Et si la solution pour se chauffer et même se rafraîchir venait du soleil ? Depuis 2016, Solar Brother révolutionne notre rapport à l’énergie avec des équipements solaires 100% autonomes. Spécialiste de la cuisine solaire, la start-up varoise s’attaque désormais au chauffage des bâtiments, promettant jusqu’à 40% d’économies sur les factures. Une innovation médaille d’or au concours Lépine 2025, qui offre une alternative concrète à la flambée des prix de l’énergie et aux tensions géopolitiques.
A priori, rien ne relie une caserne lyonnaise, une ferme alsacienne et une école varoise. Si ce n’est ces panneaux noirs, discrets et futuristes, qui habillent désormais leurs façades ou toitures. Leur nom est SunAéro, un chauffage autonome conçu par Solar Brother en 2023, qui ne requiert ni électricité, ni gaz. Comment ? L’air extérieur, chauffé par le soleil, est injecté dans la pièce entre 30 et 50°, grâce à sa double action chaleur et ventilation. Difficile d’imaginer comment fonctionne cette innovation sans l’avoir vue en action. C’est ce que nous montre avec passion Gilles Gallo, cofondateur de Solar Brother, dans son laboratoire à ciel ouvert : un centre solaire installé au milieu de vignes, au pied de sa maison, à Carnoules (Var).
Panneaux thermiques vs photovoltaïques

Devant la façade plein sud, il désigne trois panneaux noirs, alignés comme des tablettes géantes. Les deux premiers sont thermiques : « Ils exploitent le soleil pour chauffer l’air qui les traverse ». Le troisième est photovoltaïque : « Lui crée de l’électricité pour alimenter le ventilateur placé derrière ». Son rôle ? Propulser l’air chaud dans la pièce, via une entrée d’air – une sorte de « bouche d’aération ». Ce module est relié à un thermostat intérieur qui permet de régler la température, la vitesse du ventilateur et d’activer le WiFi pour un contrôle à distance. « Si la température du panneau est supérieure à celle de l’habitat, il injecte l’air. Dans le cas contraire, il coupe le ventilateur », détaille-t-il l’œil brillant.
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On s’étonne de l’emplacement des panneaux, habitués que nous sommes à les voir sur les toits. Pourtant, c’est bien en façade que leur rendement est le plus optimal en hiver, lorsque le soleil rasant frappe à l’horizontale. « Mais nous pouvons aussi installer SunAéro incliné sur un toit ou à terre », précise ce jeune quinquagénaire, qui a le cheveu épars mais une âme d’enfant. Sur le balcon familial, il passait des heures à tenter d’enflammer une feuille blanche avec une loupe. En vain, « car le blanc reflète les rayons, tandis que le noir les absorbe ».

♦ Résumé audio façon Marcelle : par une journaliste et pas par une IA !
Pas besoin de vivre dans le sud

Difficile d’imaginer la faisabilité de ce système ailleurs que dans le sud de la France. Contrairement aux idées reçues, « le soleil tape pareil hiver comme été ». En effet, ce n’est pas la chaleur émise par le soleil qui permet aux panneaux thermiques de chauffer l’air, mais le niveau de luminosité. « D’ailleurs, les journées les plus froides sont les plus ensoleillées », souligne ce financier de formation, reconverti au solaire après la lecture de Ravage de Barjavel. En outre, même par temps nuageux, les panneaux captent le rayonnement. Sans surprise donc, Solar Brother a des clients dans le nord et l’est de la France. D’ailleurs, souligne-t-il, les premiers systèmes de chauffage solaire ont été inventés dans les pays nordiques.
La durabilité est un pilier central des produits Solar Brother. « Chez nous, pas de consommables, pas de pièces à remplacer : nos équipements sont conçus pour durer toute une vie », assure Gilles Gallo.
Conservation de la chaleur

Le vrai défi, il l’a découvert après des années de recherche et développement : la conservation de la chaleur, troisième volet de sa règle des 3C (concentration, captation, conservation). « J’ai mis du temps à comprendre que le plus difficile n’était pas de capter l’énergie, mais de la garder », confie-t-il. Résultat pour SunAéro ? Des panneaux étanchés par compression mécanique – et non avec de la silicone, « un matériau qui se dégrade en quelques années » – pour une résistance à toute épreuve.
Autre atout qui distingue SunAéro de ses concurrents : sa simplicité d’installation. « Pas besoin de gros œuvre, explique ce Toulonnais d’origine. Il suffit de percer un trou pour la bouche de diffusion et de brancher le ventilateur. Le client peut même le faire tout seul ! » Pour ceux qui préfèrent une installation clé en main, Solar Brother la propose à 700 euros.
Déshumidificateur…

SunAéro, certifié Solar Keymark, s’adapte sur tout type de construction : maison, immeuble, garage, atelier, bureau, etc. Il séduit déjà plus de 500 clients – « 95% des particuliers, mais, depuis septembre 2025, de plus en plus d’entreprises et de communes », se réjouit le cofondateur. Et de citer les vestiaires du stade de foot de La Londe-les-Maures, une caserne de l’armée à Lyon – « la chaleur est injectée dans les 40 chambres grâce au réseau existant ». Et prochainement, l’école maternelle d’Arc-sur-Argens.
Le chantier dont Gilles Gallo est le plus fier reste sans conteste l’installation de deux SunAéro sur les façades d’un château ardéchois. Une preuve que ce système s’adapte à tous les types de bâtiments, même aux plus anciens, en pierre et souvent difficiles à chauffer. « Il résout deux problèmes en un, explique-t-il. Non seulement il chauffe, mais assèche aussi naturellement l’air – un atout majeur pour les habitats souvent humides ».
… et purificateur d’air

C’est aussi la problématique de l’école élémentaire de Carnoules, qui a dû ouvrir une salle de classe dans un préfabriqué face à l’augmentation des élèves. « Nous avons des soucis d’humidité, car ça reste malgré tout un caisson », expose le maire. Un mois après l’installation de SunAéro, il a noté « plus de 25% de baisse d’humidité sur notre tableau de suivi. Mieux encore : l’air est renouvelé intégralement toutes les heures », se réjouit l’édile, qui rappelle que la concentration de CO₂ recommandée est rapidement dépassée dans une salle de classe. Plus besoin pour l’école d’acheter un purificateur d’air, le système de Solar Brother agit comme une ventilation naturelle. L’air injecté crée en effet une surpression qui pousse l’air vicié vers l’extérieur via les microfuites du bâtiment, « telles les menuiseries », précise Gilles Gallo, qui a découvert les vertus de son produit sur le CO₂ en équipant la classe.
Un chauffage complémentaire

Si Solar Brother soigne le design de ses panneaux – fonction confiée à la designeuse et associée, femme de Gilles Gallo, -, ceux-ci restent néanmoins des intrus sur le bâtiment. Autre frein : le système est efficace uniquement pour les façades frappées par le soleil à un moment de la journée. Or, par définition, une maison est carrée. Quid des pièces au nord ? Il est possible d’installer SunAéro au sol jusqu’à cinq mètres de la pièce à chauffer. « Pas au-delà, à cause de la déperdition de chaleur », prévient Gilles Gallo. Sans compter qu’il ne fonctionne pas la nuit. Raison pour laquelle il présente son produit, non comme un chauffage principal, mais complémentaire (bonus).
En revanche, cette solution est adaptée aux bâtiments occupés la journée, tels les écoles, les ateliers et les bureaux d’entreprises. Le prix du dispositif Solar Brother est certes conséquent – actuellement 1328 euros le panneau de 500 watt-, mais rapidement amorti avec les économies d’énergie. « Pas loin de 75% ! », se réjouit le maire de Carnoules qui parte de rentabilité au bout d’un an.
Fabrication à Carnoules

Si le public est séduit par les produits solaires de Solar Brother, « le passage à l’acte d’achat reste un défi », reconnaît-il. C’est pourquoi il consacre 80% de son temps à la pédagogie, « pour donner confiance et lever les freins psychologiques ». Il va même jusqu’à offrir les plans de ses inventions, une générosité qui reflète aussi son incompréhension face à un paradoxe : « Pourquoi la thermie solaire, l’énergie la plus abondante et la plus propre, est-elle si peu exploitée et si peu subventionnée par l’État ? »
L’arrivée de SunAéro sur le marché change la donne. Le chauffage solaire séduit un public plus large que le four solaire et renforce la crédibilité de Solar Brother, qui atteint l’équilibre financier courant 2026. Gilles Gallo peut en outre s’appuyer sur une communauté fidèle depuis dix ans et 700 actionnaires, dont le géant Engie. À chaque projet, ils lui disent que c’est impossible. C’est sans compter sur ses trois atouts : persévérance, poésie et aucun frein technique. Pas même pour son prochain défi, pourtant ambitieux : la climatisation solaire.♦

Bonus
# Genèse de Solar Brother. « Après trois ans dans la finance, j’ai compris que je ne tiendrai pas quarante ans ». Gilles Gallo n’a pas d’idée précise sur son avenir lorsqu’il part en Bretagne sac au dos. Un jour de tempête, il lit d’une traite Ravage de Bargavel. Ce roman de science-fiction parle d’un monde où l’électricité disparaît soudainement, provoquant la fin de la civilisation. Inspiré par ce visionnaire, le jeune homme se lance dans le solaire, d’abord avec des briquets, puis des fours et enfin… des centrales équipées de miroirs repliables, dont le mouvement actionnait des brosses pour éliminer automatiquement la poussière.
Cette première société, Sunited Groupe, fait faillite en décembre 2015, « il manquait le deuxième million ». Fin 2016, Gilles Gallo remonte une autre société avec un de ses anciens salariés, Gatien Brault, ingénieur – « je ne voulais pas repartir seul ». Ils démarrent l’aventure sans un sou, sur un petit bureau prêté par une connaissance près de l’entrée de son entreprise. « On nous lançait à chaque fois, ça va les brothers ? ». Le nom est resté.
# Le Four solaire SunChef pro est utilisé par la cheffe étoilée Nadia Sammut, qui en est la marraine. Et par le chef Pierre-André Aubert à la Ginguette du Présage. Au-delà de l’autonomie énergétique, c’est le goût unique mis en avant. « L’appareil cuit naturellement les aliments sans nécessiter de surveillance », explique Gilles Gallo, qui y prépare des patates-saucisses pour ses deux enfants de 11 et 14 ans.
♦ (re)lire Réduire sa facture d’électricité, oui mais comment ?

# Les projets en cours de Solar Brother. Fabriquer une parabole plus facile à monter pour le Barbecue solaire SunGlobe, avec un pied central qui pivote sur lui-même pour capter le soleil à toute heure. Mettre au point le pilotage à distance du Four solaire SunChef pro, de sorte qu’il se place seul face au soleil et non plus manuellement (une demande de Nadia Sammut). « L’utilisateur programme le temps de cuisson. Une fois terminé, le four se désaxe ». Confectionner un torréfacteur à la demande d’un maître chocolatier de Dijon qui torréfie son cacao.
# Quinze produits Solar Brother. Briquet Solaire SunCase Gear, Materiel de survie solaire Adventure Kit, Barbecue solaire SunGlobe, Four solaire SUNGOOD®, Four solaire SunTaste 200, Cuiseur solaire SunLab pour enfants, COSMO Marmite solaire universelle*, Cocoon marmite économe, OMY Séchoir solaire – S, Chargeur solaire SunMoove 6,5W, Douche solaire SunWater 7L. Plus de détails ici
# Financements. Solar Brother a mené cinq levées de fonds en dix ans – cinq millions d’euros – et plusieurs campagnes de crowdfunding. La dernière, SunAéro, a permis d’engranger 200 763 euros. Une subvention de 300 000 euros de la Région Sud lui permet d’agrandir l’atelier de production de 400 m2 à 600 m2, « et 1000 m2 en 2027 ». Et d’acheter des machines. L’entreprise affiche un chiffre d’affaires d’un million d’euros et un équilibre atteint en 2026.
# SunAéro, un chauffage secondaire. « Il est très complémentaire avec le chauffage au bois car, lui aussi, a un lien avec le soleil (Pendant sa croissance, l’arbre stocke l’énergie solaire sous forme de matière organique – le bois NDLR) », expose Gilles Gallot, convaincu par le mix des solutions comme alternative aux énergies fossiles.
# Maria Telkes est considérée comme la première à avoir créé le système de chauffage solaire résidentiel.