Solidarité

Par Olivier Martocq, le 7 juillet 2026

Journaliste

Derrière chaque subvention de la Fondation de France, une histoire humaine

L'équipe du HSB Marseille © DR

La Fondation de France, et son réseau de fondations abritées, a soutenu en 2025 près de 13 000 projets pour un montant de 453 millions d’euros. Comment ces choix sont-ils faits ? Qui analyse les dossiers ? Sur quels critères ? Marcelle a suivi l’ensemble du parcours du projet « garage solidaire » porté par Handi Sud Basket Marseille. Une plongée dans les coulisses de la philanthropie de proximité. 

Lorsque l’on évoque la Fondation de France, on pense spontanément aux dons, aux legs ou aux grandes causes nationales. Pourtant, une partie importante de son action se construit au plus près des territoires, grâce à ses délégations régionales.

Pour la délégation Méditerranée, sept salariés et une quarantaine de bénévoles

« La Fondation de France existe depuis plus de soixante ans pour permettre aux particuliers et aux entreprises de soutenir des projets d’intérêt général dans des domaines aussi variés que la précarité, l’enfance, la culture, la santé ou encore le handicap. Aujourd’hui, les donateurs veulent agir près de chez eux et voir concrètement l’impact de leur engagement », explique Anaïs Jacoby, déléguée générale de la Fondation de France Méditerranée*.

« Notre rôle ne consiste pas seulement à distribuer de l’argent. Nous accompagnons les associations, nous les conseillons et nous cherchons à faire en sorte que les projets aient le plus d’impact possible », précise la responsable. Pour réussir ce challenge, les salariés de la Fondation de France s’appuient sur un réseau de bénévoles aux profils variés. « Ils connaissent les réalités locales. Ils rencontrent les associations, analysent les projets et apportent une expertise complémentaire à celle des équipes salariées ». Ainsi, Hélène Bovalis, bénévole habitant à Nice, et moi-même avons été chargés, au printemps dernier, du dossier « garage solidaire ».

Réparer un fauteuil, retrouver son autonomie

Handi Sud Basket Marseille appartient à l’élite handisport au niveau national. Son président, Ouahid Boustila, est un ancien international français de basket fauteuil. Il constate depuis des années le coût et la complexité des réparations des fauteuils roulants, que ce soit dans le sport de haut niveau ou la vie quotidienne. « Quand un fauteuil est usé, perd une pièce ou même à un pneu crevé, c’est toute notre vie quotidienne qui s’arrête. Les réparations coûtent cher et les délais sont souvent très longs », pointe le sportif.

Ouahid Boustila, ancien international français de basket et président du HSB Marseille ©DR

Or, en France, 650 000 personnes utilisent un fauteuil roulant. L’idée d’un garage solidaire est née de cette réalité de terrain. « Notre ambition est de créer un atelier capable d’assurer des réparations à faible coût. De former les utilisateurs aux gestes d’entretien les plus simples. De recycler du matériel. Et de mettre à disposition des fauteuils de prêt lorsque cela est nécessaire », expose Ouahid Boustila. Le projet prévoit également des ateliers d’auto-réparation, des tutoriels vidéo et des actions de sensibilisation ouvertes à l’ensemble des personnes concernées par le handicap. Il s’inscrit dans une logique d’économie circulaire et d’autonomisation des bénéficiaires.

Comment une idée devient un projet financé

Pour la Fondation de France, le dossier « garage solidaire » répondait précisément à l’esprit de l’appel à projets consacré au handicap. Un appel à projets lancé sur le territoire de la délégation Méditerranée, à la suite d’une donation fléchée. « Nous avons reçu cinquante-six candidatures sur la région. Tous les dossiers ont été lus par plusieurs personnes venant d’horizons différents afin de croiser les regards », explique Maëva Eme, chargée de mission sociale. Les bénévoles rencontrent ensuite les porteurs de projet, visitent les structures et approfondissent l’analyse.

« Ce qui nous intéresse, c’est d’aller au-delà de la demande de subvention, poursuit la jeune femme. Nous voulons comprendre ce que la philanthropie peut apporter et quelle sera sa valeur ajoutée. Les instructeurs, tous bénévoles, ne sont pas les porte-parole des associations. Leur rôle consiste à analyser les initiatives et à expliquer pourquoi elles peuvent avoir un impact social important ». À l’issue de ce travail, une présélection est réalisée. Puis il y a débat entre tous les instructeurs sur l’ensemble des dossiers avant le vote et la décision finale qui tiendra compte du montant global à distribuer et répartir. La somme allouée peut être moins importante que demandé, ou échelonnée sur plusieurs années.

♦ (re)lire : Wheeliz, la première plateforme d’autopartage pour personnes dépendantes

Le pouvoir d’agir plutôt que l’assistance

En projet, des formations à l’auto-réparation ©DR

Ce qui a convaincu les instructeurs dans le cas du garage solidaire, c’est notamment la place accordée au public concerné. Le projet est pensé, piloté et animé par des utilisateurs de fauteuils roulants, ce qui était une des conditions à remplir dans le cadre de ce programme handicap. « Les personnes en situation de handicap doivent être actrices de leurs choix. La philanthropie peut aider à faire émerger ces dynamiques et à renforcer leur pouvoir d’agir », explicite Maëva Eme. Le projet prévoit ainsi des formations à la mécanique de base, du tutorat entre usagers et des temps de partage permettant aux bénéficiaires de devenir eux-mêmes ressources pour d’autres.

De plus, le garage solidaire ne se limitera pas à un atelier fixe où les bénéficiaires pourront venir faire réparer ou entretenir leur matériel. Le projet prévoit une unité itinérante capable d’aller au cœur des quartiers. Et d’y proposer des ateliers de sensibilisation, des formations à l’auto-réparation et des actions de proximité auprès des personnes les plus éloignées des structures spécialisées.

Quentin Lefevre, étudiant en master management du sport à Luminy et alternant au sein de Handi Sud Basket Marseille, a initié et suivi la procédure. Il observe : « Ce projet participe à la structuration du club et répond à un besoin réel. Il montre aussi que le handisport peut être un moteur d’innovation sociale. Depuis les derniers Jeux olympiques, en France, les gens connaissent de mieux en mieux cette pratique sportive. Maintenant, il faut transformer cette reconnaissance en actions durables sur le terrain. »

35 000 euros financés intégralement

Le financement accordé par la Fondation de France va couvrir l’intégralité du projet. Une situation relativement rare cependant, d’autant que HSB Marseille dispose déjà d’un budget conséquent consacré à ses activités sportives et à ses équipes engagées au plus haut niveau national. Mais l’association, qui a avancé à visage découvert, a fait le choix de ne pas mobiliser ses ressources pour le projet garage solidaire. En effet, elle considère qu’il s’agit d’une mission d’intérêt général, dépassant le seul cadre du handisport.

L’aide obtenue permettra d’équiper l’atelier, d’acquérir l’outillage nécessaire, de structurer les actions de formation, de développer les supports pédagogiques et d’organiser le fonctionnement du dispositif fixe et mobile… notamment. Car demain, les bénéficiaires ne seront pas uniquement des sportifs : toute personne en situation de handicap utilisant un fauteuil roulant pourra solliciter ce nouveau service de proximité.

Le garage solidaire, un des 17 projets retenus dans le cadre du programme handicap 2026 illustre la mécanique discrète qui relie donateurs, Fondation de France et porteurs de projets. Une chaîne de confiance qui commence souvent par un dossier posé sur une table… et qui peut finir par changer le quotidien de centaines de personnes. ♦

*La Fondation de France Méditerranée est l’un des parrains de Marcelle media. D’autre part, le journaliste Olivier Martocq, auteur de cet article, signe ici un reportage « embeded » puisqu’il en a rejoint l’équipe de bénévoles en début d’année.

BONUS

[pour les abonnés] Fauteuils roulants, des chiffres et des aides – Aux origines de la Fondation de France – Le Baromètre de la philanthropie 2026 –

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# Fauteuils roulants, les chiffres. Chaque année, 150 000 fauteuils roulants sont achetés et 500 000 loués en France. Jusqu’alors, obtenir un fauteuil relevait trop souvent du parcours du combattant : financements éparpillés, démarches complexes… Les délais pouvaient atteindre jusqu’à 18 mois, matériel parfois inadapté.

# La réforme de 2025. Depuis le 1er décembre 2025, l’Assurance maladie est désormais le financeur unique de l’ensemble des fauteuils roulants à l’achat ou en location longue durée. Ainsi, tous les fauteuils roulants, manuels, électriques, modulaires, spécifiques ou sportifs sont intégralement remboursés. Cette mesure met fin aux restes à charge et simplifie profondément les démarches. En outre, elle garantit un droit réel et effectif à la mobilité pour toutes les personnes en situation de handicap ou en perte d’autonomie.

Cette réforme concrétise un engagement du Président de la République, annoncé lors de la Conférence nationale du handicap de 2023, pour faire de l’autonomie une priorité nationale. Elle s’inscrit dans la continuité du 100% santé déployé depuis 2021. Cette loi permet à tous les Français de bénéficier d’un large choix d’équipements en audiologie, optique et dentaire, intégralement pris en charge. Elle marque une avancée sociale majeure, attendue depuis des années.

♦ Lire aussi : L’arrondi en caisse fait recette

# Aux origine de la Fondation de France. Ce organisme privé indépendant reconnu d’utilité publique est né de la volonté du général de Gaulle et de son ministre de la Culture, André Malraux, de créer un outil pour mobiliser la générosité privée au service de l’intérêt général. Un pays attire alors leur attention : les États-Unis, qui comptent à l’époque 15 000 fondations, contre 250 en France. Michel Pomey, l’un des conseillers d’André Malraux, part y étudier le modèle des community foundations. À la différence des associations, elles se mobilisent sur plusieurs causes à l’échelle d’un territoire ou d’une communauté. C’est ainsi qu’est créée la Fondation de France, officialisée par décret le 9 janvier 1969.

# Baromètre de la philanthropie 2026. Le Baromètre de la philanthropie est une étude annuelle publiée par l’Observatoire Philanthropie & Société de la Fondation de France. L’étude relève 6040 fondations et fonds de dotation en activité en 2025, chiffre en progression de 3% en un an. Cette nouvelle année de croissance ne dément pas une dynamique importante depuis plus de 15 ans, avec une augmentation de 59% du nombre de fondations et de fonds de dotation. Elles étaient environ 2000 en 2010 (leur nombre a donc triplé depuis). Selon le baromètre, en 2025 le nombre total de fonds de dotation (3023) est désormais équivalent au nombre total de fondations (3017).

Selon cette même enquête, ce sont plus de 18,4 milliards d’euros qui ont été engagés pour l’intérêt général via les fondations et les fonds de dotation en 2024, un chiffre en hausse de 5,4% en un an. Leurs ressources s’élèveraient à plus de 19,8 milliards d’euros, soit une progression de 6,2% (portée notamment par les revenus financiers des fondations et fonds de dotation), et la valeur de leurs actifs à plus de 47 milliards d’euros, en progression de 5,3%. Ces chiffres montrent la forte dynamique de croissance des fondations et des fonds de dotation, et sont bien supérieurs à l’inflation sur la même période (2%). Davantage de chiffres et d’explications ici.