« Un congé menstruel accessible, protecteur et non stigmatisant » chez Solimut Mutuelle
Solimut Mutuelle de France accorde depuis mai 2025 jusqu’à 13 jours de congés rémunérés aux salariées qui, comme 15 millions de femmes, ont des règles douloureuses et ne parviennent plus à travailler correctement dans ces conditions. Une problématique qui concernerait potentiellement 65% des employées à en croire un sondage Ifop d’octobre 2022. Et un enjeu de société pour cette mutuelle très militante sur les questions liées à la santé des femmes.
En France, plus de 15 millions de femmes vivent chaque mois avec des douleurs menstruelles. Parfois tellement aiguës qu’elles en deviennent invalidantes. Une souffrance souvent tue, qui impacte leur vie professionnelle. Convaincue que la prise en compte de ces douleurs est un problème de santé publique, Solimut Mutuelle de France, dont le siège est à Marseille, milite pour une prise charge d’un congé menstruel par la Sécurité sociale. Et montre l’exemple : elle accorde depuis mai 2025 jusqu’à 13 jours de congés rémunérés aux salariées concernées.

Comment avez-vous cheminé jusqu’à la question de la santé menstruelle ?
En travaillant sur la lutte contre les inégalités en santé, nous avons très vite identifié la santé des femmes, et plus particulièrement la santé menstruelle, comme un puissant levier. Les chiffres sont particulièrement inquiétants puisqu’en France une femme sur deux déclare souffrir de douleurs menstruelles pouvant être invalidantes. Dans le même temps, 14% des salariées disent s’absenter régulièrement à cause de règles douloureuses. Nous avons aussi constaté que derrière ces chiffres, il y avait des parcours de soins vraiment très complexes. Et souvent une sous-reconnaissance de la douleur, un tabou extrêmement fort. C’est un sujet très peu pris en compte dans le monde de l’entreprise et dans la société. Un vrai sujet de justice sociale, de santé publique et d’égalité professionnelle. Et nous, en tant que mutuelle, on est à la fois un acteur de santé et un employeur.
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Cela s’inscrit donc dans une démarche engagée depuis plusieurs années ?
Oui. Nous avons commencé par porter des propositions dans le débat public. En expliquant qu’il fallait que les protections périodiques soient prises en charge par la Sécurité sociale. Puis nous avons estimé que la Sécurité sociale devait aussi financer un congé menstruel. Nous restons convaincus que l’échelon pertinent, pour un droit vraiment effectif pour tout le monde, c’est celui de la solidarité nationale. Puis nous avons voulu passer du dire au faire, pour montrer l’exemple et nous avons mis en place ce congé menstruel en interne.
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Comment êtes-vous parvenue à instaurer ce congé menstruel ?
Nous avons d’abord connu une phase durant laquelle il a fallu convaincre qu’il s’agissait d’un enjeu d’égalité réel. C’était fondamental puisque le sujet est minimisé par les femmes, et plus largement par l’ensemble de la société. Nous avons donc eu une première étape de dialogue, de présentation. Nous avons transmis un diagnostic chiffré à la gouvernance de la mutuelle et aux partenaires sociaux. Ensuite nous avons mis en place un groupe projet avec les ressources humaines, des représentants du personnel, des administrateurs. Nous avons examiné les modalités pratiques pour construire un droit qui soit véritablement accessible, protecteur et non stigmatisant.
En parallèle, on a eu toute une phase de sensibilisation, de formation des administrateurs, des partenaires sociaux et des managers avec l’association Règles élémentaires parce qu’il fallait absolument lever le tabou. Et enfin, tout ça a été débattu avec les partenaires sociaux, qui ont ensuite formalisé le dispositif et l’ont intégré dans notre cadre social.
Quel cadre avez-vous fixé pour tendre vers un droit « accessible, protecteur et non stigmatisant » ?
Nous n’avons pas instauré de carence pour ne pas décourager le recours au dispositif et on a privilégié un accès simple, avec un stock de 13 jours par an. Comme la confidentialité est centrale, le manager ne connaît pas la raison de l’absence, seules les ressources humaines, qui saisissent l’absence, savent que ce n’est pas un arrêt maladie. Enfin, nous n’exigeons pas une justification à chaque épisode, nous demandons simplement un certificat médical annuel.
Pourquoi 13 jours ?
Ça a été discuté avec les partenaires sociaux. On n’a pas forcément de points de comparaison vu que l’on est très peu d’entreprises à le faire, mais on s’est appuyé sur une proposition de loi documentée qui demandait 13 jours par an.

Y a-t-il eu des réticences, notamment chez les managers ?
Je ne veux pas être naïve sur le sujet, mais ça n’a pas été formulé ou ça n’est pas arrivé jusqu’à moi. Il y a certainement des réticences, ou il y en aura, mais pour moi elles viennent souvent de l’inconnu, de la crainte de ne pas bien réagir, d’être maladroit. Ce qui sécurise, c’est le fait d’avoir un droit clair, encadré et pas une succession d’accords informels. On se doute bien qu’il y a des freins, c’est pour cela qu’on a travaillé sur la formation, la sensibilisation. Le sujet est tellement tabou.
Déjà pour les femmes elles-mêmes. Pour moi c’est le principal frein, parce qu’elles ont intégré le fait qu’il fallait tenir, ne pas en parler pour ne pas être jugées ou stigmatisées, même si le cadre mis en place les protège.
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Combien de femmes ont fait valoir ce droit ?
Au bout de six mois, 16% des femmes ont eu recours au dispositif, avec une moyenne de 3,6 jours utilisés par chacune, ce qui est conforme aux données de santé publique. Cela montre à la fois que le besoin est réel et que l’usage reste mesuré. Il n’y a visiblement pas de recours « abusif ». Je pense vraiment que les modalités sont cohérentes, mais qu’il faut poursuivre l’information, la sensibilisation et la formation des salariées. C’est plutôt une bataille culturelle. Il ne faut jamais prendre le sujet pour acquis.
Aucune des salariées ayant pris des jours de congé menstruel n’a accepté de témoigner, même anonymement, ce qui confirme la puissance du tabou. Mais avez-vous eu des retours en interne ?
Certaines ont dit que pouvoir s’absenter facilement pour raison médicale facilitait leur qualité de vie au travail. Mais j’ai peu de retours. C’est pour cela que nous avons réalisé une évaluation qualitative, quantitative et anonyme de ce congé menstruel. Pour savoir si le dispositif est bien identifié.
Qu’est-il ressorti ?
Plus de 55% des salariés ont répondu, dont 75% de femmes, qui représentent 63% de nos effectifs. Plus de 99% des répondants disent connaître l’existence du dispositif et 96% en ont une image positive. Ils soulignent la nécessité de prendre en compte la santé des femmes, la satisfaction d’être dans une entreprise précurseure, l’importance du bien-être et de l’égalité au travail. Mais la santé menstruelle des femmes n’est qu’un volet et on pense déjà à l’étape d’après. Nous souhaitons notamment mettre en place des choses autour de la ménopause, car c’est un autre angle mort. ♦
Bonus

# Des actions extérieures de sensibilisation – Au-delà de ses salariés et de ses actions de plaidoyer auprès du grand public comme au Delta Festival, Solimut mène aussi des actions de sensibilisation auprès de ses adhérentes. La mutuelle organise régulièrement des informations sur les maladies liées à la santé menstruelle comme l’endométriose ou le syndrome des ovaires polykystiques. Elle souhaite également les alerter sur d’autres problématiques de santé minimisées. Comme la santé cardio-vasculaire, souvent abordée sous le prisme des symptômes masculins, alors qu’ils sont différents chez les femmes.
# Des protections périodiques mises à disposition – Parmi les actions de Solimut sur le long terme figurait déjà la mise en place de points de collecte et de distribution de protections hygiéniques dans 60 de ses points d’accueil et dans ses locaux. Destiné aux personnes en situation de précarité mensuelle, ce dispositif a été conçu avec des associations dont Règles élémentaires. Il est amené à monter en charge.