« Un horizon crédible » pour des véhicules électriques accessibles
Les constructeurs ont tout intérêt à produire des voitures électriques peu onéreuses. Des citadines légères qui trouveraient leur place sur le marché de l’automobile, comme le révèle une étude réalisée par la Fondation pour la nature et l’Homme et l’Institut Mobilités en Transition. Et qui permettraient de décarboner le trafic.
Ces deux annonces sont presque tombées à pic, selon Thomas Uthayakumar, directeur des programmes et du plaidoyer à la Fondation pour la nature et l’Homme : « Cela montre que nous ne faisons pas fausse route », sourit-il.
En septembre 2026, Dacia, la marque appartenant au groupe Renault, a lancé son nouveau véhicule électrique compact à 17 900 euros. Quatre mois auparavant, c’est Stellantis qui dévoilait son intention de produire à partir de 2028 en Italie une citadine électrique commercialisée à moins de 15 000 euros et destinée au marché européen. « Les clients souhaitent le retour de petits véhicules élégants, fièrement produits en Europe, à la fois abordables et respectueux de l’environnement », avait à cette occasion indiqué le directeur général du constructeur Antonio Filosa.
Les véhicules légers feraient l’affaire
« Même si on n’en sait pas beaucoup sur la fabrication de cette ”e-car”, voilà plutôt une bonne nouvelle. Les industriels peuvent donc concevoir des voitures électriques abordables, ça devient un horizon crédible », se réjouit Thomas Uthayakumar, co-auteur d’une étude – parue le 16 septembre dernier – sur le thème du potentiel des véhicules électriques à 15 000 euros. La Fondation pour la nature et l’Homme (FNH), qui l’emploie, et l’Institut Mobilités en Transition (avec le soutien technique du cabinet C-Ways) souhaitaient vérifier si une voiture électrique de petite taille, sobre et accessible, qui pèserait moins de 800 kg à vide, pouvait trouver sa place sur le marché européen de l’automobile (en précisant que ce modèle n’existe pas encore).

Et la conclusion semble être plutôt positive, à en croire l’expert interrogé par Marcelle. « 2,5 millions de véhicules électriques légers pourraient être vendus chaque année d’ici 2030-2035 en Europe. » Le rapport montre par ailleurs que le modèle en question « aurait à court et moyen terme la capacité, en France, de remplacer 7% du parc de véhicules en circulation (soit 2,3 millions de voitures) ».
Et en particulier une partie des voitures les plus volumineuses, les SUV qui ont le vent en poupe, mais qui ne sont « pas toujours indispensables », estime Thomas Uthayakumar. En tout cas, si l’on se fie au taux d’occupation assez limité des automobiles sur la route dans l’Hexagone : « On compte en moyenne entre 1,22 et 1,43 passager par véhicule. Plus de 85% des conducteurs et conductrices roulent seul·es, d’après les chiffres de Vinci Autoroutes (lire bonus). Pourquoi, dans ce cas, opter pour des SUV de grande taille, qui ne sont pas systématiquement nécessaires au vu des habitudes ? Un véhicule de petite taille ferait l’affaire pour de nombreux trajets du quotidien. »
D’autant qu’il s’agit de parcourir des distances assez courtes la plupart du temps : d’après l’enquête Mobilités des personnes, mise en ligne en 2022 par le ministère de la Transition écologique (et réalisée tous les dix ans), 62% des déplacements en voiture font moins de dix kilomètres.
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Des SUV de plus en plus chers
Dans leur étude, la FNH et l’Institut Mobilités en Transition observent qu’« environ 54% des véhicules actuellement en circulation, soit environ 19 millions de voitures, sont ainsi potentiellement substituables » par le modèle d’automobile électrique léger auquel les auteurs du rapport font référence. Les gammes les plus volumineuses ne devraient pas disparaître de sitôt, observe néanmoins Thomas Uthayakumar : « Certains ménages, qui le peuvent, possèdent deux véhicules. Ils auraient la possibilité de garder le plus lourd pour les trajets les plus longs, pour partir en vacances par exemple, et s’ils ont besoin de places pour les enfants. Puis d’acquérir un véhicule électrique de petite taille pour les trajets en semaine. »

Jusqu’à présent, les constructeurs n’ont pas cherché à produire ce type de modèle plus léger. Ces dernières années, les véhicules mis sur le marché ont été de plus en plus lourds (aujourd’hui, ils pèsent en moyenne de 1,2 à 1,5 tonne, rappelle l’Ademe). On a assisté à « une montée en gamme du parc automobile ». Or, cela a signifié que le prix des voitures neuves a explosé. La FNH rappelle que celui-ci « a progressé de 29% depuis 2019 pour atteindre 34 600 euros ».
La précarité automobile
Un tarif inabordable pour nombre de familles : « La part des véhicules neufs achetés par les 60% des Français les moins aisés est ainsi passée de 43% en 2019 à 32% en 2025 », écrivent les auteurs du rapport. Pour autant, beaucoup, en dehors des grands centres urbains – sans alternatives en offre de transports en commun – ne peuvent renoncer à leur voiture pour se déplacer.
Problématique, aussi, étant donné les coûts d’entretien et surtout les prix du carburant qui explosent à cause des tensions géopolitiques. « On peut tout à fait parler de précarité de mobilité », souligne notre interlocuteur. D’où l’urgence de concevoir des véhicules moins chers.
♦ (re)lire : Ça roule pour les Vélis !
Décarboner le trafic automobile
Débourser 15 000 euros pour une voiture resterait néanmoins une somme considérable, admet le même. Seulement, « des aides existent, dit-il, pour épauler les familles les moins aisées ». C’est d’ailleurs également pour cette raison que les auteurs de l’étude se sont basés, dans leur travail, sur un modèle plus léger, qui nécessiterait une « batterie d’une capacité inférieure à celle d’un véhicule électrique plus lourd pour parcourir la même distance ».
Ces derniers ont par ailleurs imaginé que ce véhicule encore non existant roule au maximum à 110 km/h. Manière, une fois de plus, de limiter les coûts, sans empêcher les uns et les autres d’utiliser l’autoroute en toute sécurité. Au passage, rouler moins vite permet de réaliser une économie sur le carburant – sachant que recharger une voiture électrique coûte en outre moins cher que d’acheter de l’essence ou du diesel.

Mettre en place des politiques de soutien à l’électrification
En tout cas, Thomas Uthayakumar note que développer une gamme de voitures plus sobres revient à décarboner le trafic routier. Un véhicule électrique émet moins de gaz à effet de serre qu’une voiture thermique sur l’ensemble de son cycle de vie. Aussi la Fondation pour la nature et l’Homme appelle-t-elle à accélérer la transition écologique.
L’association de protection de l’environnement préconise de mettre en place des politiques de soutien à l’électrification robustes, en massifiant par exemple le leasing social ou en favorisant le verdissement des flottes des entreprises. « Cela ne va pas du tout assez vite actuellement, alors qu’inciter les organisations à remplacer leurs véhicules thermiques par des ”e-cars” offrirait l’opportunité d’inonder le marché de l’occasion de véhicules plus sobres. » ♦
Bonus
# Le rapport est à lire sur le site de FNH.
# Le 4e baromètre des mobilités Wimoov vient juste de paraître. Réalisé par Ipsos bva auprès de 13 400 personnes en France hexagonale et en Corse, il confirme une situation alarmante : la mobilité est devenue un facteur de précarité et aggrave les inégalités socio-économiques et territoriales.
Deux chiffres : 17 millions des Français sont désormais en situation de précarité mobilité (soit 31% de la population française majeure). Ils étaient 15 millions en 2024. Et 79% des habitants des territoires ruraux ne pourraient pas remplacer leur voiture par un autre mode de transport suite à une panne (+16 points par rapport à la population totale).
Retrouver toute l’étude ici.
# Le 8e baromètre Vinci de l’autosolisme. Le covoiturage progresse de 2,3% en un an, mais 84% des conducteurs circulent encore seuls le matin aux heures de pointe. Davantage d’informations ici.