Des lunettes gratuites pour les enfants d’origine modeste
Près d’un enfant sur cinq présente un trouble visuel, selon la Société française d’ophtalmologie. Des problèmes qui, s’ils ne sont pas détectés, peuvent gêner leur développement visuel et leurs performances scolaires. Afin de ne pas freiner leur bon épanouissement, La Navette Solidaire sillonne la France depuis 2019. Des professionnels de la vision y assurent des consultations gratuites pour les enfants et les jeunes de familles précaires, avec paires de lunettes à la clé. Marcelle est montée à bord lors de son dernier passage à Marseille.
« Je vois super bien ! » Lilia* n’en revient pas. À 9 ans, sa réalité passe pour la première fois du flou au net. Un nouveau quotidien qui s’ouvre à elle grâce à La Navette Solidaire, un camion – ou plus exactement une caravane – équipé de tout le matériel nécessaire à un bilan visuel complet. Porté par la Fondation d’entreprise Optic 2000 Lissac Audio 2000, le véhicule se déplace dans toute la France à la demande d’associations accompagnant des familles modestes.
Double peine

Ce dernier week-end de septembre, c’est à Marseille que La Navette Solidaire a fait halte, stationnée dans la cour de la résidence William Booth, établissement de l’Armée du Salut proche de la cité Félix-Pyat (3e arrondissement). « On héberge des familles bénéficiant de l’AME (ndlr : l’aide médicale de l’État, qui permet aux personnes étrangères en situation irrégulière d’accéder aux soins médicaux), mais ce dispositif ne couvre que très peu les frais optiques. Sans la Navette Solidaire, les enfants n’auraient pas accès à des lunettes à leur vue », expose Florence Bousquet, coordinatrice du pôle santé de l’organisation humanitaire.
À ses côtés lors de cette étape marseillaise, Laure Gerber, porte-parole du groupement Optic 2000, appuie : « Beaucoup d’enfants et de jeunes sans couverture sociale ne consultent pas forcément d’ophtalmologiste et n’ont donc pas de lunettes. Or, cela peut avoir des impacts importants sur leur vie, notamment à l’école ». D’où l’idée de ce dispositif itinérant, sur les routes depuis 2019.
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Zéro euro

Lorsqu’ils montent à bord de La Navette Solidaire, les enfants suivent un parcours codifié. Ils passent d’abord entre les mains de l’orthoptiste pour un contrôle de la vue. Le fameux exercice où, lunettes à verres interchangeables sur le nez, il faut réciter les lettres affichées quelques mètres plus loin. Pour Louna*, qui vient de rentrer au CP et ne connaît pas encore l’alphabet, le test repose sur des images. Fleur, avion, chien… C’est un sans-faute. « Elle voit bien, mais elle force beaucoup », repère Estelle, orthoptiste exerçant à Marseille.
La professionnelle passe ensuite le relais à Jeronimo, l’ophtalmologiste. Son examen commence par quelques gouttes dans les yeux – ce qui déclenche souvent les pleurs des plus petits. Louna, elle, ne bronche pas et le résultat est sans appel : elle est myope et a besoin de lunettes. Ça tombe bien, Bertrand, opticien, a une cinquantaine de montures à lui proposer. Et toute une panoplie de verres pour « monter une paire en dix minutes ». « En magasin, on n’a pas autant de verres en stock pour répondre à toutes les pathologies », souligne-t-il.
Une dizaine de minutes plus tard, les lunettes sont prêtes. Bertrand les dépose sur le nez de Louna et lui rappelle de ne pas les enlever. La petite fille repart avec sa maman, sans avoir déboursé un euro. « Tout est pris en charge par la Fondation, y compris le coût de déplacement de la navette », précise Laure Gerber.
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« À nous d’aller vers »

Les trois professionnels prêtent main-forte bénévolement, mus par l’envie d’aider les autres. Jeronimo est presque un habitué. Il participe pour la troisième année d’affilée à l’opération à Marseille, tout comme Bertrand, venu spécialement d’Orange, à plus de 100 kilomètres. « Beaucoup de personnes ont besoin de soins, mais ne viennent pas spontanément au cabinet, par manque de moyens financiers ou logistiques », indique Estelle. Et son confrère ophtalmo d’abonder : « C’est à nous d’aller vers elles. C’est crucial pour l’avenir des enfants. »
La Fondation planifie dix à douze opérations par an avec les associations locales, aux quatre coins de la France. Depuis le début de l’année, la caravane s’est notamment arrêtée à Nanterre et Antony, en Île-de-France, et Lille, dans les Hauts-de-France. « On essaye d’aller partout. Des villes, comme Marseille ou Lyon, sont néanmoins des passages obligés tellement les besoins sont forts », indique Laure Gerber. La Navette Solidaire n’a donc pas fini ses tournées. Depuis son lancement en 2019, 49 haltes (ou journées de consultation) ont permis de dépister 1 657 enfants et de délivrer 740 paires de lunettes. ♦
* Les prénoms ont été changés.
Bonus
[pour les abonnés] – Les premiers signes d’un problème de vue chez l’enfant – Fréquence des dépistages – Les ophtalmologistes en chiffres-clé –
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