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Se doucher à volonté, sans plomber sa consommation
On le sait, la quantité d’eau que nous utilisons lors d’une douche est souvent catastrophique. Parmi les solutions : la douche circulaire Ilya. Imaginée par deux ingénieurs toulousains, elle permet de réduire sa consommation (et sa facture), tout en continuant à se relaxer sous le pommeau. Une cinquantaine de clients, pour l’instant, s’en donnent à cœur joie.
Si vous avez l’habitude de prendre une douche rapide, ciblée sur les zones clés, le système Ilya ne vous concerne pas. À moins que votre parent, conjoint ou ado ne se plaise à rester des heures dans la cabine familiale. Laissant ruisseler l’eau sur sa peau. À rendre folle n’importe quelle conscience écolo. Un cas qui n’est pas isolé, puisque les Français passeraient en moyenne dix minutes sous le jet, soit une consommation d’environ 150 litres d’eau (bonus) ! Pour ces derniers et pour tous ceux qui refusent l’écologie punitive, les fondateurs d’Ilya ont imaginé une douche low-tech. Le principe est simple : vous pouvez utiliser les mêmes cinq litres, peu importe le temps passé sous la douche. Ni l’utilisateur précédent, ni le suivant ne consommera cette eau puisqu’elle est évacuée une fois le système éteint. « C’est un peu comme l’eau du bain, vous vous baignez dedans, puis vous la videz », illustre Simon Buoro rencontré dans l’atelier d’Ilya, implanté au cœur de la technopole de Toulouse, en lieu et place de l’ancien site AZF. <!–more–>
♦ 5 minutes sous la douche au lieu de 10 minutes nous feraient passer de 150 litres à 75 litres seulement, selon le C.I.eau, le centre d’information de l’eau.
Pompe et UV

En pratique, c’est presque aussi simple. Démonstration devant un prototype : « Pour commencer, on va utiliser le système en mode classique, comme une douche normale, avec l’eau qui vient du réseau. On règle le débit et la température, on se lave, on se savonne et on se rince », détaille Simon Buoro, polo bleu marine floqué du logo de la société. ‘’Ilya…’’ comme ‘’il y a tant à faire’’, ‘’il y a un nouveau monde à bâtir’’. Si on veut s’attarder sous la douche, il suffit d’appuyer sur le bouton correspondant au mode fermé, cyclique. Lequel fait remonter le piston placé dans la bonde et enclenche la pompe. L’eau est alors propulsée dans le système et traverse un module UV pour être désinfectée. « Les UV détruisent les bactéries et les virus. Par sécurité, car dans tous les cas, on en est déjà porteurs », nuance cet ingénieur en génie mécanique. Cette eau passe ensuite par un chauffe-eau pour être maintenue en température. « Et là, on va pouvoir utiliser le pommeau dédié et la douche de tête ».
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5 litres d’eau utilisée

La douche achevée, on réappuie sur le bouton. L’eau est alors drainée, « il n’y a pas d’eau stockée entre deux douches », assure Simon Buoro. Ce dispositif permet d’utiliser uniquement cinq litres d’eau. Une bagatelle par rapport aux 150 litres habituels. Une économie substantielle pour le portefeuille. « Pour une famille moyenne, c’est 75% d’économie d’eau et d’énergie », assure ce trentenaire placide. Et pour ceux qui ont en aversion la moindre saleté, il est toujours possible de terminer sa douche, avec l’autre pommeau, celui relié au réseau. « C’est un jeu de boutons, en fait », sourit le trentenaire.
Ce produit a reçu les autorisations de mise sur le marché – case baignoire balnéothérapie. Obtenu la médaille d’or et le deuxième prix au classement général du concours Lépine 2024. Certes, il est cher – 3000 euros sans la livraison, ni l’installation. Il ne comprend pas non plus le receveur et les parois de douche. Mais il est fabriqué à Toulouse, dans l’atelier Ilya. Et, assure Simon Buoro, en trois ans et demi, il est rentabilisé. Toujours pour une famille moyenne, c’est « 876 euros d’économie annuelle ».
« Si on veut que les gens aient envie de réduire leur consommation, il faut que les gestes soient désirables », Simon Buoro.
Des enjeux

Si la start-up toulousaine est née en 2019, quatre ans de recherche et développement ont ensuite été nécessaires aux fondateurs avant de commercialiser leur douche cyclique. « On a passé beaucoup de temps à lever des fonds et à concevoir un produit simple à monter, à installer. Il est durable et facilement réparable, car tout est remplaçable ». Autre difficulté : la production en petites séries : « on fabrique nos douches quasiment à l’unité, mon associé et moi. On assemble les différents composants reçus de nos fournisseurs, avant d’envoyer le produit aux clients ». Onze douches ont été livrées pour l’instant sur les cinquante précommandées en 2024. L’enjeu aujourd’hui est de lever des fonds pour augmenter la cadence », confie le président d’Ilya qui ambitionne 400 000 euros d’ici fin 2025. Une somme qui permettra également d’avoir le temps de s’occuper du reste. Réaliser, par exemple, une notice claire ou un tuto à destination des plombiers, qui peuvent avoir parfois des difficultés pour les branchements. Créer aussi un mode d’emploi pour son utilisation dans les lieux collectifs, telles les salles de sport.
Le capteur de débit

Pour faire des économies d’eau, il est déjà possible de choisir un pommeau au débit moins important ou carrément d’installer une solution qui mesure le débit. Ce que propose Ilya avec son autre produit : le capteur IlO, qui mesure et affiche la consommation d’eau. « Ça va très vite, on ne s’en rend pas compte », explique celui qui assure se contenter de trois-quatre minutes. Cet adepte des douches courtes a installé un limiteur de débit (6 litres versus 20 litres). Il a néanmoins rajouté le capteur : « Quand je vois les 15 litres approcher, je sais que c’est la fin de ma douche et qu‘il faut que je me dépêche ». Une appli installée sur son portable lui permet de suivre la consommation et les économies réalisées. Ses clients rapportent deux impacts : le choc devant le volume d’eau utilisé, puis la réduction drastique de leur consommation.
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Des gestes désirables

Vendu 99 euros, autonome en énergie, facile à installer, ce capteur médaille d’or en 2024, a été vendu à plus de 3000 exemplaires depuis l’été 2023, partout en France, moitié à des privés et moitié à des entreprises, dont des hôtels. Mais pas que : « Nous en livrons 450 ce mois-ci à des résidences étudiantes à Toulouse et 100 à des bailleurs sociaux à Montpellier. Fin de semaine dernière, c’était à Roubaix pour une association qui promeut des logements low-tech », se réjouit Simon Buoro. Cette innovation est une solution pour initier aux bons gestes, tout en s’amusant. Il est même devenu un jeu dans certaines familles, dont l’objectif est de décrocher le score le plus bas.
« Je peux y rester tout mon saoul »

Quant aux douches, « les clients sont pour l’instant satisfaits », rapporte-t-il. C’est le cas de Madame M., contactée par téléphone. Elle a connu Ilya via un article dans le journal local sur les entrepreneurs et aussitôt précommandé, à la fois pour les soutenir et pour exaucer un rêve : passer des heures sous la douche sans gaspiller d’eau. « Je ne le faisais pas, car j’avais un angelot qui me tapait sur l’épaule pour que j’éteigne au bout d’un moment ». Cette habitante de Gratentour est la première à avoir profité, en novembre 2024, de l’innovation Ilya qui a évolué depuis. Les deux associés sont en effet venus plusieurs fois effectuer des réglages : température, bonde d’évacuation, etc. « J’ai volontiers été patiente pour les encourager et parce que c’est une merveille : je peux rester tout mon saoul, l’eau est la même et toujours chaude. Le seul problème : « Il faut prévoir deux heures devant soi… » Son conjoint et son fils sont en effet aussi adeptes.♦
Bonus
# La genèse du projet. « Lorsqu’on étudiaient à l’Insa Toulouse, on était impliqué dans des associations de développement durable pour améliorer la vie sur le campus. À la sortie de l’école, on s’est demandé comment poursuivre cet engagement, avec toujours cette idée de ne pas tomber dans l’écologie punitive », rappelle Simon Buoro. Les partenaires ici
# Consommation d’eau avec la douche Ilya. 23 litres (18 litres en mode classique + 5 litres en mode cyclique), soit 76% d’économie d’eau. Consommation d’énergie : 0,75kWh, soit 70% d’économie d’énergie. Explications : même si la douche cyclique utilise de l’énergie pour la pompe et le module UV, elle consomme en moyenne 70% d’énergie en moins qu’une douche normale. Car le maintien en température consomme moins d’énergie que chauffer l’eau dans le ballon d’eau chaude.
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# L’installation d’une douche cyclique nécessite de prévoir l’arrivée de l’énergie pour brancher la douche norme NF15-100). Il faut également installer une bonde spécifique livrée avec votre douche cyclique. Il recommande donc d’installer la douche cyclique dans le cadre de travaux de construction neuve d’une salle de bain (remplacement de la douche).
# Poursuivre l’aventure avec d’autres gestes du quotidien. Les fondateurs d’Ilya ont plein d’idées en tête, notamment d’adapter le système de la douche à tous les cas d’usage, comme les camping-cars et bateaux. « Quand vous ne pouvez embarquer que 100 litres dans votre réservoir, vous êtes vite limités ».
# Concurrents d’Ilya : « Un fabricant en Suède a mis au point une douche qui recycle aussi l’eau mais de manière différente », rapporte Simon Buoro. Il loue cette bonne concurrence : « cela prouve qu’il y a de la demande ». Il évoque aussi le concurrent, celui-là Français, de son capteur : un pommeau de douche qui change de couleur à chaque palier de consommation, Hydrao. Vert jusqu’à 10L à rouge clignotant au-delà de 60L.
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# Autres solutions pour économiser l’eau : Traquez les fuites. Coupez l’eau pendant le savonnage. Installez des mousseurs sur les robinets – ils mélangent de minuscules bulles d’air dans l’eau qui coule. Ce procédé permet de réduire le débit de 30 à 50 % sans pour autant perdre en confort. Installez une douchette économe qui limite le débit d’eau tout en optimisant la pression du jet. À la clé, c’est jusqu’à 60 % d’eau économisée. (Source Agir pour la transition / Ademe)
# Les chiffres. En moyenne, une douche (rapide) consomme entre 35 et 60 litres d’eau d’après l’Ademe. Sachant qu’un pommeau classique de douche délivre 20 litres d’eau par minute environ, cela correspond à une douche d’une à trois minutes seulement. Or, une douche “normale” chez les Français est plutôt de l’ordre de 5 ou 10 minutes, ce qui revient à 100-200 litres. Calculez sa consommation annuelle avec le C.I.eau ici.