiel. Car le bénévole, aujourd’hui essentiel dans le fonctionnement de la société française, reste totalement invisibilisé. ♦

Le sport, un formidable vecteur de lien social © msathle

 

Bonus

# Des chiffres, issus de l’Observatoire du Running 2026. Et dévoilés à l’occasion du salon du Marathon de Paris, le 10 avril. Année record pour la pratique, marquée par un rajeunissement et une féminisation des pratiquants, ainsi que par une consommation et une professionnalisation accrues. Au-delà du nombre record de runners, deux grandes tendances se dégagent. D’une part, la pratique se rajeunit, et de l’autre, elle se féminise. Ainsi, 52% de femmes et 48% d’hommes déclarent avoir couru l’an dernier, ce qui est représentatif de la répartition de la population française.

Ainsi, 64% des répondants estiment courir au moins une fois par semaine. Le running devient un véritable outil de lien social, avec 43% d’individus qui partagent leur activité avec des semblables. Le trail continue de s’ancrer durablement, avec 40% des runners impliqués.

80% des néo-runners (ceux qui courent depuis moins de deux ans) ont moins de 35 ans et 44% ont moins de 24 ans. Par ailleurs, 63% des néo-pratiquants sont des femmes. La course à pied, longtemps surdominée par les hommes, devient plus égalitaire et plus tendance.

Le format 10 km reste la référence en termes de poids dans le marché de l’événementiel running, avec 1320 courses ayant généré un million de résultats. En 2025, le poids économique des dossards est de 132 millions d’euros en France.

D’autres tendances et détails de cette enquête ici.