Avec Mr Turbino, le Concours Lépine se met au vert
C’est à Saint-Julien, en Haute-Vienne, qu’Alan d’Alfonso Peral, un ancien rugbyman argentin passionné de voile, a développé Mr Turbino. Cet aspirateur sous-marin est capable de collecter les microplastiques grâce à la seule poussée d’Archimède !
Restera-t-il dans l’histoire au même titre que le stylo bille de monsieur Pasquis consacré en 1919 ? Que le fer à repasser à vapeur de monsieur Caroni en 1921 ? Ou que les lentilles de contact de monsieur Rouvereau en 1948 ? Le « Mr Turbino » d’Alan d’Alfonso Peral a en tout cas été la dernière invention à avoir séduit les 45 membres du jury du célèbre Concours Lépine. Ces derniers lui ont non seulement attribué en mai dernier le Prix du Président de la République, mais également celui de l’Institut National de la Propriété Industrielle !

Cette double distinction, au-delà de récompenser l’aspect innovant de cet aspirateur sous-marin, met en lumière le travail d’un homme engagé depuis déjà une décennie dans la protection de l’environnement marin. « En 2016, alors qu’on voulait rejoindre la Corse avec mon voilier, on s’est retrouvés, avec un copain, bloqués par un coup de mistral aux îles du Frioul. On en a profité pour plonger et ramasser le plastique qu’on trouvait. Et il y en a eu beaucoup. C’est comme ça qu’est créée Recyclamer, une association dont l’objet est de nettoyer, éduquer et agir pour la planète » rembobine celui qui s’attèle lui-même à la tâche dans chaque port où il fait escale. Confronté à « l’absence de matériel efficient », l’ancien étudiant en médecine va se mettre parallèlement à réfléchir à une solution technologique qui faciliterait « le ramassage les déchets avant qu’ils ne coulent ».
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Une première success-story avec Geneseas
Aussitôt dit, aussitôt fait… ou presque. Il faut en effet à peine deux ans à Alan d’Alfonso Peral pour donner vie à Geneseas, « le premier robot solaire autonome pour dépolluer les espaces aquatiques ». Conçu en collaboration avec l’École d’ingénieurs de Limoges (ENSIL), l’engin qui peut se déplacer tout seul à l’aide d’un GPS, est effectivement « capable d’aspirer mégots, canettes, sacs en plastique et même de filtrer les hydrocarbures pendant une dizaine d’heures grâce aux panneaux solaires qui alimentent ses batteries » !
Présenté aux principaux dirigeants de la planète à l’occasion du G7 de Biarritz, en 2019, distingué en 2022 lors du salon Vivatech, Geneseas est à l’origine d’une véritable success-story. L’ex-international junior argentin de rugby crée alors une start-up qui développe et produit le robot plébiscité par plusieurs ports français ou espagnols – Brest, La Rochelle, Ibiza, Palma de Majorque.
Et si le génial inventeur vend finalement sa start-up en 2024, c’est pour mieux se consacrer à un nouveau projet, « collecter déchets en profondeur ». En particulier les plastiques qui envahissent les océans et dont la récupération va demander à Alan d’Alfonso Peral d’explorer plusieurs pistes. « J’avais la possibilité de faire une machine de type crabe, mais les plastiques deviennent très friables quand ils séjournent longtemps dans l’eau. Et ils se cassent lorsqu’on essaie de les attraper avec une pince. Une autre difficulté a résidé dans le fait de ne vouloir aucun impact sur le milieu naturel. En particulier en évitant d’arracher les posidonies en même temps qu’on récupère le sac plastique ».
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Un appareil qui n’utilise ni mécanique, ni électronique
Attentif également à concevoir « un engin éco-responsable et accessible à tout le monde » (Geneseas coûtait 45 000 euros), l’ancien 2ème ligne choisit finalement de n’avoir recours « ni à l’électronique, ni à la mécanique » et de faire simplement confiance… à la poussée d’Archimède. Eureka ! En plastique recyclé et pesant à peine 1,5 kilo (donc portable même par un enfant), ce nouvel aspirateur baptisé Mr Turbino (turbine en espagnol) utilise effectivement une technologie pneumatique basse pression pour créer un vortex ascendant (un tourbillon) qui soulève délicatement les déchets et les aspire en épargnant les milieux sensibles et la biodiversité. Utilisable en fonction du modèle choisi (Base, Bouteille ou Hookah) par les plongeurs confirmés comme par les amateurs de snorkeling, voire même par des personnes qui marchent simplement dans l’eau, chaque appareil dispose d’un sac de 27 litres pouvant recueillir « toutes sortes de déchets, des plus gros, du type bouteilles de 2 litres ou… chaussures, jusqu’aux micro-plastiques ».
Autre spécificité qui a visiblement séduit le jury du Concours Lépine 2026, tout utilisateur d’un Mr Turbino a accès à une application, Recyclamer Ocean Tracker, qui permet de suivre en temps réel les différentes opérations de collecte et de garder en mémoire les dates, les lieux et les quantités collectés. « Si on constate qu’on récupère par exemple toujours beaucoup de mégots de cigarettes sur le même site, ça peut aider à terme de tarir la source. Ça permet également aux entreprises qui financent le système d’alimenter leur rapport RSE ».
À la recherche de parrains pour adopter un Mr Turbino
En effet si cinq de ces aspirateurs sous-marins ont été vendus pendant le Concours Lépine (trois modèles avec bouteille achetés par un hôtel en Indonésie, deux par des plongeurs), le principe de diffusion développé par Alan d’Alfonso Peral pour son invention repose sur un système de parrains. « Beaucoup d’associations de nettoyage des océans et de centres de plongée nous ont contactés suite au Concours Lépine pour nous dire qu’ils étaient prêts à collecter des déchets avec notre appareil. Ce qui nous manque actuellement, ce sont des entreprises qui souhaitent adopter un Mr Turbino et le mettre gracieusement à disposition des partenaires terrain. Cela coûte 2500 euros à l’entreprise si elle choisit la formule 12 mois. Mais cette somme est en partie défiscalisable en tant que contribution au déploiement opérationnel d’un dispositif environnemental ».
Début juillet, onze appareils étaient déjà en activité et avaient collecté près de 400 kilos de déchets en 79 missions. À Mèze, où un établissement bancaire permet à la capitainerie du port héraultais de disposer d’un Mr Turbino, Alan d’Alfonso Peral a participé en personne à une première opération de nettoyage expérimentale, quelques jours à peine après l’officialisation des résultats du Concours Lépine. « On a remonté 17 mégots en 15 minutes, mais aussi une batterie et un skateboard », énumère celui qui voit dans cette reconnaissance du Concours Lépine le symbole d’un « changement de paradigme de la société vis vis de la protection de l’environnement ». ♦