Environnement

Par Maëva Gardet-Pizzo, le 22 mars 2026

Journaliste

La Société des Eaux de Marseille dorlote la biodiversité

De plus en plus consciente de son impact sur la biodiversité, la Sem a adopté plusieurs mesures pour la préserver, et faire des ces sites des refuges pour le vivant. Notamment à Sainte-Marthe, au pied des collines qui bordent le nord de la ville @MGP

Depuis longtemps sensible aux enjeux de préservation de l’eau et de sobriété, la Société des Eaux de Marseille amplifie ses actions au service de la biodiversité. Ces dernières années, elle a notamment fait de ses ouvrages des refuges pour le vivant.

Une perruche a élu domicile dans l’un des nichoirs à mésanges installés sur le site de traitement d’eau potable à Sainte-Marthe. @MGP

Ce nichoir à mésange était de toute évidence bien trop petit pour elle. Qu’à cela tienne. La perruche à collier semble tout à son aise, profitant d’une vue imprenable sur le bassin de décantation que fréquentent ce matin quelques paisibles mouettes.

En face, des arbres, fruitiers ou non, ainsi que des espaces où les herbes folles peuvent librement s’épanouir sans craindre de débroussaillage. Là, du paillage composé de feuilles et branches coupées sur le domaine. Sur le parking : des nids d’abeille qui facilitent l’absorption des eaux de pluie dans la terre. « Et ici, on va installer une mare cette année », montre Garance Blaut, en charge des performances environnementales. On trouve aussi un lit de séchage du limon : les nutriments extraits pour servir à vivifier des sols alentours.

Nous sommes sur le site de production d’eau potable de Sainte-Marthe, au nord de Marseille. Un site métropolitain géré par la Société des Eaux de Marseille, structure privée réalisant une mission de service publique.

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Usine de production d’eau potable en quête de sobriété

Le site dispose d’un lit de séchage du limon @MGP

Ici, l’eau venue du Canal de Provence est collectée puis traitée. Décantation. Puis filtration permettant l’élimination des particules, des plus grosses aux plus petites. S’ensuit une désinfection à l’ozone, particularisme local qui vaut à l’eau de Marseille la réputation d’être insipide et inodore. Au point d’être même recommandée par les pédiatres pour l’alimentation des nouveau-nés quand dans d’autres villes on privilégie l’eau minérale.

Produire de l’eau est un métier intimement lié à l’environnement. Car il s’agit de gérer une ressource qui se raréfie sur certaines périodes sous l’effet des dérèglements climatiques. La Société des Eaux agit donc en minimisant au maximum la consommation de la ressource, ce qui peut passer par une meilleure prise en charge des fuites ou la régulation des canaux. « Cela nous permet d’économiser l’équivalent de la consommation d’une ville de 300 000 habitants chaque année », compare Caroline Morvan, directrice RSE.

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Depuis les années 1950, l’entreprise veille aussi à économiser l’énergie grâce à l’emploi de turbines qui permettent de tirer profit de l’énergie des ouvrages hydrauliques. De quoi la rendre autonome à environ 70% sur le site de Sainte-Marthe, par exemple.

Mais il est un autre sujet, profondément imbriqué avec les enjeux climatiques, qui occupe aussi la Société des Eaux de Marseille depuis quelques années : la biodiversité.

Des événements et dispositifs pour accélérer la prise de conscience

Progressivement, la Sem et ses salariés ont pris la mesure de l’imbrication entre climat, gestion de l’eau et biodiversité @MGP

« En 2014, au moment de renouveler le contrat avec la Métropole, on avait envie de mettre au cœur ce qui nous différenciait, avec tous les aspects liés à la sobriété, la préservation de ressource, la biodiversité… ». Mais ces sujets sont encore perçus de manière séparée.

2021 : Congrès mondial de la nature à Marseille. La SEM y participe. « C’est là qu’on a vraiment commencé à prendre conscience du lien entre biodiversité et climat. Surtout que notre région est un refuge important pour le vivant, puisqu’on y trouve 70% des espèces françaises », observe Caroline Morvan.

« On a compris que la nature de notre activité environnementale nous confère une responsabilité territoriale, aussi sur ce sujet ».

Et la prise de conscience se renforce en 2022, avec la participation de l’entreprise à la Convention des entreprises pour le climat. Ce programme a vocation à accompagner des entreprises vers une prise de conscience plus aiguisée des enjeux environnementaux et de leur impact, en les invitant à repenser les fondements mêmes de leur modèle économique. « Cela nous a permis de mieux embarquer l’ensemble de nos collaborateurs. On a compris que toutes les entreprises, et notamment la nôtre, dépendent du vivant. Dès lors , nos sites ont de plus en plus été pensés comme des corridors pour la biodiversité », explique Garance Blaut. Sur certains d’entre eux, des mares ont été installées, accueillant une faune et une flore de plus en plus diversifiées au fil du temps, preuves à l’appui. « Le piège photo nous a permis de constater la présence de renards, de marcassins, de divers oiseaux… »

À Sainte-Marthe, un site vitrine

Le site de Sainte-Marthe est utilisé comme vitrine des pratiques environnementales … et se heurte parfois à l’incompréhension lorsqu’il choisit de laisser des espaces en friche @MGP

Sainte-Marthe étant la vitrine, un effort pédagogique est mis en place pour les visiteurs, avec la présence de plusieurs tableaux informatifs. « Mais on continue de tailler un peu les arbres et l’herbe par endroits », reconnaît Garance Blaut. Un site trop sauvage pourrait en effet être mal compris des visiteurs. « Il y a un travail à mener contre les idées reçues ». Et celles-ci peuvent émaner des salariés, des exploitants ou même des collectivités locales. « Laisser trop faire la nature pourrait être perçu comme négligé. Sur d’autres sites, on a pu aller plus loin sur ce sujet ». Il n’empêche que le site de Sainte-Marthe a tout de même obtenu le label Espace Végétal Écologique (bonus), tout comme celui de Vallon Dol.

« Il y a une réticence au changement, constatent les deux femmes. Par exemple, sur les mares, beaucoup disent que cela va attirer les moustiques. Mais elles accueillent aussi les prédateurs des larves de moustiques, et un équilibre se met en place ».

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Mesurer, objectiver

Et pour convaincre, il faut de la science. Essentielle aussi pour comprendre les subtilités du vivant. En matière de plantation d’arbres par exemple, illustrent-elles, on pourrait avoir le réflexe de sélectionner des essences peu gourmandes en eau : pins, oliviers. « Mais ces arbres ne relarguent pas beaucoup d’eau dans l’air l’été et donc ne sont pas d’une très grande efficacité si l’idée est de constituer un îlot de fraîcheur ».

D’où la coopération de plus en plus importante avec des écologues capables d’aider la SEM à mieux répondre à ses exigences environnementales et à mesurer l’impact de ses actions. Car la biodiversité est un sujet qui s’étudie sur le long terme. Et les meilleures périodes pour réaliser des observations et inventaires ne sont pas toujours en phase avec les calendriers administratifs.

Pour ses projets, l’entreprise s’appuie notamment sur un fonds de 30 000 euros qu’elle alloue chaque année à des projets en lien avec la biodiversité. Des projets construits en interne.

Sensibiliser les salariés

Caroline Morvan et Garance Blaut @MGP

Enfin, une entreprise c’est aussi un réservoir de salariés, appartenant chacun à une famille. À la Société des Eaux de Marseille, ils sont 700 au total. Alors l’enjeu est aussi de semer des graines auprès d’eux pour amplifier l’impact.

D’où une politique de sensibilisation comprenant divers outils tels que les incontournables fresques du climat, de la biodiversité… Ainsi que la possibilité offerte aux salariés de s’adonner à du mécénat de compétences auprès d’associations œuvrant non seulement sur des sujets environnementaux (Colinéo par exemple, avec un travail autour d’une mare expérimentale, sensibilisation dans des écoles avec Synergie Family), mais aussi sociaux, notamment avec l’association Entreprendre pour toi qui lutte contre la précarité et le mal-logement.♦

 

Bonus

# Le Label EVE pour encadrer l’écologie dans les espaces verts – Créé en 2006 par Ecocert à la demande des collectivités, ce label évalue les pratiques écologiques des gestionnaires d’espaces verts selon un référentiel strict, élaboré avec un comité d’experts indépendants. Parmi les attendus : l’abandon des produits chimiques, une gestion sobre de l’eau, la préservation des sols et des actions en faveur de la biodiversité. Plus de 150 sites ont déjà obtenu cette certification en France.