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Monia Sbouaï, styliste et fondatrice d’Atelier Regain
[Héroïne Du Quotidien] De la marque Super Marché, signature de sa période parisienne, elle a gardé les fondamentaux : réemployer du textile déjà existant et impliquer des personnes en insertion dans le processus de fabrication. À Marseille, Monia Sbouaï s’est attelée en 2021 à un nouveau projet de mode écoresponsable et imaginé Atelier Regain, vertueux sous toutes les coutures.

Cours Lieutaud, dans le 6e arrondissement de Marseille. Poussée la lourde porte d’entrée, on franchit le petit hall pour se glisser dans celle qui s’est entrouverte juste en face. Là, sur quelques 150 mètres carrés répartis sur deux niveaux, s’affairent les petites mains d’Atelier Regain. Sous la diligente bienveillance de Monia Sbouaï.
Un studio d’upcycling adossé à une friperie

Depuis qu’elle a jeté les amarres dans la cité phocéenne, c’est avec le réseau Emmaüs et ses boutiques Frip Insertion que Monia Sbouaï tricote la suite. Avec la même logique, les mêmes ressorts, elle a augmenté cet écosystème d’un studio d’upcycling qui confectionne ses propres collections. « Car Atelier Regain, ça n’est pas seulement une marque, c’est aussi un laboratoire », insiste la créatrice.
Dans le dédale du local, le rez-de-chaussée, plus exigu, sert à l’envoi de colis pour le dispositif Label Emmaüs. C’est à l’étage que l’atelier de couture a pris ses quartiers, baignés de lumière. Ça et là des étagères regorgent de pièces de tissus soigneusement classées par matières et couleurs. « Nous donnons une nouvelle vie aux textiles de seconde main les plus amochés – tâchés, troués, avec un zip défectueux. Nous précisons à l’atelier de tri de quoi nous avons besoin car nous recourons beaucoup à certaines matières comme le jean ou encore les couvertures en laine », détaille la jeune femme.

À chaque modèle sa recette détaillée
Depuis le lancement du projet, une quinzaine de femmes ont déjà été initiées à la couture au sein de cet atelier formateur. En insertion ou en alternance, elles ont le statut de parent isolé et sont adressées par les prescripteurs habilités, comme France Travail ou la Mission Locale. Elles peuvent aussi répondre aux annonces postées sur la Plateforme de l’inclusion. Qu’elles aient déjà ou non des connaissances n’a pas d’importance. En effet, le système d’apprentissage en plusieurs étapes convient aux néophytes comme aux plus aguerries. Chacune s’insère dans le programme à son niveau. De même, chaque modèle est assorti d’une « recette » qui détaille sa réalisation étape par étape. Sans compter sur la solidarité et la transmission des anciennes aux nouvelles.
« La couture n’est pas forcément leur vocation ni leur futur métier. C’est un support pour se relancer, observe Monia Sbouaï. Pourtant la majorité d’entre elles aimerait continuer dans ce domaine. Malheureusement Marseille compte beaucoup d’ateliers d’insertion mais peu d’entreprises spécialisées, donc il est difficile de décrocher un CDI ».
Pièce totem, le tote-bag matelassé

La collection Atelier Regain compte aujourd’hui une cinquantaine de modèles, des pièces de prêt-à-porter, mais aussi du linge de maison et des accessoires. Pièce phare, un tote-bag matelassé assez original. Il est suivi des vestes sans manches taillées dans des couvertures. « Notre ADN est un univers coloré, joyeux, avec des coupes épurées, un mélange de pièces et de matières », explique la cheffe de file. Tous les modèles sont des pièces uniques, vendues dans les boutiques marseillaises ou en ligne.
Voilà pour la vitrine, derrière laquelle s’abritent deux autres activités, moins connues.
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Des commandes pour des uniformes, des cadeaux d’entreprise, des séries…

Ce sont d’abord les commandes. Par exemple, l’association Météo et Climat qui organise une exposition itinérante autour du réchauffement climatique a souhaité une tenue particulière pour ses médiateurs et chercheurs. Atelier Regain a donc conçu une sorte d’uniforme : des gilets sans manches issus de chemises hommes, avec des biais de couleurs, des poches pratiques et leur logo. « On doit avoir un bon référencement car ils nous ont trouvés sur Internet », sourit Monia Sbouaï. Table, le site d’arts de la table, a pour sa part flashé sur les nappes.
Actuellement, toute l’équipe est à pied d’œuvre pour confectionner 400 trousses matelassées zippées, pour un événement encore confidentiel.
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Soutenir Atelier Regain pour en pérenniser l’activité : faire don de rouleaux de tissu inutilisés, fins de collection, ou invendus pour leur donner une seconde vie. Offrir un atelier suspendu de sensibilisation à l’upcycling mis en place avec les partenaires associatifs. Soutenir le fonctionnement économique de l’atelier… Il suffit d’un mail à atelier.regain@gmail.com
Découvrir le monde du tri et du recyclage

Il y a enfin les ateliers de sensibilisation. Sensibilisation aux excès dans le domaine textile et fast fashion, au tri et ses ressources. Ainsi, des groupes découvrent cet univers via la visite d’une friperie, avec des infos sur la provenance des vêtements, le tonnage, ce qui est gardé. Pour finir, ils passent par l’atelier couture et réalisent une pièce, souvent un tote-bag conçu à partir d’une chemise. Le grand magasin Printemps des Terrasses du Port en a récemment organisé une session. « C’est cocasse dans un lieu dédié à la consommation de masse ! La preuve qu’il existe un vrai intérêt pour ces questions », pointe Monia.
Ses trois activités ne permettent cependant pas encore l’autosuffisance d’Atelier Regain. Des subventions sont encore nécessaires, cela suppose de faire acte de candidature lors d’appels à projets. Et d’être notamment retenu pour celui de la Métropole portant sur le textile seconde main : comment le trier et où le déposer ? « Car ici la moyenne de collecte est beaucoup plus basse que dans le reste de l’hexagone ».
Gagner en visibilité
L’enthousiasme de Monia Sbouaï demeure intact : « Cette aventure professionnelle est incroyable, mais je n’imaginais pas que le chantier serait aussi vaste ». Un plus : se trouver dans l’écosystème Emmaüs qui bénéficie d’une bonne reconnaissance. Un moins : pas encore assez de visibilité. Elle glisse alors, en mode suggestion : « À Paris, ma marque Super Marché avait décollé après un post de Sophie Fontanel… » ♦